Emeutes d’automne 2005 : la version du Centre d’Analyse Stratégique.

Quand des chercheurs, missionnés par Matignon, arpentent la banlieue pour comprendre les émeutes ; ça dépote. Les clichés volent enfin en éclat. Et ça fait du bien. (Mais qui s’en soucie encore ?).

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Clichy-sous-Bois
Reconstitution de la mort de Zyed et Bouna. Décembre 2006.

Il y a quelques heures, la justice a enfin procédé à la première reconstitution du drame de Clichy-Sous-Bois du 27 Octobre 2005. C’est important, les reconstitutions. Ca permet de refraîchir la mémoire. A tous.

Il y a quelques jours, un homme, qui n’est pas rien, un homme qui se présente à l’élection présidentielle a dit sur France 5 : « Faire porter la responsabilité des 27 nuits d’émeutes sur ce qui s’est passé à Clichy, c’est ridicule ». C’est important, ces citations. Ca permet de se souvenir de ce que Nicolas Sarkozy n’a pas compris.

Il y a deux semaines, maintenant, le Centre d’analyse stratégique publiait justement deux excellentes études monographiques et de terrain à propos des émeutes de l’automne 2005. Curieusement, deux rapports dont seuls Les Echos ont fait état. Et quasiment pas cette blogosphère, qu’on a connu plus inspirée qu’aujourd’hui, toute occupée qu’elle est à faire les poubelles de France Soir ou les corbeilles à papier rance de Bon Week.

Dommage pour elle ; dommage pour eux.

Pour info, le Centre d’analyse stratégique s’appelait auparavant le Commissariat au Plan. S’il a changé de nom, on dirait que le Centre d’analyse stratégique a aussi changé de ton. Mais pas de lieu : il s’agit toujours d’un think-tank sous la houlette de Matignon.

Et voilà l’affaire.

La grosse affaire de ces dernières années. Les émeutes de l’automne dernier, étudiées, disséquées, décryptées, par le menu.

Bon sang qu’ils sont instructifs, ces deux rapports. D’autant délectables, justement, qu’ils proviennent des hautes sphères gouvernementales. Bon sang, qu’ils répondent de manière cinglante à bien des clichés. D’autant que leur caractère matignonesque décuple leur poids comme à l’époque du rapport de la Direction centrale des Renseignements généraux (décembre 2005), dans lequel le Ministre de l’Intérieur avait trouvé de quoi s’étrangler [1]. L’ami Thierry Jonquet devrait les lire, ces deux rapports, ça lui éviterait de raconter autant de contre-vérités sur France Culture.

Ainsi, deux équipes de chercheurs ont travaillé entre avril et octobre 2006.
Celle de Michel Kokoreff est allée à Saint Denis. Celle d’Olivier Galland a arpenté Aulnay-Sous-Bois. Le résultat ? Des dizaines d’interviews, de chiffres, de faits, de nuances, de complexités, de perplexité.

Extraits :

La religion

Ainsi, la religion, et la prétendue islamisation des événements. Les auteurs des rapports écrivent :

« La religion peu présente. Au cours des entretiens avec les jeunes, les questions religieuses, une éventuelle revendication ou affirmation d’une identité religieuse, le rôle des responsables religieux, aucun des ces éléments n’est apparu spontanément. Les quelques références à l’Islam et à ses prescriptions (ramadan, prière, etc.) renvoient à un cadre strictement personnel et privé. » [2]

Emeutiers, pas émeutiers ?

« notre analyse propose quatre positions typiques dans le continuum, qui va de l’implication la plus forte au désengagement : le jeune non-engagé (plus ou moins indifférent, critique ou perplexe, plutôt sur les méthodes employées que sur les motivations de la colère) ; le spectateur passif (regarde par les fenêtres, commente au portable) ; le spectateur actif (dans la rue, il regarde, rigole, applaudit, insulte, court et se cache quand les forces de l’ordre pénètrent dans la cité... tout en refusant de mettre le feu ou d’affronter les policiers directement) ; le jeune engagé (plus ou moins virulent, il peut avoir été incendiaire et avoir participé aux affrontements avec la police). «  [3]

