Toute l’année, par tous les temps, sur le pont de la rue d’Aubervilliers qui enjambe le chemin de fer, en plein vent, se trouve une file d’attente. Il y a en permanence une trentaine de personnes, parquées entre la rambarde du pont et une barrière métallique. Ils sont là des dizaines d’heures ou plus durant : ils attendent de pouvoir entrer dans la préfecture de police, pour avoir leurs papiers. A 90% ce sont des Africains ou des Asiatiques. On leur a octroyé une vingtaine de mètres carrés de trottoir et c’est tout.
La vision est totalement surréaliste et terrible. Au milieu d’une non-zone, des gens attendent comprimés entre la rambarde et les barrières métalliques qui les bloquent. Ils n’avancent pas d’un centimètre, vraiment, pendant des dizaines d’heures. Ils font la queue.
J’habite dans le coin. Je suis passé hier soir à 21h, il faisait déjà 4°. Les gens faisaient toujours la queue, ils ont passé le week-end là à attendre l’ouverture du lundi, et s’apprêtaient à passer la nuit à attendre pour ne pas perdre leur tour à l’ouverture des bureaux.
Pour se protéger du froid, ils ont installé des cartons contre la rambarde du pont, et contre la barrière qui les enferme. Ils ont rajouté du carton au dessus d’eux, ce qui crée un tunnel de carton, et la queue assise et emmitouflée, serrée, attend.
Dans les jours qui viennent il va faire encore plus froid. Ne peut-on pas donner un lieu humain à ces gens qui attendent je pense parfois plusieurs jours à cet endroit ? C’est un pur scandale.
La propagande des flics en ce moment sur l’aide qu’ils apportent est à cet endroit complètement démentie. Comment peux-t-on laisser subir ça aux gens ? C’est inhumain. Pourquoi n’ont-ils pas un lieu décent pour faire la queue ? Comment les fonctionnaires qui entrent et qui sortent de la préfecture pour leur travail de papelards peuvent-ils faire leur boulot sans s’indigner eux-mêmes ?
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Publié: mercredi 10 décembre 2003.
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- Rubrique: au nom de la loi
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