double-vie et quintuple meutres

jean-claude romand, une histoire vraie de mensonges

mercredi 30 avril 2003, par davduf | Lu à 52578 reprises depuis sa mise en ligne | 16 réax |

En Janvier 1993, Jean-Claude Romand tue épouse, enfants, parents et chien. Le 2 juillet 1996, le faux chercheur à l’OMS est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Médecin imaginaire, Romand avait menti pendant 18 ans à ses amis et à toute sa famille. Depuis, sa double-vie a servi de trame à plusieurs films/livres. Voici la chronique judiciaire de son procès.

SOUVENIRS DE PROCES. CINQ ANS PLUS TARD.

Jean-Claude Romand est entré dans salle de la cour d’assises de l’Ain, le 25 juin 1996, comme un voisin de pallier revient des courses, ou du boulot. De larges lunettes dorées, peu de cheveux, double menton et regard vide. Et nous étions là , public en masse, journalistes, curieux professionnels ou non, à le scruter, salement heureux de voir enfin le visage même du Mensonge : un corps assez fort, semble-t-il, la voix douce, les gestes lents. Salement heureux mais rapidement inquiets : Jean-Claude Romand avait donc l’air d’un voisin, d’un type normal, comme l’on dit. Il était simplement plus menteur que chacun d’entre nous. Mais au fil de l’audience, qui fut longue, cinq ou six jours, et éprouvante, pour tous, vraiment, le voisin est devenu cet inconnu qu’on croise sans plus d’attrait, de ceux qu’on n’a pas envie de connaître. Certes, la présidente du tribunal, genre Castafiore, ne l’aidait pas beaucoup. Elle lui parlait comme à un en enfant, parfois, et du haut de sa morale, ricanait quand il s’agissait de détailler ses dépenses en sex shop et salons de massage. Les silences de Romand ? Elle les plombait de ses commentaires. Ses hésitations ? Elle ne les comprenait pas. La présidente voulait savoir, c’est son rôle, mais, lui, Romand, répétait : « je sais, ça parait invraisemblable ». On avait envie de secouer tout ce beau monde : après vingt ans de mensonge, vingt ans de vie double, après le quintuple meurtre, enfin, personne ne pouvait se satisfaire de ces mots « je sais, ça parait invraisemblable ». S’il y avait procès, il devait y avoir réponse(s). Sur les bancs du public, aussi, il y avait Emmanuel Carrère, venu comme tout le monde voir l’« adversaire », venu comprendre ses mensonges (ceux de Romand, mais les siens aussi, comme nous, les nôtres). Fausse piste. Le dernier jour du procès, un expert psychiatre a prononcé la redoutable sentence : « on ne saura pas la totale vérité. En tout cas, elle ne sortira pas de la bouche de Jean-Claude Romand ». Ça sonnait comme un impossible « rentrez chez vous ».

Alors, à défaut de réponse, jour après jours, nous descendions dans le non-vraisemblable, avec Romand. Nous ne saurions donc ni comment ni pourquoi, nous étions déjà déçus, mais accrochés comme jamais par son histoire. Mais voilà que l’homme s’est mis de plus en plus à sangloter sans larmes, que sa bouche se tordait, que ses mains se faisaient de moins en moins fermes sur le micro. Avec ses faux airs de curé, ou de médecin, mais oui, de ceux dont on dit qu’ils savent écouter, Jean-Claude Romand apparaissait chaque jour plus prostré, plus acculé, plus seul que la veille. Et, nous, de plus en plus mal à l’aise. Nous tous face à lui. Une société contre un homme. Alors, comme c’est souvent le cas, l’accusé, à force d’être décortiqué, disséqué, sommé de s’expliquer, a gagné l’affection d’une partie son auditoire. Malgré tout. Malgré les coups de fusil, malgré les mensonges. Dans son livre, Emmanuel Carrère note : « je l’ai tout de suite carassé dans le sens du poil en adoptant cette gravité compassé et compassionnelle ». Mais il a tout mis par terre, Romand. Il est devenu complaisant, très, envers lui même : « j’ai vécu comme ça des journées sans but, c’était une façon de m’humilier, de m’avilir, d’avoir de moi une vision dégradante ». « Je voulais être plus fort que le destin ». « J’avais peur de l’échec, peur de décevoir mes parents ». « Parfois, on peut dire un mensonge pour faire plaisir, pour voir la joie dans les yeux de l’autre. C’est ce mensonge qui est à l’origine des cinq morts ». Ou : « quand je ne sais pas sauter un obstacle, je le supprime ». Et puis, sur les bancs des parties civiles, il y avait ça, aussi, parfois, quand il était question des 2,5 millions de francs que Romand avait extirpé à ses proches en leur promettant du 18% net d’impôt, via la Suisse : ces petits souffles rentrés, ces raclements de gorges, ces murmures terribles de phrases qui voulaient dire « et les cadeaux à ta maîtresse, hein ? C’était avec notre argent, non ? ». Et lui qui leur répondait sans savoir : « c’était pour nier la valeur de l’argent ».