« l’enquête de terrain montre que la distinction émeutiers/non-émeutiers n’est pas si évidente à effectuer qu’il n’y paraît au premier abord (...) force est de constater que la ligne de démarcation entre participation active et passive est plus floue qu’on ne le pensait d’une part et que les jeunes ont du mal à avouer leur participation directe aux violences d’autre part. La crainte de pouvoir être identifiés joue évidemment. Mais ces réticences à se dire émeutiers et à indiquer des jeunes qui auraient commis des violences sont le signe de quelque chose de plus important encore : le fait de se sentir tous concernés par ces événements sur la base d’une appartenance générationnelle et territoriale, sur la base d’un vécu partagé de la vie dans les cités et, de surcroît, le sentiment de trahir leur groupe. » [4]

« Une vision émeutiers/non émeutiers ne rejoint pas les classifications que font les jeunes eux-mêmes. Une distinction de type solidaires / réprobateurs semble plus opérante. » [5]

« il nous a paru important de montrer que des conflits d’interprétation existent aussi chez les jeunes vivant dans les quartiers les plus frappés par ces événements (...) On verra à quel point des témoins oculaires de ces événements peuvent avoir des opinions antinomiques quant aux causes et effets de ces violences urbaines, exprimer à l’égard des émeutiers et de leurs raisons aussi bien une forte solidarité qu’un certain rejet. Ainsi, si le contexte dans lequel vivent ces jeunes forme un univers relativement homogène d’expériences de vie au quotidien, le rapport qu’ils construisent aux émeutes est pluriel et témoigne en filigrane de la diversité de leurs aspirations et de leurs projets Trois « figures interprétatives » ont alors été distinguées, qui renvoient chacune aux rapports entre ces émeutes et, dans l’ordre, la délinquance, la protestation, la dimension ludique. Notons, d’emblée, que la figure interprétative relative à l’émeute protestataire est la plus répandue dans notre corpus, suivie par le figure de l’émeute ludique et, enfin, par l’émeute et la délinquance. » [6]

Distinctions entre émeutiers :

« Deux éléments marquants sont apparus au cours de notre enquête auprès des jeunes des quartiers populaires de Saint-Denis : en premier lieu, la jeunesse des acteurs de ces événements (autour de 15 à 18 ans) et leur autonomisation vis-à-vis des plus âgés et des adultes durant ces émeutes ; autre élément marquant, le poids des contentieux locaux apparaît essentiel pour comprendre ce qui a pu se passer localement. « [Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple de Saint Denis.]]

« [Les plus de 20 ans] semblent ne nourrir aucun espoir raisonnable quant à leur avenir et nous présentent un discours très résigné sur leur situation et celle des autres jeunes de leur quartier. Les plus jeunes, ceux âgés autour de 14-20 ans, apparaissent beaucoup plus concernés par les émeutes de 2005. Pour la plupart encore scolarisés ou récemment sortis du système scolaire, ils n’ont pas la même perception, pas la même expérience sociale que leurs aînés, en particulier celle de la résignation » « les différentes figures du grand-frère qui semblent disqualifiées. Ceux « qui sont restés dans le rang » qui ont fait des études pour certains relativement poussées et qui aujourd’hui se retrouvent sans travail, si ce n’est quelques missions d’intérim peu en rapport avec leurs qualifications . Ceux qui « bricolent » « font leur petit business » et qui continuent à traîner au bas des cages d’escalier. Les uns comme les autre restent dans des situations précaires et sont au final peu enviés par les plus jeunes. N’ayant pas réussi à s’extraire de leur condition sociale, ils peuvent difficilement représenter un modèle et leur autorité semble en être affaiblie. « « On peut caractériser les participants par une position « ni-ni » : ni quelque chose à perdre (travail, petit business...), ni encore résigné (à l’image des grands frères) »

Sarkozy

« Il semble alors que les émeutes soient perçues comme une des occasions pour prendre sa revanche, pour régler un vieux contentieux les opposant au ministre. Celui-ci est, en effet, interpellé de trois manières différentes : soit comme responsable des actes quotidiens de policiers en tant que ministre de l’Intérieur, soit comme un provocateur aux propos injurieux, soit, enfin, comme celui qui a tenté de camoufler la responsabilité policière dans le décès des deux jeunes et qui a sali leur mémoire » [7]

