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mai 68, il y a bien longtemps

le ti-tigre en papier, olivier rolin.

Portrait d’Olivier Rolin, pour la sortie de son livre « Tigre en papier ». Lu en direct sur France Inter, dans Tam-Tam. Dans le studio : Olivier Rolin, Bernard Kouchner (censé interviewer le premier), Pascale Clark, et moi.

Le portrait :

C’était du temps où c’était votre temps.
1968, et avant, et apres…. La gauche prolétarienne, la lutte armée, pas armée, et vous, au milieu de tout ça .

C’est aujourd’hui.
Tigre en Papier.
Votre nouveau roman.

Un périple sur le périph à Paris, avec la fille de votre alter ego de l’époque - époque qui, si je vous ai bien lu, n’avait pas de probleme d’égo puisque l’égo y était banni.

Le periph, donc. La grande allégorie de votre livre, et de votre vie.

Comment tourner en rond tout en croyant avancer ?
Comment vivre avec son passé, touffu, etouffé, dans nos villes bouffées par les pubs et les néons ?
Comment dériver en cercle, quoi, etre révolutionnaire en actes.

Votre truc, c’est de regarder dans le rétroviseur.
Dans le rétro, c’est vrai, tout est plus beau. Plus fluide. Les angles morts prennent vie.

C’est ainsi que vous décrivez avec tendresse et dureté (je vous cite) ce « polar à petit budget » qu’était votre quotidien.

Un monde romantique, héroïque, qui, dites- vous, remonte à loin, « dans le puits du temps » (page 10) et non dans la « nuit des temps », comme il est facilement écrit sur la 4eme de couverture.

Sur le bas côté du périph’, vous ramassez vos souvenirs et quelques fulgurances.

Page 184 : cette formule : « ce désamour propre, nous l’avions choisi ».
Page 13 : « faire la révolution ce n’était pas tellement préparer la prise du pouvoir, c’était plutôt apprendre à mourir ».
Page 38 : « l’idéologie, c’est la passion du faux témoignage ».
Et puis, ça, page 247 : « etre moderne, c’est entreprendre de saboter les lieux communs de son temps ».

Rien que pour ça, bingo bravo.
Sur vos pères révés, vos pères réels, vos impairs, passe et manque, vous êtes parfait.
Avec Bernard Kouchner, ici présent, vous allez pouvoir le démontrer.

Mais pour le reste…

Qu’est ce qui vous prend, quand vous lacher le rétro pour le pare brise ? Quand vous abandonnez le passé pour scruter le présent…

Les lieux communs, vous ne les sabotez pas, vous les enfiler.

Mao
PAO.

Tout a changé, et votre regard se braque sur le frein à main.

A vous lire, les véritables 68ards, nés trop tard, en 68, comme moi, ils sont incultes.

Internet ? ni tigre, même pas papier

et Munich, connais pas, l’Orchestre rouge, connais pas, Franco, connais pas.

Et ça continue. La fille de votre alter ego, elle serait le symbole de ces jeunes gens modernes qui ne touveraient leur salut que dans la pub, dans le fin de l’Histoire, voire la Non Histoire, l’Histoire zéro, le pas d’histoire, vive le cocon, cette jeunesse qui vivrait dans le « culte naîf du bonheur », du « principe de précaution », et toutes ces fadaises.

Bien sûr, en vieux briscard de la Porte des petits Matins que vous êtes, vous avancez, avant d’arrêter votre récit : « J’ai l’air de mépriser les gens de ta génération, mais c’est une attitude. Ce que je méprise, c’est la démagogie de ma génération vis à vis de la votre. On ne veut pas vieillir, alors on vous fait la cour, à vous, nos enfants. C’est obscène ».

Rassurez vous, cher Olivier, les instinctifs d’aujourd’hui ont appris à vivre sans leur père.

Les réactions :

Olivier Rolin eût ce mot. « Discourtois ». Il jugea le portrait « discourtois ». Je n’avais pourtant fait qu’appliquer ce qu’il a écrit (p.172) : « On écrit, on pense avec ce qui blesse, ce qui tue ».

Bernard Kouchner, lui, en appela à Freud. « Vous avez voulu tuer le père » me dit-il. Ça devait être à peu près ça.

Ensuite, ce ne fut que confusion, attaque-défense, rien de bien terrible.

Portrait éxécuté pour l’émission Tam-Tam, France Inter, 11 octobre 2002.


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