Ainsi donc allait la vie au palais de Justice de Bourg-en-Bresse en juin-juillet 1996. A deux pas du palais de Justice, les cloches d’une église donnaient le tempo d’une vie sans rythme. C’était la justice dans ce qu’elle a de plus théâtrale. Jean-Claude Romand lui même était parfait : par deux fois, il est tombé. Des gémissements, les jambes qui ne tiennent plus, puis la chute dans le box, un bruit sourd, des gémissements encore, et, enfin, le silence, ou cet appel, dans le vide : « papa, mon papa ». Puis, un peu lasse, un peu fatiguée, la présidente du tribunal a lâché : « Il nous manque quelque chose ». Carrère s’est dit qu’il le trouverait, sans doute, ce « quelque chose ». Mais Romand, lui, avait une autre idée. De sa voix posée, le voisin a dit : « à moi aussi, il me manque quelque chose, madame la présidente ».

 [1]

P.-S.>

Pour en savoir plus sur Jean-Claude Romand, Autopsie d’un mensonge (chronologie, bibliographie, articles de presse).

Notes

[1] article publié à l’origine dans Libération, 2001.

[2] chronique judiciaire publiée à l’origine dans Libération, 1996.

[3] des années plus tard, Jean-Claude Romand bénéficiera d’un non-lieu pour cette affaire.

[4] chronique judiciaire publiée à l’origine dans Libération, 1996.

[5] chronique judiciaire publiée à l’origine dans Libération, 1996.

[6] chronique judiciaire publiée à l’origine dans Libération, 1996.

[7] chronique judiciaire publiée à l’origine dans Libération, 1996.

[8] chronique judiciaire publiée à l’origine dans Libération, 1996.


Débats

16 Messages de forum

  • 13 juillet 2003 18:40

    Excellent compte-rendu. Tout y est. Merci de nous faire partager cette histoire effroyable. J’en ai des frissons, encore et encore, même après dix ans. Comment un homme peut-il se mentir à lui-même et berner famille et amis toutes ces années ? Comment ??? Voilà la question que même les psychiatres ne peuvent répondre. Philosophons un peu et tentons d’aller au-delà du mystère Romand, et même-là... J’y arrive pas ! Que dirait Jean-Paul Sartre du cas Jean-Claude Romand ? Caroline G. Montréal, Québec, Canada

  • 22 avril 2004 21:01, par jerbest

    je conseil a ceux qui sont intriguer par cette affaire de lire le livre l’adversaire d’E. Carrer qui rapporte les faits sous une autre vision que cellle de la presse. j’ai beaucoup apprécier ce livre, je suis étudiant et le conseil vivement. Toutes mes felicitations pour ce site admirablement réussi.

  • 10 février 2006 12:09

    Vous êtes étudiant en quoi ? 8 fautes d’orthographe en 3 lignes. Encore les ravages de la méthode globale.

  • 4 mars 2006 13:35, par niluge21

    l’anonima montr bi1 d choses, + que les fotes d’ortografes

  • 12 avril 2006 13:16, par laure

    t’as pas autre chose à dire que ça ? tu viens faire le malin alors que t’es même pas foutu de parler de l’histoire de Romand ! si t’es en mal de fautes à corriger (et d’estime) y a plein de gens qui cherchent des aides au devoir bénévoles !