Rapports Jeunes / Police

« Ce n’est pas une surprise, et cela a été évoqué dans la première partie, à Aulnay comme dans beaucoup de quartiers défavorisés, les rapports entre la police et les jeunes « des cités » se sont fortement dégradés et empreints d’une tension exacerbée. Dès lors, il n’est pas étonnant que le conflit avec les policiers revienne de manière récurrente dans les propos des jeunes comme l’une des sources de leur colère. Les jeunes critiquent leurs méthodes, décrivent les formes d’humiliation subies (devoir baisser son pantalon devant sa mère, se retrouver tout nu au poste...) et l’affrontement symbolique, presque viril, avec les forces de l’ordre » [8]

« le rapport que ces jeunes entretiennent à l’égard de deux institutions républicaines, telles l’école et la police, se base sur la critique et le rejet ; les liens verticaux avec leurs propres parents se caractérisent par la difficulté de ces derniers à établir des formes efficaces de contrôle de leurs activités en dehors de la maison ; leur volonté d’intégration se heurte à la crainte que leur entrée sur le marché du travail ne soit défaillante à cause des discriminations qui pèsent sur eux. Le groupe des pairs fournit alors des ressources symboliques et identitaires pour dire et revendiquer une appartenance. Émergent alors l’expression d’un grand sentiment d’abandon et d’une forte envie que leur malaise soit entendu par des instances politiques susceptibles d’y répondre. » [9]

Une dimension ludique

« Une autre thématique, peu présente dans les discours sociologiques tenus sur les émeutes, revient pourtant de manière récurrente dans les propos : il semble que les émeutes ont aussi constitué un grand défouloir, notamment pour les plus jeunes. Dans les propos recueillis, les termes employés qui relèvent de ce registre sont nombreux (« spectacle », « parc d’attraction », « délire », « jeu »...). «  [10]

« Il est frappant que les véritables termes indigènes sont plutôt d’un autre ordre : « souk », « bordel », « chaos », « faire n’importe quoi », « foutre le dawa », « foutre la merde »... Ces formules émaillent leurs discours. Or, il s’agit bien d’un registre lexical plus ambigu, qui est également porteur d’une forme de banalisation des actes commis lors des émeutes. » [11]

« Il y avait un continuum d’événements violents au sein du quartier et, plus largement, sur la ville, qui rend assez difficile d’isoler novembre 2005 de son « avant » et de son « après ». Même si tous s’accordent pour dire qu’il s’agissait d’un moment paroxystique, il s’insère dans une certaine continuité. «  [12]

En conclusion, et en extrême condensé, les auteurs écrivent : « tout d’abord, ce mouvement est également le fruit d’une tendance à l’autonomisation de ceux que l’on appelle « les petits », dans les cités. « Les grands », souvent peu qualifiés et sans emploi, n’exercent plus la fonction tutélaire qu’on leur a souvent prêté et semblent faire l’objet d’un discrédit nouveau. L’accent est également mis sur la conflictualité des rapports entre ces jeunes et la police, que les chercheurs attribuent en particulier à un sentiment d’humiliation de la part des premiers et
aux contraintes fonctionnelles qui pèse sur les seconds.
« L’équipe d’Aulnay-sous-Bois », quant à elle, insiste sur le fait que chacun
projette sa propre grille de lecture sur ce qui s’est passé. Elle montre cependant
que l’épisode de « violences urbaines » a été vécu par les jeunes comme
l’aboutissement et l’expression d’un malaise partagé et ce, quel qu’ait été leur
degré d’implication dans les événements. Les raisons et motivations, qu’elles
soient explicites ou implicites, sont décrites par les chercheurs comme très
diverses, si bien que le mouvement observé semble résulter de l’agrégation de
logiques d’actions nombreuses et variées. Face à cela, la réponse des pouvoirs
publics et, plus particulièrement des forces de police, semble avoir été
empreinte d’une certaine désorganisation, sans doute liée à l’effet de surprise.
Certes, les autorités sont très vite parvenues à adapter leurs actions aux
événements et à tirer partie d’effets d’apprentissage mais la capacité
d’anticipation paraît avoir fait défaut.
 »


