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Manifestive

CPE. Sur une banderole, « Médias = Casseurs »...

Mardi 4 avril, nouvelle (et dernière ?) manif anti-CPE. 1 million, 2 millions, 3 millions. Combien sommes nous ? Et puis, en fin de cortège, à Paris, ce malaise. Place d’Italie, qui excite qui ?

CPE, suite. Manif, encore. Un tour, et des photos.

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Dans le cortège, toujours ces sourires. De plus en plus de déguisements. C’est la manifestive. On s’habille en patron ; on a les crocs, on devient cro-magnon. C’est aussi beau et con que ça.

 Les « serpillières de la République »

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Une pancarte évoque des millions de kilomètres parcourus par les manifestants, partout en France, depuis sept semaines. C’est drôle, c’est efficace, et ça fait du chiffre. Maladie de l’époque. Tiens, dans Libé, quelques jours plus tard [1], ces propos d’un CRS : « Vous savez, nous on est les « serpillières de la République », on nettoie la merde et on n’est pas là pour juger. Les mecs sont contents d’aller en manif plutôt que de tourner en rond dans les cités et d’arrêter pour la 30e fois dans la soirée Mouloud parce qu’il est basané. Ça, c’est n’importe quoi. On nous demande de faire du chiffre en banlieue avec les mis à disposition (personnes interpellées par les CRS et remises à des enquêteurs, ndlr). Sarko, quand il partira, il y aura des bouchons de champagne qui vont sauter chez nous. Il nous met une pression folle. Ça nous gave d’aller en banlieue. La plupart du temps, il ne s’y passe rien, c’est aussi calme que les centre-villes. »  »

La rue est à nous, disait une pub Tati.
Les abribus n’y échappent pas.

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Quelle est donc cette envie soudaine de prendre les arbres d’assaut ? Pourquoi prendre de la hauteur quand c’est en bas que ça se passe. Descendre dans la rue, monter aux réverbères. Paradoxe du monde. Etre là, et ailleurs. Etre là et voir loin. Manifestive, c’est aussi ça. Feux, lampadaires, panneaux. Se tenir haut, comme un affront. Circulation modifiée.

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Soudain, un air connu de nos services : « Nicolas Qui ? Nicolas Police ? ». Masques, micro, qui est donc Olaf Hund ? Est-ce que c’est lui, avec son porte-voix ? Ou pas ?

En choeur :

« Quand le petit Nicolas est entré au CP, heu ! On l’a tous montré du doigt. On a tous manifesté, heu ! C’est à cause de son nom. Quelle idée de s’appeler Police ! On lui pose pleins de questions. On l’appelle l’agent de service ! On lui d’mande en rigolant si ses parents voient des brigands des cowboys, des trafiquants, des Roumains ou le président Nicolas dit en pleurant que papa est immigrant Fallait pas s’appeler comme ça car toute l’école crie de joie : "Nicolas Qui ? Nicolas Police !" »

 « vas-y, mon gars, allez, vas y, viens »

Et puis, c’est la Place d’Italie. La fin de manif. On est là, on attend. On attend quoi, au juste ? On regarde comme des parents affolés/inquiets. On retrouve des vieux potes, des amis du journal d’avant, des camarades d’antan. On rit, on sourit, rictus, un bruit. C’est le boulot, sale boulot, chouette boulot. Journaliste. Regarder, raconter. Maigre consolation : se croire casque bleu quand on est que voyeur. Et puis, être tout simplement là. Car c’est ainsi. Paris. Pavés. Précarité.

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Il est 18h. Quelques mouvements éparses, presque des bruits presque feutrés. Des départs en trombe qui ne donnent rien. Déplacements en crabe. Un coup en avant, un coup en arrière. Obliques, obligés. Des salopards qui dépouillent. Pour un portable - Un portable !

Dislocation.

Et ça, une première charge policière. Puis, le retrait. D’un côté, une poignée d’excités. De l’autre, des CRS rangés. Au centre, entre les deux : des photographes et quelques cameramen. Lequel a commencé ? Lequel a crié le premier ? Lequel a visé son objectif au son d’un « vas-y, mon gars, allez, vas y, viens ». Un drôle de Paris-Plage. Sous les Pavés, Cannes.

Qu’est-ce qui leur prend, à ces photographes ? Qu’est-ce qu’ils foutent, merde ? Pourquoi ils crient, pourquoi ils s’agitent ? Pourquoi ils les agitent ? Comme si l’appareil ne suffisait pas, pour galvaniser ; comme si, dorénavant, il faudrait ajouter la voix ? Starlettes sur la croisette, télé-réalités ou pavés-dans-la-gueule, la même chose ? Vraiment ?

Pendant quelques minutes, c’est l’affrontement. Tessons contre zooms. Petits cailloux contre grands angles. Gros pavés contre petits diaphs.

L’AFP, elle, ne racontera que l’autre versant, l’autre version : les cris des énervés (« Vous filmez, bande de porcs ? »), et pas ceux des énervants. Pourquoi ? Pourquoi ne pas dire toute l’histoire, et l’immense gêne qui va avec ? Pourquoi ne pas dire que certains pris à partie ont aussi pris à partie eux-mêmes ?

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A mes côtés, un ami photographe. Le voilà qui range son appareil. Il est du genre vieille école, l’ami ; l’école des couleurs chaudes et vraies de l’argentique. Il est triste, on est dépité. Le métier qui se barre en couilles, parce que deux ou trois cons veulent faire un beau cliché/pavé. Et qu’ils crient encore. Excitent les autres. La confusion règne. L’ami s’arrête net.

Un autre photographe, Sébastien Ortola, de l’édition française de 20 Minutes, raconte d’autres choses troublantes. L’homme montré tabassé, puis à terre, en quasi-direct, n’était pas forcément celui qu’on croyait. [2]...

Bientôt 20h, cette heure que tout le monde attend désormais. Ce 20h où personne ne s’arrête mais où tout le monde voudrait bien passer. 20h, l’heure de dire au revoir, à la revoyure.

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Au loin, sur ce qui reste de la Place d’Italie, de joyeux lutins de la militance déplient une mini-banderole : « Médias = casseurs ». Ils ont une chanson, un peu con-con, un peu facile, sur TF1, et sur Hachette. Je les écoute, sans trop y croire. Ils sont sympas, ils rient. Ce qui venait de se passer est autrement plus inquiétant.

Voila le métro. Yeux fermés. Grosse fatigue. Et ces provocations qui reviennent. La tête encore dans ce Festival de Cannes, ce Festival des Cons, Paris-Croisette-Conneries.

Quelques jours plus tard, en écho, à Lyon, cette phrase entendue à l’AG intersyndicale des étudiants, et réproduite par Libération : « Les médias déforment nos propos. Ils sont controlés par de grands groupes. Quand le gouvernement nous pisse dessus, ils disent qu’il pleut ».

D’autres photos sont disponibles sur mon site 23HQ(un flickr alternatif). A voir, également, celles de Philippe Brault du collectif L’Oeil Public.

[1] La complainte des « serpillières de la République »

[2] Pour entendre son témoignage, bien cliquer sur le lecteur audio-flash


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