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« Joe Strummer, the future is unwritten (le Clash, avant, et après) »

Petite virée à l’avant-première du nouveau film de Julien Temple. Et si c’était ça, la vie : une sucession de déconvenues ? Et si c’était ça le punk-rock : la bande son idéal d’un monde brisé ?

Hier, à Paris, sur un écran géant, le p’tit gars de Londres. Sa gueule en énorme, ses dents en perdition, son regard ni tout à fait triste ni tout à fait brûlant. Il est là, deux heures trente durant, il est comme toi, vieillissant, ça va vite un film, ça va vite la vie, à la fin, il est grassouillet, un ami d’enfance qui portera son cercueil dit qu’il a dû prendre sa guitare avec lui, tellement Joe a pris du poids.

Il est là, bigger than life, big audio dynamite, il mue. Hippie, punk, pasteur, squatts puis stades, l’ami de tous, perdu à Paris, comédien raté, musicien rateur. Il est Gene Vincent et Vince Taylor à la fois, jamais vu un mec battre la mesure comme ça. Cette manie de vouloir enfoncer la vie sous le plancher. Puis, comme tout le monde, il devient Papa. Comme tout le monde, il a des secrets, des suicides qui le hantent, des trucs intérieurs qu’on ne règle jamais tout à fait convenablement.

La presse anglaise a parlé de film « touchant » ou « émouvant ». Les cons. C’est tellement plus que ça.

est ce que la vérité se situe au début, au milieu ou à la fin d’une vie ?

Dans la salle de ciné du Forum des Halles, pleine à craquer, il y a beaucoup de minets, beaucoup de pose. Des regards de morgue et de mort. C’est une avant-première et les gens se regardent comme à un enterrement. Les gens ne rient pas, alors que c’est si drôle la punkitude. Ils prennent tout ça au sérieux, la faute, un peu, à Julien Temple, le réalisateur [1]. D’Action Joe, il a tendance à en faire un intouchable, qui serait juste légèrement ultra-libéral en ce qui concerne ses musiciens (Joe virait ses amis comme Tapie ses ouvriers). A la fin, Joe pose la seule question qui vaille : « est ce que la vérité se situe au début, au milieu ou à la fin d’une vie ? ». Du Clash pur. Un riff et ça change. Une chanson et tout change.

Le tour de force du film est là. « Le futur n’est pas écrit », traduction littérale du titre, dit bien ce qu’il veut dire. Ce documentaire n’est pas tourné sur le passé. Il parle d’énergie, d’incandescence, de mecs qui se brûlent les mains et les médiators. Le film n’a rien de nostalgique, quand bien même sa scénographie d’interview est assez guimauve (l’idée, je vous la donne : Joe aimait les feux de camp, donc on réunit les vieux amis autour d’un feu de camp. Chance que Joe n’aimait pas les chambres frigorifiques, Julien Temple aurait eu l’air malin [2]).

« Joe Strummer, the future is unwritten (le Clash, avant, et après) » sort le 11 juillet. Foncez, défoncez.

Bande annonce + extraits sur AlloCiné.

[1] L’auteur de La grande escrosquerie du rock n’roll (1980), Absolute Beginners (1986), ou L’obsénité et la fureur, La véritable histoire des Sex Pistols (2000). Julien Temple : « J’avais noué un lien très particulier avec Joe : nés la même année, nous avions en commun de nombreuses contradictions et expériences, à commencer par toute cette époque du milieu des années 60 à Londres, qui m’avait réellement pris aux tripes. Et ensuite, la période hippie, puis Glastonbury, en 1971. Puis le retour à Londres et le squat, et après ça, les débuts du mouvement punk. Nombreux sont les bouleversements dans la vie de Joe que j’ai vécus aussi. Ce film est donc aussi un peu une autobiographie, ce qui m’a facilité les choses ».

[2] A la presse, le réalisateur a précisé : « au cours des dix dernières années de sa vie, c’est autour de ce feu de camp que nous avons eu nos plus profondes conversations. Tout comme du vivant de Joe, nous y avons donc rassemblé des gens de toutes les conditions sociales, pour écouter la musique qui le caractérisait et se perdre dans les flammes, parce qu’à la clarté d’un brasier, les gens célèbres n’ont pas plus d’importance que ceux qui ne le sont pas. Mener les interviews de cette manière, c’était nous dispenser du guide du documentaire conventionnel et véhiculer un sentiment sincère d’amitié ».


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