  • 11 avril 2006 14:25, par Pascal

    Étudiant en quoi ? Certainement pas en littérature !

  • 10 mars 2004 19:51

    l’article cite le fait que trois experts psychiatres ont produit des expertises. Seuls les noms de Lamothe et Olivier apparaissent. Qui était le troisième expert ?

  • 11 mars 2004 11:45, par davduf

    Désolé... je n’ai gardé aucune trace du nom du troisième expert, même dans mes notes d’audience...

    Désolé.

  • 22 août 2004 19:55, par Delaminerie

    Imposteur, sans le moindre doute. Mythomane aussi. Mais qelle est la différence ?

  • 18 janvier 2005 14:34, par ana, carol, ana

    Bonjour ! Quelque parle l´espagnol ? Nous sommes trois étudiants de psychology d´espagne, et nous sommes interesée en cette histoire. Mais, nous voulons une vision plus psychologyque, nous voulons savoir le possible types de personalité de cet homme. Merci beacoup !!!!!!!

  • 19 janvier 2005 20:05, par archi

    Salut davduf.. ! Bravo pour ce passionnant compte-rendu de procès.. Je fais actuellement une étude sur la reconversion d’un vieux palais de justice (nantes) alors je fouille pour trouver des récits (officiels ou personnels) d’ambiances de procès.. et des dessins qui vont (parfois) avec.. si tu as un tuyau, je suis preneur..

  • 10 mai 2005 08:56, par Tom

    Passionnant !

    Voir en ligne : http://www.biblioweb.org

  • 8 novembre 2005 08:52, par Lilith

    je vous remerci pr cet article assez complet , j’ai fini de lire l’adversaire de carere et ns voyons effectivement ke ce n’est pas le mm point de vu. Ce ki est triste c ke Jean claude romand sortira en 2015 si il ne fé pasd’erreur !Comment peut on libérer un homme pareil !!!

  • 14 février 2006 20:27, par benours

    Comment peut tu dire : « pourquoi on va relacher une personne comme çà » après avoir lu le livre on ne peut pas dire çà il à péter les plombs s’il aurait pu revenir en arrière je suis sure qu’il aurait trouver une solution s’il les a tué tous c pour ne par les rendre malheureux c’est un personne intelligente et si il se serait donner la mort seul sa famille aurait été très boulversés par ses mensonges et sa mort. Ce que je me demande c’est si il a menti pendant le procés c’est bizarre que sa famille soit aussi naif que çà c’est impossible de ne pas voir son manège. Moi qui suit au lycée j’ai pas envie de me diriger vers la FAC parce qu’il sans foute complètement des inscription il s’est inscrit 6 ou 7 fois dans le meme truc et personne ne s’sest rendu compte c’est incroyable et pitoyable. Cela montre bien l’intêret des FACS pour leurs élèves.

  • 14 mars 2006 23:15, par anjana

    J’ai été toujours passionnée par cette affaire, et mal à l’aise , on a tous une part d’ombre, et qq fois, on se dit qu’on n’a pas été loin de passer de l’autre coté comme lui:m ais de son cas:dissimulation extréme, cas de double vie exemplaire ! j’ai vu ,outre les deux films, une émission sur Arte où la mére et les fréres de sa femme étaient interwievés, leur naïveté est confondante ! pathologique ! ce qui a permit à Romand de mentir , j’ai un peu l’impression que ces malheureuses personnes ont une part (inconsciente) de responsabilité Tout autre point relevé ds cet article : l’attitude de la présidente ? cette magistrate n’avait pas l’air d’être à la hauteur et c’est bien frustrant EXCELLENT ARTICLE

  • 18 mai 2006 14:38, par caro

    j’ai lu l’adversaire d’emmanuel carrère et je le conseil a tout le monde ! il retrasse trés bien le procés et l’histoire de jean-claude romand. Je me suis rendu compte que cet homme est trés intelligent. Il a tués sa famille mais c était pour ne pas les décevoir, les faires souffrir.. il n’est pas mort parcequ’il voulait assumé ses actes. Il se justifie a chaque fautes commises. Seul bémol quelques questions restent sans réponses

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