Punk Rock

Strychnine : « Va jusqu’au bout de l’ennui » (sur ArteRadio)

Par David Dufresne, 2 mars 2009 | 6926 Lectures

C’est une histoire de rock. Une histoire de mecs qui ont confondu fraternité et éternité, dope et pop, lumières (scéniques) et lux (interior). C’est l’histoire minuscule, universelle, d’un groupe perdu : Strychnine from Bordeaux, qui ouvra pour le Clash, à Mont-de-Marsan, en 1977. Déconne pas.

Un truc qui disait :

« Tout seul, tu creuses ton trou
Dans la rangée des morts-debout
Va jusqu’au bout de l’ennui
Va jusqu’au bout de ta nuit
Va jusqu’au bout… ne me dis pas que tu n’as pas compris »
« Ex. Bx. », Strychnine

C’est un reportage audio, qui sera en ligne demain, sur Arte Radio. 36 minutes pour ramasser 1976/1981. Le sous-titre est couillon (« hors du vide ») ; le teaser à pisser de rire (« vie, gloire et chute d’un groupe punk 80’s »), le reste est magistral. Le reste c’est du rock. Des galères, des trouvailles (le groupe se déplaçait dans un corbillard parce que le corbillard, dit l’un des membres, « c’est spacieux, c’est confortable » et, surtout, « le moteur n’a jamais été poussé »). Les deux radio-enquêteurs — Mathieu Deschamps et Yves Fontanille, un des p’tits gars bien derrière radiactivity.fr — déroulent leur affaire comme une visite d’usine (désaffectée) à souvenirs (cassés). On entend des chiens, on entend des

punks, on surprend des punks à chiens, des histoires de crêtes et de style (« faut avoir du style »), on entend Kick (le chanteur), puis un autre membre, puis un troisième, puis un copain du groupe, personne n’est identifié, puisque c’est l’histoire de toute le monde. Avé l’accent, quelqu’un lâche le plus beau mot du monde : rock ‘n’ roller. Le temps remonte, les rires se font nerveux, tous des anciens du Combat Rock, ça fout la trouille, ça fout la mort mais, heureusement, y-a les saloperies, y-a- les tromperies, y-a les conneries. Des trucs de malade, un producteur qui jouait dans… Yes. La signature chez une major, qui ne comprend rien comme il se doit. Les plateaux télé ouh ! ouh ! avec Le Luron ou Michèle Torr : « on s’est fait trimballer comme des petits cons de province qu’on était ».

Et puis un larsen. Et puis ça reprend.

« Tout seul, tu creuses ton trou
Dans la rangée des morts-debout
Va jusqu’au bout de l’ennui
Va jusqu’au bout de ta nuit
Va jusqu’au bout… ne me dis pas que tu n’as pas compris »

C’est tout un monde. Quand le rock n’était pas encore français ni tout à fait mort.1-2-3-4, quelqu’un évoque les Olivensteins. Tout est dit. Tout est possible. Tout fait Fender, mon pote.

Et puis, soudain, un copain qui revient de Thaïlande avec un kilo et demi d’héro. Le groupe va bientôt exploser. Ambitions, vibrations, pièges à cons qui se referment. Aujourd’hui, son premier album vinyle vaut « 75 euros » (c’est une vendeuse qui le dit). Et puis, au loin, une voix. Une voix pâteuse. Une voix de merde. Une voix de neuroleptiques. Une voix psychiatrique. Une voix de petit frère. C’est Richard, l’ancien bassiste du groupe ; tôt orphelin, célibataire à 17 ans. Richard, il fait la manche maintenant. « On attend de me trouver un appartement thérapeutique », dit-il. De temps en temps, Richard donne des cours de guitare (« dans six mois, tu joues comme moi »). De temps en temps, il écrit encore. Des histoires de rendez-vous manqués. « Les potes ont pas remplacé le père. Mais ils ont fait ce qu’ils on pu ». Cette voix, tu la connais entre mille. Cette voix, tu l’as entendue mille fois. « Va jusqu’au bout… ne me dis pas que tu n’as pas compris ».

C’est sur Arte Radio. C’est une histoire de et du rock.
Et c’est immanquable.

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Messages

  • Salut !  : ) à noter que lors du concert de Strichnine à Paris ce samedi 28 février 2009, le jeune protagoniste de Radioactivity.fr, cité dans l’article, officiait avec son groupe en première partie des bordelais. http://www.myspace.com/merlions LVT

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