D’abord, remonter les fils de mails comme le temps. Se souvenir des souvenirs enfuis. Lire ce tas de lettres et sourire, un peu, beaucoup, et sourire parfois jaune, gras, et franchement. 1999, quelque chose comme ça. La sale époque des belles salopes, la start-up mania ; et nous, zigotos du Rézo, fallait bien agiter, s’agiter, défoncer ; et nous, zigotos des Zéros qui montions des start-downs par dizaine, inutiles et futiles. 1999, le temps de riposter, de répondre, de répliquer. Chacun fait ce qu’il peut, on donne ce qu’on veut. C’était informel, joliment informationnel, c’est le monde d’aujourd’hui, bébé. Bientôt, certains allaient inventer un monde nouveau et mettre au point Spip [1]. D’autres, ou les mêmes, Uzinaient depuis un bail. Uzine 1, Uzine 2 ; au fait, comment se porte ce Manifeste du Web Indépendant, socle de nos vies d’alors, de nos dérives d’antan ; et que les gamins d’aujourd’hui ignorent superbement ! Et on les embrasse ! Et Viva el P2P ! Rien n’est fait pour durer ! Éternel recommencement, doux renoncement(s) en rafale, t’écoutes quoi en ce moment, les Libertines ou les Black Keys ? Même le vieux pas si vieux Ol’ Dirty Bastard vient de passer de l’autre côté, dead on arrival, derrière la Porte Verte, behind the Autre Portail... Le sens de tout ça ? Le sens de la vie. Sans. Sans sens. On appelait ça le Mini-Rézo, parce qu’on savait bien qu’on était rien, ou trois fois rien, riquiqui, Mini, riquiqui et qui rira bien le dernier. Le Mini-Rézo, donc : des webmestres de part et d’autre, qui devinaient|croyaient en un autre monde est possible quand personne n’avait encore songé à chercher le slogan. C’était le règne de l’autodéfense (de la liberté d’expression). Nous sommes encore en vie. On a gagné (heu ?).
1999, le vieux siècle. Novembre 1999. Être un bug avant l’heure, une fois, rien qu’une fois dans sa vie, con et bug à la fois. Novembre 1999, avant le 31 Décembre 1999, et le putain de bug de l’an 2000... Comment ça allait s’appeler ? Le Portail des Copains ? L’Autre Portail ? Ou les deux ? Ou Rezo (sans accent) ou Rézo (avec) ? Et pourquoi une grenouille en logo ? Tenir face à l’adversité. Imaginer le nombre, et faire semblant d’être fort, nombreux. A eux les business plans, à nous les mauvais. BadBoys du Net et judokas du Rézo, guérilleros électron par électron, rester simple, faute de mieux : retourner les forces adversaires. S’appuyer sur elles. Les basculer. Les utiliser. Sur un même plan d’égalité : L’Autre Portail et Yahoo. Acrimed et Libération. Le Monde et Le Magazine de L’Homme Moderne. C’était ça. « Tchik-tchik-thack, my Boogie Man | Blue Black Jack », Mos Def ! Superstar ! Mélanger, Méler, Mailer, Lier. Front Uni des Désunis, le Portail ouvre ! Le Portail s’ouvre ! Le sous-monde est devant toi, camarade, cours [2].
1999. Et ces mails, par centaine. Ces mails d’engueulades à la noix entre gens d’un Mini-Rézo qui croyait mais ne pouvait. Depuis, les liens, les femmes et les hommes ont fait du chemin. Certains écrivent des livres, d’autres en vendent, il y en a un qui fait du surf en Bretagne ; d’autres emportés par des vagues lointaines ; et lui, croisé l’autre jour place de la Concorde, moto contre moto, tu deviens quoi ; et eux, journalistes schizo mais si-trop ; et eux, programmeurs plein de belle grammaire ; et lui toujours en galère qui ne parle à personne ; et elle, sentencieuse depuis qu’une radio lui a fait de l’écho ; et lui, génial, mais qui comprend toujours pas le html ; et tous ces vieux punks, ces toujours-Technos, ces futurs-Tout, ces amis et ces inconnus ; les morts de fatigue, les trompe-la-mort, les morts de trouille qui ne sortent plus de chez eux, y a plein de virus dans les rues, c’est bien simple, la rue est un Windows XP sans firewall. Guillermito, t’es où ? Oups. 1999-2004, on s’est perdu de vue, jamais revu, jamais remis. C’est du web comme on fait du Rock. Tout à fond. Quoi, à Matignon, elle travaille maintenant ? T’es sûr ? Et lui, « don’t push me cuz i’m closed to the edge », toujours là, au bord du précipice, un studio pour horizon ? Et voilà que Bill Gates est reçu pour nos cinq ans comme un chef d’État a Paris. On a perdu (heu ?).
1999-2004, et avant. Beauté de l’éphémère. Rudesse des corps. Raideur de la vieillesse. Splendeur de la barbarie. « Have Love Will Travel ». Société de contribution, royaume des menteurs, kitetoa et ki suis-je, tout automatique, ou faussement, rézo-consécration, rézo-secrets de fabrication, Coca-Cola, Mecca-Cola, Corsica-Cola, Rézo-Mets-toi-là ; des algorithmes pour classer les liens, du rythme pour les déclasser, brèves-articles, temps de lecture, le Portail est là. Cinq années. MySql. MyRepère.
[1] Dans le livre Spip, créez votre site communautaire, qui vient de paraître aux éditions Micro-Application, signé Perline, Fil, l’un des fondateurs de Spip écrit : « avant d’être le nom d’un système de publication, Spip était le voilier préféré d’un des membres du « miniRézo , un groupe informel de webmestres défendant la liberté d’expression sur Internet ». La boucle est bouclée.
[2] Le lecteur curieux trouvera quelques explications sérieuses ici.
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Publié: vendredi 19 novembre 2004.
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- Rubrique: netManiaks
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- Société de contribution |




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