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#Coronavirus

Corona Chroniques, #Jour57

Par David Dufresne, 11 mai 2020 | 208949 Lectures

MERCREDI 18 MARS 2020, JOUR 3

MATIN. Je découvre la vie de mes voisins, ceux côté rue, et ceux côté cour. Je n’ose regarder vraiment leur intérieur, mais je sens que ça vient. Accrocher son regard, pour détourner ses angoisses.

Le Monde donne des conseils pour nettoyer nos portables. Ici comme ailleurs, les riches ont un avantage. Les riches possèdent des téléphones semi étanches, qui acceptent l’humidité ; encaissent l’alcool ; Apple me rassure, je fais partie depuis peu des nantis avec un modèle à la pointe de l’hygiénisme 2020. Les pauvres, eux, n’ont qu’à se toucher la mort.

La surveillance de masse, elle, ne fait pas de distinction. Elle frappe partout, dans les résidences secondaires, comme dans les cités, à Paris comme à Berd’huis, elle le fait pour la pire des raisons, celle qui rend suspect quiconque la critique : elle le fait pour notre bien.

A Washington, l’administration Trump négocie déjà avec les GAFA. L’enjeu : collecter les données de géolocalisation des smartphones afin de cartographier la propagation de la maladie. Données anonymisées. Bien sûr.

Bien sûr.

En Israël, dit-on, le Shin Bet brasserait déjà les datas de géolocalisation des mobiles pour traquer les malades testés positifs au Covid-19. Et identifier leurs « contacts » au gré de leurs déplacements. Un SMS, et c’est la quarantaine.

En Lombardie, le vice-président Fabrizio Sala révèle que 40% des habitants n’ont pas respecté les consignes, qu’ils sont sortis de chez eux, exodes ou promenades, et que s’il le sait, c’est parce que les opérateurs de téléphone savent tout.

Terrible confinement, terribles piétinements.

A Paris, le gouvernement annonce un « État d’urgence sanitaire », lui qui, jamais, ne s’est soucié véritablement des hôpitaux ; lui qui, jamais, ne s’est comporté véritablement en État, expédiant le fond pour maltraiter les urgences. Des juristes s’inquiètent des restrictions des libertés à venir qui, on le sait, on l’a vu, resteront en vigueur, aussi, après. Il est plus dur de retrouver une liberté que de défendre celle qui existe. En France, l’État d’urgence permanent se construit peu à peu, sous nos yeux, pas par putsch, mais par poussées.

APRES MIDI. Sur Twitter, je relaie la vidéo d’un policier. Il est assis, au volant de sa voiture, manifestement à l’arrêt. Sa radio crachote les consignes : « Sur instruction, nous demandons à tous les effectifs employés sur le terrain de retirer leurs masques de protection  ».

Chez les syndicats, la colère gronde. Majoritaires, comme minoritaires, ils réclament un peu plus d’égard. Eux que Castaner désignait il y a peu comme les remparts de la République face aux manifestants, les voilà soldats en première ligne de la guerre sonnée par Macron. Sans protection. Ils annoncent le chaos, s’ils devaient être tous placés en garde à vue médicale. Dans l’après midi, un des syndicats menace de faire valoir son droit de retrait. Quelques heures plus tard, des CRS du Rhône, de l’Ain et de l’Isère, exécutent la menace.

Pendant tout ce temps, je n’arrive à rien de concret, incapable de me concentrer sur autre chose que l’info en coronacontinue, hypnotisé par le déluge de notifications, de reloads, trente onglets ouverts en permanence.

A 20h, ensemble, à nos fenêtres, côté rue, et côté cour, on applaudit toubibs et infirmiers. Du bruit avec nos mains, ces tueuses.

  • Moral du jour : 7/10
  • Ravitaillement : 8/10
  • Sortie : 0
  • Speedtest Internet : 937 Mbps