Fichage

(Dans le secret des délibérations des) Big Brother Awards France

Depuis huit ans, une poignée de volontaires travaillent d’arrache-pied sur des dossiers de candidatures. Leur concours s’appelle les Big Brother Awards. Ambiance de juré pour la cuvée 2007/2008.

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Vendredi soir, rue des deux gares à Paris. Pour la huitième année consécutive, ils sont une dizaine à débattre. Des chercheurs, un sociologue, deux magistrats, un historien, deux lycéens, un artiste, et puis… un ou deux autres. On parle surveillance et libertés publiques, caméras et intrusions, ADN, fichages, militarisation de l’espace public, To be CNIL or not to CNIL, médecine et mairies. L’arrière-salle est à l’étage d’un restaurant. Il y a du bruit, beaucoup. Aucune tension, mais du sérieux et des sourires — beaucoup aussi. Pendant quatre heures, les jurés des 8ème Big Brothers Awards France vont se confronter. À qui attribuer les prix du meilleur Orwell ? Catégorie Etat et élus. Catégorie Entreprise. Catégorie Localités. Catégorie Novlangue. Catégorie Ensemble de son œuvre. Et puis, aussi, un Prix Voltaire — parce qu’il faut bien se détendre, ou y croire encore, soutenir un peu.

Les dossiers de candidatures sont épais, complets. C’est ficelé comme des procédures parfaites : des notes, des biographies, des faits, des chiffres, des renvois, des articles, une vidéo. Parmi les membres organisateurs des BBA France (émanation de l’ONG anglaise Privacy International), on retrouve des journalistes Internet de toujours, et de renom, et pas seulement, comme Jérôme Thorel ou Jean-Marc Manach. Parmi les membres du comité de sélection figurent aussi Pascal Cohet, co-fondateur d’Odebi.org, et quelques autres actifs, mais dans l’ombre, qui prennent leur charge à cœur (hacker ?), militants de « médias libres », membres d’associations ou universitaires. Tout, sauf des technophobes. Plutôt même des technophiles qui s’intéressent de près à ce dont tout le monde se contrefout de loin, ou presque : tous ces espaces, virtuels mais surtout bien réels, que la technologie grignote peu à peu, menaçant nos libertés. Par elle-même ou parce que les interprétations politiques le lui permettent jour après jour, décision après mise en place. De lois, de leur esprit, il faut parler aussi. Se déchirer un peu autour de la table. Et se retrouver, toujours, à chaque délibération, derrière cette idée fondatrice des BBA : comment répondre à la multiplicité des atteintes aux droits de la vie privée ? Droits étonnamment délaissés par nombre d’associations ou d’ONG.

Les noms des jurés et des nominés viennent d’être révélés sur le site des Big Brothers Awards France. Pour les lauréats, il faudra attendre vendredi 21 mars. C’est le pacte. Respect. Ce soir là, vendredi, il y aura même, comme chaque fois, une cérémonie des « Césars du monde sécuritaire » à l’espace Confluences, 190 Bd de Charonne, Paris.

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Bande annonce signée regardeavue sous licence http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/fr/

Communiqué in extenso :
Sélection BBA 2008 : le concours de beauté est ouvert !]

*La sélection 2007/2008 et la liste des membres du jury*

Paris, 17 mars 2008 --- Les Big Brother Awards, décernés dans une
quinzaine de pays, sont la seule cérémonie dont l’objectif est de ne
plus avoir raison d’être, et de disparaître. Las : ministres, élus
locaux, hauts fonctionnaires, lobbies, grands patrons ou petits chefs
d’entreprises... pour la huitième année consécutive, les candidatures
aux désormais traditionnels prix Orwell, remis aux plus honorables
promoteurs de la société de surveillance, n’ont pas manqué cette année.

Nous avons donc le regret de vous annoncer la publication de la liste
des nominés sur notre site web. La 8e Orwell Party, notre cérémonie de
remise des prix, aura lieu quant à elle le vendredi 21 mars prochain, à
Confluences, à Paris. Elle sera aussi retransmise en direct sur
l’internet, et débutera, à 19h, par la troisième édition des "Ecrans
sécuritaires", projection de courts métrages agréée par notre "ministère
de la Vérité".

Conformément à la tradition de Privacy International, qui chapeaute la
quinzaine de BBA décernés dans le monde entier, c’est un jury de
personnes qualifiées qui va départager les candidats. *Cette année le
jury des BBA réunit :*

- Laurent Bonelli, sociologue et membre de la revue Culture et Conflits
- Eric Charmes, sociologue et urbaniste
- David Dufresne, journaliste et documentariste
- Théodora Fragiadakis et Ulysse Richard, membres du Comité d’action
lycéen (lycée Maurice Ravel, Paris)
- Hélène Franco et Gilles Sainati, magistrats, membres du Syndicat de la
magistrature
- Pierre Muller, président de l’association Ordinateurs-de-vote.org
(Prix Voltaire BBA 2006)
- Kiki Picasso, graphiste, peintre et vidéaste, membre du collectif Un
regard moderne
- Maurice Rasjfus, co-fondateur de l’Observatoire des Libertés Publiques
et du bulletin Que fait la police ?
- Jacques Testart, biologiste et président de la Fondation Sciences
citoyennes

*La sélection*

Liste à consulter dans son intégralité
<http://bigbrotherawards.eu.org/?pag...>

La trentaine de candidats finalement retenus par l’équipe de sélection
— - composée de journalistes et militants des droits de l’homme --- ont
marqué l’année 2007 par leurs atteintes à la vie privée ou leur zèle à
faire la promotion de politiques sécuritaires ou de technologies de
surveillance.

