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#Coronavirus

Corona Chroniques, #Jour57

Par David Dufresne, 11 mai 2020 | 208946 Lectures

SAMEDI 2 MAI 2020 - JOUR 48

MATIN. Une jeune femme court presque, en riant et en titubant, elle dit qu’il y a du monde, à la fois radieuse et esquintée, jolie robe et robe de vin qui ne va pas tarder à tourner mauvais. Derrière elle, il y a du monde, c’est vrai et c’est à peine croyable : que font-ils là, ces quatre ou cinq-là, au bar semi-clandestin, porte entrouverte vers l’interdit ? Les passants les dévisagent, envieux et réprobateurs, jaloux et bientôt délateurs, elle les rejoint, c’est comptoir-sauvage, c’est samedi d’avant midi, samedi d’après 1er mai, fais ce qu’il te plait : les rues sont bondées, soleil partout police nulle part, les enfants se décovident devant le parvis de la mairie, pères et mères se jaugent, et toi, tu vas le mettre à l’école le 11  ? Et le patron du bar qui empile ses chaises cannées, comme une barricade à trous.

APRÈS-MIDI. Conseil des ministres exceptionnel « dédié à la déclinaison opérationnelle des mesures » du #Déconfinement. À Olivier Véran, la bonne bouille inoffensive de la Santé, de venir annoncer la mauvaise nouvelle, la loi d’Etat d’urgence sanitaire s’inscrira dans la lignée de ses grandes sœurs : elle fera durer le plaisir du pouvoir et les supplices sur les libertés, elle sera prolongée de deux mois, jusqu’au 24 juillet, et plus si affinités (et l’on sait combien la République excelle dès qu’il s’agit de permanenter ses exceptions).

Comme toujours, double discours. Sans rire : «  notre stratégie repose d’abord sur l’adhésion des Français », ou : « nous faisons confiance à l’esprit de responsabilité des Français », quand, dans les faits, depuis deux mois, tout n’est que verticalité du pouvoir et démonstrations de force, paroles culpabilisantes et saillies moralisatrices, honte bue et masques perdus, infantilisation et incompétences, surveillance et punitions, Lallement et amendes, et maintenant ça : des « brigades d’ange gardien », dixit Mielleux Véran, pour désigner d’obscurs ficheurs de « contact tracing ». Vient le tour de Castaner, autre double, maléfique cette fois, à la mode confinée — barbe de quarantaine, cheveux qui s’allongent, ventre qui somatise. Le ministre de l’Intérieur annonce le vent mauvais, la policisation rampante de la société : le gouvernement a décidé d’ « élargir la liste des personnes habilitées à constater les infractions  ». Désormais, si la loi passe (et elle passera mardi, a priori), les pas encore formés (adjoints de sécurité, gendarmes adjoints volontaires), les vieux de la veille (réservistes police et gendarmerie) et les recalés des écoles de police (vigiles des transports) «  pourront constater les non-respects de l’état d’urgence sanitaire et le sanctionner  ». On sait ce que ce surcroit de pouvoir annonce : il est un avant-goût de la mise en place du flicage généralisé de l’Après. Pas encore total, mais déjà tautologique. Cet après-midi, Hassina Mechaï écrit : « Le déconfinement s’annonce comme la prolongation du confinement par d’autres moyens. Un confinement portatif où nous serons tous coupés des uns des autres dans un espace public qui ne fera plus commun. »

Pour s’en rendre compte, il suffit d’écouter attentivement Christophe Castaner, non comme font les 20H, quand le ministre égrène les nouvelles dispositions, mais quand il tente de les justifier, dans un joyau de novlang : « L’objectif du gouvernement n’est pas d’empêcher les gens de se déplacer. L’objectif du gouvernement, c’est d’empêcher que le virus se déplace. Or, pour se déplacer, le virus utilise celles et ceux des Français qui se déplacent. » (Source : « Projet de loi sanitaire : suivez le point presse du gouvernement à l’issue du conseil des ministres », canal YouTube de BFM TV, minute 34 et 54 secondes, 2 mai 2020).

(Penser à réécouter l’intégrale de Billy Childish, héros du peuple punk, garage-bandiste de toujours, un album tous les trois mois, toujours les mêmes accords, dans le même ordre, et la même voix, toujours geignarde, et tout à fond tout à fond tout à fond :

You can run and hide underground
There’s a bullshit detector in my head
You can hide your eyes and all those lies
But you better realize that I’m a lie detector
Uh huh
Well I’m a lie detector
Uh huh
I’m a lie detector
Uh huh

Wild Billy Childish & The Friends of the Buff Medways Fanciers Association, 2005, ou la version du même avec Thee Headcoats Sect en 1997 ou, plus brutale, celle de 1989 avec Thee Mighty Caesars)

SOIR. A 20h, #OnGifle. La planète compte plus de 3 millions et demi de contaminés, dont 243 000 sont morts.

  • Moral du jour : 5/10
  • Ravitaillement : 5/10
  • Sortie : 1
  • Speedtest Internet : 937 Mbps

Au téléphone, G., 10 ans, donne des nouvelles du futur (cf. Corona Chroniques Jour 27) — et de ses apprentissages html :
- Papa, tu sais quoi ? J’ai réussi à entrer dans le code de Google !
- Hein ?
- Oui… Pour faire mon propre moteur de recherches. J’ai pris leur page, et j’ai changé l’apparence.
- Et ça marche ?
- Pas encore, pas encore…

  • Moral du jour : + 2 points