[1Les RG écrivaient : « La France a connu une forme d’insurrection non organisée avec l’émergence dans le temps et l’espace d’une révolte populaire des cités, sans leader - ni caïds, ni intégristes. »

[2Et les auteurs d’ajouter dans une note : « Ces résultats confirment l’enquête menée en France par l’International Crisis Group (ICG) (2006) qui a montré que l’islamisme radical et politique s’est essoufflé dans le pays et qu’il n’aurait aucune emprise sur les jeunes des cités. Aussi et contre bon nombre d’idées reçues, lors des émeutes de 2005, « les islamistes n’ont pas joué leur rôle attendu d’agent du contrôle social, illustrant bien qu’ils n’encadrent ni les émeutes ni les quartiers. Quant aux grandes instances de l’islam de France, elles ont montré leur manque de prise sur les événements et sur les populations impliquées » (p. ii). Précisons que l’ICG est une organisation non gouvernementale spécialisée dans la prévention et résolution des conflits. »

[3Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois.

[4Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois.

[5Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple de Saint Denis.

[6Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois .

[7Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois .

[8Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois.

[9Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois .

[10Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois .

[11Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple d’Aulnay-sous-Bois .

[12Enquêtes sur les violences urbaines, Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple de Saint Denis.


Vos commentaires

    1. davduf

      Bien entendu, amigo. M’étonne pas du Rezo, tiens ,-)
      Sauf que je le reconnais : je n’avais pas vu les liens passer sur le Portail du Rézo. Mille excuses. Mais reconnaissons le, aussi : ces deux rapports n’ont pas (encore ?) trouvé l’écho qu’ils méritent...

  1. me fait penser à ce que disait une intello chinoise sur le plateau de maintenant ou jamais : ici les jeunes s’ennuient, ils n’ont pas d’occasions de se défouler dans de grandes fêtes collectives

  2. Grégoire

    Merci de donner à ces rapports un peu de la publicité qu’ils méritent.

    Quelle tristesse de voir Thierry Jonquet, grand auteur de "roman noir social" gagné par la jeanfrancoisrevelite de notre temps.

    Bonne continuation

    Greg

    1. davduf

      A lire également Un nouveau pacte de solidarité pour les quartiers (rapport du Sénat), avec notamment son annexe 10 : LES ÉVÉNEMENTS DE L’AUTOMNE 2005 / RETOUR SUR LES FAITS : LES ÉVÉNEMENTS DE NOVEMBRE 2005.

      Il s’agit plus d’un résumé des faits qu’une analyse stricto-sensu...

      Extraits :

      « Selon cette analyse, le développement du chômage des jeunes des quartiers, au cours de ces années, a affaibli la légitimité des politiques sociales et entamé leur espoir d’insertion. Dans ces conditions, les causes des émeutes doivent être recherchées dans la perte de confiance dans l’Etat providence et l’exaspération devant les formes d’interventions policières dans les cités. Selon M. Didier Lapeyronnie, les émeutes et les affrontements dans les banlieues sont donc marqués par la superposition de comportements délinquants ou déviants et de la contestation sociale. »

  3. Zzz. de passage à Cageart...

    Hello et bonne année à tous !

    Je rebondis vite fait sur la réax de cet espèce de baltringue de S... notre charmant ministre de l’intérieur :

    « Faire porter la responsabilité des 27 nuits d’émeutes sur ce qui s’est passé à Clichy, c’est ridicule ». C’est important, ces citations. Ca permet de se souvenir de ce que Nicolas Sarkozy n’a pas compris.

    On peut penser ce qu’on veut de ce mec là, ceci dit je ne comprends pas bien ce que tu trouves à redire à ça. Prenons cette phrase, sortie de son contexte (sport dans lequel ce même ministre excèle assez bien d’ailleurs) : c’est ridicule pour ma part également d’immaginer que la boulette policière de Clichy EST au sens propre du terme à l’origine de ces émeutes ! Je pense plutôt que ca n’a été qu’un prétexte, une sorte de goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien remplie par l’ingérence volontaire (du moins à mon avis) de notre gouvernement face à la situation pourrie qui règne en banlieue. Parce que techniquement, des violences policières et des boulettes dans le genre, il s’en commet chaque jour un certain nombre sans que cela ne soulève plusieurs villes pour autant contre ses forces de Police. Alors faire de l’histoire de Clichy LA cause d’un tel effet, ça me parait gros comme un chateau-fort là tout de suite...