On y trouve un certain nombre de *multirécidivistes* bien connus de nos
services, comme les ministères de l’Intérieur (pour son hyperactivité en
matière de vidéosurveillance), de la Santé (pour l’inénarrable DMP) et
de l’Education (pour le très décrié fichier Base Elèves), mais aussi
ceux de l’Immigration et de l’identité nationale (pour sa chasse aux
sans-papiers et son fichier Eloi), ainsi que le ministère de la Culture
(pour la constance avec laquelle il veut "fliquer" les internautes)...

On y trouve également deux grandes juridictions de l’Etat, dont le
Conseil Constitutionnel (pour sa validation du principe de la "rétention
de sûreté"), Denis Olivennes, PDG de la FNAC et auteur d’une "mission"
sur le "piratage" (pour sa promotion du filtrage de l’internet et de la
répression de type "antiterroriste" des internautes), des fabricants de
drônes d’espionnage des populations, un hôpital qui veut ficher ses
patients au moyen de bracelets électroniques, des hauts-fonctionnaires
qui prônent la délation, une mairie (Neuilly Plaisance) qui introduit la
biométrie en crèche, une autre (Asnières) pour fichage de ses électeurs
en fonction de leurs origines ethniques...

Au rayon des *nouveaux venus*, plusieurs médias : l’émission "Envoyé
Spécial" sur France 2, pour un reportage "embedded" mais surtout
propagandiste sur l’expulsion des sans papiers, TF1 (pour "l’ensemble de
son oeuvre"), et Google Inc. pour sa mise en place d’une véritable "big
brotherisation" de la société ; et au rayon des nouveaux "terrains
d’expérimentation" : l’université, avec un président qui prend son
campus pour un laboratoire sécuritaire, et un consortium bancaire qui
est parvenu à imposer aux étudiants son système Monéo.

Sont aussi nommés quelques collectifs et associations qui se sont élevés
contre les technologies et politiques de contrôle sécuritaire. Ces
candidats aux *Prix Voltaire* se sont distingués en matière de lutte
contre la vidéosurveillance ou le fichage ADN, contre l’installation de
systèmes biométriques à l’école, le "puçage" RFiD des animaux ou bien
encore celui des patients, dans les hôpitaux.

*Orwell Party*

Rendez-vous (ou, plutôt, et si vous nous le permettez, "rendons-nous") à
l’Orwell Party ce vendredi 21 mars 2008 pour les BBA 2007 :

- 19h : Les Écrans sécuritaires (*), projections de courts-métrages de
fiction ou documentaires sur la montée en puissance de la société de
surveillance
- 20h : défilé de mode sécuritaire du collectif Art is not dead
(http://www.artisnotdead.fr)
- 20h30 : 8e cérémonie des Big Brother Awards, édition 2007, retransmise
en direct sur l’internet.

Lieu : Confluences (Maison des arts urbains) : 190 Bd de Charonne, 75020
Paris (M° Ph. Auguste/A. Dumas). Bar sur place. PLAF (participation
libre aux frais) suggérée à l’entrée ou à la sortie. Avec Regarde à vue
(régie vidéo, réalisation), Teleplaisance (streaming), les Danseuses de
l’Est parisien (service d’ordre et de tranquillité) et tout l’équipe de
Confluences.

(*) Au programme de cette projection :
- « 39 » de François Grandjacques (2006. 1’59).
- « Remonte tes chaussettes » de Niels Adde pour La Cause (2006. 3’32).
- « Un réseau de résistance #3 » de Agathe Dreyfus & Christine Gabory
pour "360° et même plus" (2007. 7’52).
- « 30 » de François Grandjacques (2007. 1’30)
- « Juda » de Niels Adde pour La Cause (2005. 12’14).
- « Life 2.0 » de Manukéo (2007. 4’50)
- « Lundi » de Charly Dupuis, Benjamin Choisnard et Pierre Gouëset.
(2007. 1’36)
- « Mardi » de Charly Dupuis, Benjamin Choisnard et Pierre Gouëset.
(2008. 3’51)
- « 29 » de François Grandjacques (2007. 2’57).
- « NY, The Lost Civilization » de Dylan McNeil / Eden (1996. 18’06)
- « La France brûle » de Marijane Miracle (2007. 3’18)
- « Les éditions Jourgeuil » de Niels Adde pour La Cause (2006. 0’47)
- « 46 » de François Grandjacques (2007. 1’02)


Vos commentaires

    1. davduf

      http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=468685

      vendredi 21 mars 2008, mis à jour à 17:14
      Vie privée
      Les anti Big Brother contre-attaquent
      Alice Pouyat
      A l’instar des Big Brother Awards remis ce vendredi soir, des initiatives
      privées voient le jour pour contrer la surveillance technologique. Des plus
      comiques aux plus musclées.

