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Anarchy

LES AVENTURES FICTIVES DE MAURICE UPIAN, LIEUTENANT À LA DCRI

Comment j’ai infiltré « Anarchy »

FEUILLETON

Par David Dufresne, 31 octobre 2014 | 1241 Lectures

Après bientôt 30 ans de service, un peu de Crim’, un peu d’Ordre Public, beaucoup de RG, groupe Contestations et violences ; j’opère maintenant à la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, sous-division « G », spécialisée dans les subversions violentes. Les indics me connaissent sous le nom de Maurice Upian.
C’est comme ça que j’ai vu atterrir le dossier Anarchy dans le groupe, la semaine dernière.

Les chefs voulaient une note pour tout de suite. Ils voulaient savoir qui se cachaient là-dessous. Ils voulaient neutraliser les éventuels débordements. A les écouter, c’était la Guerre des Mondes version Orson Wells à la radio qu’on allait rejouer ; ou ce machin de la télévision belge, la Partition ; une émission d’anticipation qui avait raconté six ans en avance ce qui allait se passer entre les Flamands et les Wallons. La fiction comme propulseur de réalité.

Ne pas y croire, ça vient vite, quand on entre dans la boutique. Pas par choix, c’est une nécessité.

Et ne pas y croire, c’est commode, j’admets, ça autorise tout ; les passe-droit comme les bas-coups. C’est ce que nos ennemis ne comprennent pas. On s’en fout. On tourne à plein régime, en circuit fermé, pour nous-mêmes. C’était le coup de flair de Sarko, avec son « FBI à la française ». Nous mettre à l’abri de tous les regards. Hollande a vite compris lui aussi, toutes les promesses ont été oubliées : la DCRI, c’est le caveau de la République. Une boîte noire, sombre, humide. Quand on y entre, on en sort jamais – ou alors esquinté.

On a commencé par les sources ouvertes, souvent les meilleures. Mercredi, un gars de mon équipe s’est déplacé à une présentation d’Anarchy à l’école de journalisme de Science Po. De ce qu’il en ressortait, c’est que les PPDA de demain avaient eu un peu de mal à saisir ce que les zigotos de France Télé leur débitaient — ces jeunes-là croient en la Vérité, au Factuel, aux Sources bien gardées et bien secrètes ; quand les autres leur vantaient les Nouvelles écritures interactives comme la dernière utopie d’un web libre. Tu parles. Ça fait déjà des années que le 20h lui même est de la pure construction.
Ça avait bien fait marrer le collègue ; les journalistes, il a jamais pu les encaisser, et c’est pourquoi il s’était pas fait prier pour éplucher les fadettes des gars du Monde mais personne n’en a jamais rien su.

Sauf que ça sentait pas très bon, tout ça. Ces histoires de roman national qui revenait, de Zemmour à Anarchy ; ces envies d’exutoire qui pouvaient très bien tourner en foutoir-dépotoir de la souffrance ; et maintenant les clowns méchants. C’est là qu’on a décidé de s’y coller. On allait infiltrer Anarchy, comme au bon vieux temps des agents provocateurs. Les chefs ont saisi l’aubaine. On allait pouvoir mettre nos fiches à jour.

La suite sur le site d’Anarchy ou sur Le Monde