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#Coronavirus

Corona Chroniques, #Jour57

Par David Dufresne, 11 mai 2020 | 210099 Lectures

VENDREDI 1er MAI 2020 - JOUR 47

MATIN. 8h, le Président tweete à tous le meilleur des 1er Mai possible — et on comprend qu’il savoure tout particulièrement cette fête des travailleurs qui s’annonce (il dit « chamailleurs », pour amuser galerie et occuper éditorialistes, et faire comprendre une nouvelle fois, s’il en était besoin, après réfractaires, après séditieux, tout le bon qu’il pense du bon peuple : un jour, il faudra tout de même se demander comment un homme peut vouloir se faire élire par un pays dont il méprise tant ses habitants ?).

La raison du bonheur élyséen ? Le costume 3-pièces (qu’on ne lui connaissait pas) sait d’avance qu’il n’aura pas, cette fois, à assister aux barbouzeries de son affidé Benalla (place de la Contrescarpe, 1er mai 2018) ni aux mensonges d’État sur la prétendue « attaque » du service de réanimation de l’hôpital de la Salpêtrière par des manifestants, 1er mai 2019 ; mensonge gouvernemental dont le Covid fait désormais surgir la véritable portée : faire peser, sur d’autres, ses propres assauts sur l’Assistance publique — et Vive la France, vive la République.

9h, Marine Le Pen, flanquée de son second et d’un masque, dépose une gerbe de fleurs aux pieds de la statue de Jeanne D’Arc, rue de Rivoli, à Paris. Elle est à son aise, elle est à son habitude, elle est en direct sur BFM. Autour de la cheffe d’extrême-droite : son service d’ordre, visible ; des photographes, en nombre ; et pas le moindre envoyé de la préfecture pour aller vérifier des fois la fraicheur de son muguet ou la validité de son attestation. Étrange cérémonie illégale, et en quête d’une légitimité qu’on nous disait diabolique, où Marine Le Pen perpétue le père tout en le tuant (case 4 : déplacement pour motif familial impérieux ? suggère un inconnu sur Twitter). Et où la mise en scène voudrait nous refourguer pour l’Après son pitoyable duel, d’un camp contre un autre, comme dirait Lallement.

12h, une poignée de volontaires des Brigades de Solidarité Populaire gagne la place du marché Croix de Chavaux à Montreuil. Dans leurs cageots, des invendus de Rungis, qu’ils sont allés chercher hier, des fruits qu’ils ont triés, et des légumes qu’ils distribuent à une centaine de pauvres parmi les pauvres, les confinés de TOUT ; geste simple et magnifique, geste barrière suprême, «  élan solidaire et autogestionnaire », comme ils disent ; une solidarité pensée, qui doit plus à l’Après qu’à l’Avant, à l’autodéfense qu’à la charité. Depuis le Corona, le camion des BSP (création italienne, depuis internationale) maraude dans les quartiers populaires, un camion fait des tournées en continu, deux cantines mitonnent des repas prêts pour ceux qui n’ont même pas de cuisine.

Mais 13h20, les voitures de police qui pimponnent. Mais 13h20, les motos des voltigeurs qui débarquent. Mais 13h20, Lallement qui fait sonner la troupe. C’est brigades contre brigades, braves contre BRAV (Brigades de Répression de l’Action Violente Motorisées). La distribution gratuite de denrées est interrompue. On nasse, on verbalise, pour manifestation non déclarée. Aux Brigadistes de rue — gantés, masqués, gelés — qui se plaignent d’être contrôlés comme Avant, sans précautions sanitaires ni distance d’aucune sorte, les Brigadistes de préfecture rétorquent comme dans un aveu de l’Ordre imbécile : « Vous n’avez rien à dire, vos masques ne sont pas aux normes.  »

APRÈS-MIDI. La carte des régions en vert et rouge était bel et bien erronée, le rouge était mis dans le Lot, là où le vert aurait dû fleurir : ma mère, plus vaillante que jamais (cf. Corona Chroniques d’hier), avait bien raison, comme toujours depuis que je la connais : l’Etat daltonien, ça pourrait être comique si cette énième confusion ne traduisait pas sa totale brutalité.

SOIR. A 20h, #OnOublieraPas, #OnOublieraRien, #Chamailleuses #Chamailleurs. En face, pas de petit bonhomme. Echappé d’outre-confinement, avec ses deux frères, probablement. Heureux petit prince qu’il est !

Et nouvelle séance de Covid-Streaming avec Le Retour de la mort qui tue, film de détournement et de tourments, proposé par un mystérieux Comité Local de la Cinématographie en Limousin. Une comédie de 45 minutes qui réécrit la fournaise récente, à coup de péplums et de pubs Panda Cheese, de Bernard Blier confiné avec son foie gras et de blockbusters pandémiques sud-coréens, et de saillies tonitruantes lâchées par Deleuze, Arendt et toute la clique qui nous fait tant défaut. On y suit l’obscur discours d’un obscur apparatchik du Parti chinois, dont on ne comprend rien, et auquel les réalisateurs font ce qu’ils doivent faire : ils lui affublent des sous titres parfaitement crédibles et parfaitement inventés. Sous les applaudissements des camarades, le petit Mao s’élance « Nous ne connaissons pas bien ce virus. Il tue largement moins que la pollution de l’air, l’obésité, que sais je encore, et pourtant nous allons tout miser sur lui ! Et ça sera comme à la bourse : les Occidentaux vont y croire car ils adorent suivre les tendances, ce sont devenus de vrais ”suiveurs”. Ils se mettront aussi à miser sur le virus. Et ils bloqueront leur économie à leur tour sauf que nous, nous sommes blindés, 30 ans de croissance, aucune dette ! Nous, on peut le faire sans problème mais si le monde entier s’y met, la Chine en sortira la toute première puissance mondiale. Ironie de l’histoire, ce sera finalement le communisme qui dominera le monde. »

  • Moral du jour : 6/10
  • Ravitaillement : 4/10
  • Sortie : 0
  • Speedtest Internet : 939 Mbps