      Dans un café du XIe arrondissement de Paris, les représentants d’une espèce
      menacée tiennent conseil. "Va-t-on attendre une catastrophe pour réagir",
      lance une étudiante, piercing et cheveux courts. Depuis septembre, des
      opposants à l’invasion de nouvelles technologies se réunissent régulièrement
      pour des soirées-débat. Exemple des résistances que suscite la surveillance
      technologique. Pas un mouvement uni, plutôt une nébuleuse de collectifs
      proches des milieux écologistes, libertaires. Leur objectif ? Alerter
      l’opinion. Leur méthode ? Faire du bruit.

      Les Césars du monde sécuritaire
      Et quoi de mieux pour cela qu’une petite fiesta : la 8e Orwell Party, qui
      couronne "les honorables promoteurs de la société de surveillance" est
      organisée ce vendredi par les Big Brother Awards France, une émanation de
      l’ONG anglaise Privacy International. Le jury se compose de magistrats, de
      sociologues ou de journalistes qui ont épluché avec soin le dossier des
      nominés, catégorie élus locaux, entreprises, localités ou "Ensemble de son
      œuvre" (voir la liste des nominés). Pour garder le moral, un prix Voltaire
      doit aussi être décerné. Verdict ce soir à 20h30 en direct sur le Net.

      Les artistes s’en mêlent
      Eux aussi contre-attaquent, avec humour. Lors du gala autrichien des Big
      Brother Awards, Monochrom, un collectif d’hacktivistes viennois, a mis en
      scène les dérives de Facebook et des réseaux sociaux dans une comédie musicale
      MyFaceSpace.

      A Paris, lors d’un colloque Internet mon amour à Beaubourg en février, la
      "net-artiste" Albertine Meunier exposait son My Google Search History un
      inventaire de ses recherche Google depuis 2006. L’occasion de montrer que
      "Personne ne vous connaît aussi finement que ça, pas même la personne qui
      partage votre vie".

      Les artistes belges Michel Cleempoel et Nicolas Malevé travaillent de leur
      côté à un jeu en ligne - Yoogle ! - dont le but est d’analyser "les mécanismes
      économiques à l’œuvre derrière les interfaces riantes du Web 2.0." Sur
      Yoogle ! le joueur pourra endosser tour à tour le rôle du visiteur, de
      l’administrateur qui collecte les traces ou du client qui achète les profils.

      Casseurs de machines
      Pour se faire entendre, d’autres n’hésitent pas à franchir les barrières de la
      légalité. En novembre dernier, un mystérieux Collectif de faucheurs Monéo
      revendique la dégradation de bornes de paiement électronique à la fac de
      Tours. Leur porte-parole, qui souhaite garder l’anonymat, voit dans cette
      technologie une porte ouverte au flicage des achats. Pour eux, l’action
      fondatrice remonte au 17 novembre 2005. Ce jour-là, ce sont les bornes
      biométriques du lycée de Gif-sur-Yvette (Essonne) qui volent en éclat,
      détruites à coups de marteau. Lors d’un procès médiatisé, les trois doctorants
      mis en cause dénoncent un dispositif de contrôle d’accès - la reconnaissance
      du contour de la main - qui ouvre la voie à une surveillance permanente et
      "transforme le corps en code-barres".

      Camouflage de caméras
      Marie-Claude, la quarantaine, a soutenu les accusés à l’audience. Cette
      ingénieur ergonome milite contre l’essor de la vidéosurveillance au sein du
      collectif Souriez vous êtes filmés, avec qui elle entreprend, par exemple, des
      camouflages de caméras. Elle en est sûre : "Bientôt, ce sera pire que la
      Russie. Il va falloir sortir avec un masque ou des vêtements à rayures pour ne
      pas se faire repérer". Aujourd’hui, Marie-Claude se dit prête à aller jusqu’au
      bout. A faire de la prison s’il le faut.

      Invasion de la Cnil
      Le 15 décembre, son collectif se heurte aux forces de l’ordre en prenant
      d’assaut les locaux de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des
      libertés), avec les groupes Halte aux puces, George Orwell, Oblomoff, Pièces
      et main d’œuvre. Ensemble, ils proclament la dissolution d’un "simulacre de
      contrepoids indépendant (…) qui, depuis sa création en 1978, n’a cessé de
      faciliter et de légitimer l’exploitation numérique de nos vies". Réponse du
      président de la Cnil, Alex Türk : "Oui, nos vies privées sont menacées. Oui,
      la Cnil manque de moyens. Mais ce ne sont pas ces groupes radicaux qui feront
      évoluer la législation." Ces groupes, eux, aimeraient juste susciter le débat.