D’abord, une devise. Celle de Google Inc. : « Don’t be Evil » (Ne faites pas le mal). Une devise comme une marque de fabrique mondiale, et quelle marque ! Quelle fabrique ! Et quel monde – le nôtre ! Une devise en interne, que chaque employé de chez Google se doit de comprendre, de respecter et d’appliquer. Mais aussi une devise pour le monde extérieur et pour la marchandise internationale. Ne faites pas le mal. Ensuite l’adage populaire : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. »
Le soir de la délibération du jury des derniers Big Brother Awards en France, c’était bien de cela dont il fallait parler. De Google, symbole grandiose de ce petit monde performant, éblouissant même d’efficacité, dans lequel nous baignons. Un monde gentil, si pretty, total don’t be evil, un monde d’axes et de pageranks, un monde du Bon Moteur contre le Sale cambouis, du Bien contre le Mal, et du scannage mondial d’un savoir standardisé, hiérarchisé, classé, sans que personne – hormis les deux fondateurs de la maison Google – ne sache précisément comment tout cela s’opère. Comment le monde, aujourd’hui, cherche et danse ? Sur quel tempo, quel algorythme ? Et avec quel « lien commercial », quelles google ads, quel droit à l’oubli piétiné, quel ADN désormais fiché, sans garantie – aucune – des usages dont il pourra en être fait…
asservissement volontaire
Alors, parler de ça, aux autres jurés. Les bombarder, façon google bombings, de questions : « Tu es l’ami de Google, mais Google est-il bien ton ami ? » ; « Fous à lier, fous à liens, jusqu’où ? » Ce genre de choses, de broutilles. Batailler, aussi, avec quelques membres éminents et anonymes du bureau des BBA France, dont le choix se porterait plutôt ailleurs. C’est un peu le problème numéro un des BBA : chaque candidat mérite sa médaille. Hélas. Mais enfin, mais surtout, tenir façon médiactiviste : faire de Google une cible de choix, avec le vague espoir de le transformer en vitrine de luxe pour BBA sans moyens. Frapper un symbole, et parier sur quelques retombées presse/web, ici et là, et le bouche à oreille. Afin qu’un jour, comme le firent les BBA Hollande en 2007, on puisse attribuer le prix non plus à Eux, les Gentils (méchants), mais à nous tous, les gentils (gentils) ou les méchants (méchants), au choix. À nous, les googlisés, les internautes esclaves de nous-mêmes, de notre asservissement volontaire à user d’outils qui nous usent.
P.-S.
Ceci est le fac similé de ma tribune paru dans le livre Big Brothers : les surveillants surveillés.
A lire aussi :
- Consultez gratuitement le « lyber » de ce livre en ligne.
- (Dans le secret des délibérations des) Big Brother Awards France
- Le site des BBA
- A lire également l’enquête du Monde 2 : Peut-on tout confier à Google ?