    En cela d’ailleurs, notre ministre nous fait presque (je dis bien presque !) un aveux du laxisme qu’il a mis en oeuvre pour régler la situation. Soyons clair : il n’a aucun intérêt à la régler cette situation. L’insécurité, la sacro-sainte insécurité, pour l’heure ça fait son beurre de campagne, il n’a aucun intérêt à "sécuriser" le territoire maintenant sinon il perd et son thème de campagne, et ses électeurs ! Au contraire, là, pour le moment, ce dont il a besoin c’est d’allumer le feu (et là je pense à Johnny Halliday qui a publiquement avoué son soutien au ministre il y a quelques temps dans je ne sais plus quel journal papier :rolleyes : ) et de l’attiser pour faire monter la pression.

    Demandez donc à des flics ce qu’ils en pensent, j’ai eu l’occaz’ de discuter avec certains d’entre eux à l’époque (oui j’ai un pote ou deux qui sont passés du "côté obscur...) et ils le disent eux même. On leur demandait de ne pas intervenir, juste de faire acte de présence devant les caméras des journaleux pour rassurer dans les chaumières, la Rombière et son Jules qui regardaient le soir, les faits, tronqués par les coins arrondis de leurs écrans de télé !

    Sinon du reste, des voitures qui crament à Clichy, tout le monde s’en cogne, tant que ce n’est pas à Neuilly ou Paris intramuros, à quoi ca sert de faire cesser le bordel ? Pour nos gouvernants, ils peuvent bien se cramer leurs voiture entre eux, bien au contraire ! Ca permet de mieux pouvoir les montrer du doigts en hurlant "beuh, cacaaaa !" :/

    PS1 : Après avoir fignolé ce commentaire, je suis allé relire la full-citation du Sarkal sur le site de l’express, et c’est vrai qu’elle est bidon, ceci dit, je ne pense pas que ça remette grand chose en cause dans ce que je viens d’écrire. ;)

    PS2 & HS : dans le paragraphe "Distinctions entre émeutiers :" tu as une petite erreur de spip-o-syntaxe, une note de bas de page qui n’est pas passée ;)

    1. davduf

      c’est ridicule pour ma part également d’immaginer que la boulette policière de Clichy EST au sens propre du terme à l’origine de ces émeutes ! Je pense plutôt que ca n’a été qu’un prétexte, une sorte de goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien remplie par l’ingérence volontaire

      Bien entendu, la mort de Z. et B. à Clichy n’explique pas tout. Il serait ridicule de réduire les émeutes à celles-ci. Il faudrait parler aussi de la grenade dans la Mosquée, d’une gestion aléatoire de la crise (les premiers jours), de la gravité sociale, évidemment ; de quelques mots de lessiviers, etc.

      Seulement ce que dit Sarkozy est grave. Car, si, la mort de Z. et B. est bien le PREMIER élément déclencheur des émeutes. Donc, oui, elle porte sa part de responsabilité dans les émeutes. Oui, et d’autant plus, que cette mort résulte en quelque sorte d’une ambiance, d’un certain traitement policier en outre-périphérique...

      1. Zzz.

        ...après la divulgation dans les médias, la veille, d’une partie du rapport de l’IGS les mettant en cause.

        Dixit, ce même article de l’express mais sans développer. Est ce que quelqu’un a vu/lu un extrait/entendu parler de ce rapport ?

        Parce que à ce sujet là, les seules avis que j’ai pu avoir sur ce qui s’est passé à Clichy ce soir là, sont soit des bruits d’hommes politiques en pleine autoflâterie médiatique, soit des racontards assez capillotractés de jeunes de Clichy interrogés à visage masqués par une caméra d’ "envoyé spécial" (bonjour la référence !) et qui semblent t’ils n’avaient pas l’air trop sûr de ce qu’ils racontainet. pour un peu, c’est limite si on entendait pas le souffleur derrière eux...

        Pas idéal pour se faire une idée...

        Des flics cons comme leurs rangers, dans des quartiers, j’en ai vu, c’est clair (et pas qu’un peu). Ceci dit, j’ai vu aussi l’inverse : des flics qui se font insulter sans vrai motifs, dès qu’ils passent quelque part sur le simple fait qu’ils portent un uniforme, je me met à leur place, ça peut me rendre aigris, à la longue...

        Et je pense qu’un tel état de fait ne peut pas aider à une détente de ce climat, de cette ambiance dont tu parles...

    2. Hervé

      "Je pense plutôt que ca n’a été qu’un prétexte, une sorte de goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien remplie par l’ingérence volontaire (du moins à mon avis) de notre gouvernement face à la situation pourrie qui règne en banlieue."

      Qu’est-ce que ça veut dire, "l’ingérence volontaire de notre gouvernement face à la situation pourrie qui règne en banlieue" ? On discerne dans l’expression un blâme certain vis à vis du dit gouvernement, mais l’objet de ce blâme reste plus que flou. A priori, il n’y a aucun rapport avec le délit d’ingérence (prise d’intérêts illégale d’un fonctionnaire public dans l’administration d’une affaire dont il a totalement ou en partie responsabilité).
      Alors est-ce que ça fait référence à l’ingérence telle qu’on la définit au niveau diplomatique, à savoir l’intrusion d’un pays dans les affaires intérieures d’un autre pays ? Si c’est le cas, c’est grave de tenir de tels propos. Jusqu’à preuve du contraire, les banlieues font partie du pays, sont soumises à la même législation, dirigées par le même gouvernement...
      Mais il est plus probable que ce flou corresponde simplement à un flou conceptuel...

      "Demandez donc à des flics ce qu’ils en pensent, j’ai eu l’occaz’ de discuter avec certains d’entre eux à l’époque (oui j’ai un pote ou deux qui sont passés du "côté obscur...) et ils le disent eux-mêmes. On leur demandait de ne pas intervenir, juste de faire acte de présence devant les caméras des journaleux pour rassurer dans les chaumières, la Rombière et son Jules qui regardaient le soir, les faits, tronqués par les coins arrondis de leurs écrans de télé !"

      Pour rappel, l’action des policiers pendant ces émeutes a été unanimement salué par tout l’éventail politique, et notamment le soin qu’ils ont pris de ne pas envenimer encore plus les choses. Il n’est pas compliqué de deviner ce qui se serait dit si les policiers étaient intervenus par la force face aux incendiaires. S’il y avait eu des violences (on aurait appelé ça des "violences policières", sans aucun doute possible), des blessés, ou pire, tout le monde aurait crié au fascisme... il faut savoir ne pas faire preuve de mauvaise foi.

      Je note au passage l’emploi de l’expression "passer du côté obscur" en parlant des policiers. Naturellement, c’est une plaisanterie, de l’humour classique, mais ça révèle bien l’attitude extrêmement répandue dans la population française envers les policiers. Disons qu’on a toujours plus de sympathie pour celui qui brûle les voitures que pour celui qui, quelle que soit son attitude (ne pas intervenir ou intervenir), porte l’uniforme de la police. C’est un réel problème, vous ne croyez pas ?

      Par ailleurs, je ne vois pas très bien ce que ces deux rapports apportent de nouveau... il y a quelque chose qu’on ne savait pas là-dedans ??

  4. davduf

    Dimanche 21 Janvier, 18h-2Oh,
    Beaubourg, niveau -1, petite salle

    Séance animée par Laurence Allard et Olvier Blondeau

    Malgré le soupçon anti-mimétique qui a, de tout temps pesé sur la
    fiction et qui aujourd’hui pèse de tout son poids sur l’univers du jeu
    vidéo, il nous apparaît que le jeu vidéo peut être considéré comme un
    procédé de narration, un genre discursif parmi d’autres, y compris comme
    un article de journal, a fortiori lorsque le jeu vidéo prend une place
    de plus en plus importante dans l’imaginaire, non seulement de nos
    enfants mais aussi dans l’espace médiatique tout entier.

    Les émeutes médiatiques de novembre 2005 ont ainsi, en France, mis en
    lumière l’usage expressif du langage des jeux (machinimas...) pour une
    génération venant produire ses propres discours et représentations,
    illustrant une "démocratie sémiotique" aux régimes de vérité
    différenciés au sein de l’ensemble des médias contemporains.

    Certains activistes ont pris eux aussi, le jeu vidéo comme support
    sémiotique à part entièr, s’inscrivant à la fois dans le prolongement et
    dans la rupture avec les usages traditionnels des jeux vidéos
    commerciaux. En marge des grands réseaux de diffusion, on voit en effet
    apparaître de plus en plus une frange de jeux vidéos, les "political
    games", qui se jouent de la perméabilité de la frontière entre fiction
    et réalité, entre le ludique et le sérieux au point que l’on parle
    aujourd’hui aussi de "serious games".

    Cette séance sera donc consacrée à la présentation et à la réflexion sur
    les expérimentations politiques autour des jeux.

    Deux auteurs de political games viendront présenter leur travail :

    Paolo Pedrecini, MolleIndustria.
    Michael Kast, auteur de "Paris Riots".

    Des démos de political games et de serious games seront effectuées par
    Mathias Blondeau, Jonas Blondeau et Camille Chanial.

  5. davduf

    http://www.lcr-rouge.org

    La sociologie est vraiment un sport de combat, y compris en ce qui concerne sa diffusion. Ainsi en est-il des deux études commandées par le très officiel Centre d’analyse stratégique (anciennement Commissariat au plan), confiées à deux équipes de chercheurs qui ont arpenté respectivement Saint-Denis et Aulnay-sous-Bois, et publiées fin novembre sous le titre « Comprendre les émeutes 2005 »1. Après avoir été mentionnées, par Les Échos, ainsi que par divers relais de l’« alterweb »2, elles ont été reprises la semaine dernière par Le Figaro, quoique sous un titre caricatural (« Émeutes en banlieue : un “défouloir” selon les jeunes »). Écho curieusement limité au vu du thème et des enjeux.

    Elles sont pourtant instructives, ces deux études. D’abord parce qu’elles battent en brèche à peu près tous les discours gouvernementaux tenus à l’époque - sur une éventuelle « manipulation » des émeutiers notamment, ou sur le ressenti des jeunes, qu’ils aient été directement impliqués ou non. Ensuite, parce qu’elles tracent le portrait d’une génération (les 15-18 ans) que caractérisent à la fois l’absence de résignation (à la différence de leurs aînés), un rapport souvent « ludique » et banalisé à la violence des événements eux-mêmes, ainsi que - c’est l’élément le plus prégnant - « une forte envie que leur malaise soit entendu par des instances politiques susceptibles d’y répondre ». Le candidat Sarkozy osera-t-il accuser le Centre d’analyse stratégique de pratiquer la « culture de l’excuse » ?

    Marine Gérard

    1. http://www.strategie.gouv.fr/article.php3 ?id_article=356]>. 2. Notamment rezo.net et davduf.net.

  6. davduf

    Le 07/02/2007 à 0 h 00 - par Solenne Marion
    Quoi de neuf dans les banlieues parisiennes ? Depuis novembre 2005, les médias n’ont plus beaucoup « d’émeutes » à se mettre sous la dent. « L’état d’urgence » est levé mais la question du traitement médiatique des banlieues reste en suspens. Elaborer « une charte des bonnes pratiques journalistiques » : tel était le but d’un débat organisé le 3 février à l’espace jeune de l’Ile Saint-Denis, entre journalistes et acteurs des quartiers.

  7. nslv

    Bonjour,

    En me levant ce matin et en lisant la nouvelle masse d’articles sur les
    émeutes londoniennes, l’envie m’a pris de me replonger dans les événements
    de 2005 dans les banlieues françaises.

    A l’issue de mes brèves recherches je suis tombé sur votre article, vieux
    déjà de 4 ans, évoquant deux études du centre d’analyses stratégiques.
    Malheureusement il m’a été impossible de mettre la main dessus. Il semble
    qu’ils ne soient plus en ligne sur le site du thinktank gouvernemental. Si
    vous les avez toujours à votre disposition, pourriez-vous me les faire
    parvenir ?

    Je vous souhaite en tout cas une bonne continuation. Vous semblez garder
    une haute appréciation du journalisme qui me donne un peu de baume au
    coeur, alors que mes études en la matière touchent à leur fin.

    Cordialement,