ruines

mai 68, il y a bien longtemps

le ti-tigre en papier, olivier rolin.

par , 11 octobre 2002

Le portrait :

C’était du temps où c’était votre temps.
1968, et avant, et apres…. La gauche prolétarienne, la lutte armée, pas armée, et vous, au milieu de tout ça .

C’est aujourd’hui.
Tigre en Papier.
Votre nouveau roman.

Un périple sur le périph à Paris, avec la fille de votre alter ego de l’époque - époque qui, si je vous ai bien lu, n’avait pas de probleme d’égo puisque l’égo y était banni.

Le periph, donc. La grande allégorie de votre livre, et de votre vie.

Comment tourner en rond tout en croyant avancer ?
Comment vivre avec son passé, touffu, etouffé,
dans nos villes bouffées par les pubs et les néons ?
Comment dériver en cercle, quoi, etre révolutionnaire en actes.

Votre truc, c’est de regarder dans le rétroviseur.
Dans le rétro, c’est vrai, tout est plus beau. Plus fluide. Les angles morts prennent vie.

C’est ainsi que vous décrivez avec tendresse et dureté (je vous cite) ce « polar à petit budget » qu’était votre quotidien.

Un monde romantique, héroïque, qui, dites- vous, remonte à loin, « dans le puits du temps » (page 10) et non dans la « nuit des temps », comme il est facilement écrit sur la 4eme de couverture.

Sur le bas côté du périph’, vous ramassez vos souvenirs et quelques fulgurances.

Page 184 : cette formule : « ce désamour propre, nous l’avions choisi ».
Page 13 : « faire la révolution ce n’était pas tellement préparer la prise du pouvoir, c’était plutôt apprendre à mourir ».
Page 38 : « l’idéologie, c’est la passion du faux témoignage ».
Et puis, ça, page 247 : « etre moderne, c’est entreprendre de saboter les lieux communs de son temps ».

Rien que pour ça, bingo bravo.
Sur vos pères révés, vos pères réels, vos impairs, passe et manque, vous êtes parfait.
Avec Bernard Kouchner, ici présent, vous allez pouvoir le démontrer.

Mais pour le reste…

Qu’est ce qui vous prend, quand vous lacher le rétro pour le pare brise ? Quand vous abandonnez le passé pour scruter le présent…

Les lieux communs, vous ne les sabotez pas, vous les enfiler.

Mao
PAO.

Tout a changé, et votre regard se braque sur le frein à main.

A vous lire, les véritables 68ards, nés trop tard, en 68, comme moi, ils sont incultes.

Internet ? ni tigre, même pas papier

et Munich, connais pas, l’Orchestre rouge, connais pas, Franco, connais pas.

Et ça continue. La fille de votre alter ego, elle serait le symbole de ces jeunes gens modernes qui ne touveraient leur salut que dans la pub, dans le fin de l’Histoire, voire la Non Histoire, l’Histoire zéro, le pas d’histoire, vive le cocon, cette jeunesse qui vivrait dans le « culte naîf du bonheur », du « principe de précaution », et toutes ces fadaises.

Bien sûr, en vieux briscard de la Porte des petits Matins que vous êtes, vous avancez, avant d’arrêter votre récit : « J’ai l’air de mépriser les gens de ta génération, mais c’est une attitude. Ce que je méprise, c’est la démagogie de ma génération vis à vis de la votre. On ne veut pas vieillir, alors on vous fait la cour, à vous, nos enfants. C’est obscène ».

Rassurez vous, cher Olivier, les instinctifs d’aujourd’hui ont appris à vivre sans leur père.

Les réactions :

Olivier Rolin eût ce mot. « Discourtois ». Il jugea le portrait « discourtois ». Je n’avais pourtant fait qu’appliquer ce qu’il a écrit (p.172) : « On écrit, on pense avec ce qui blesse, ce qui tue ».

Bernard Kouchner, lui, en appela à Freud. « Vous avez voulu tuer le père » me dit-il. Ça devait être à peu près ça.

Ensuite, ce ne fut que confusion, attaque-défense, rien de bien terrible.


Portrait éxécuté pour l’émission Tam-Tam, France Inter, 11 octobre 2002.

Messages

  • Merci pour votre article un peu leste sur un livre très beau, très important.
    Olivier Rolin est un très grand écrivain et je suis étonnée de votre absence de commentaire sur l’essentiel : la littérature.
    Vous en êtes resté à l’anecdotique et c’est navrant.
    Discourtois, pourquoi pas ? La courtoisie... il y a une radio pour ça... pourrais-je dire si j’avais l’esprit à plaisanter et j’ai toujours l’esprit à ça.
    Merci de nous éparner les conflits de générations, c’est trop commun et trop stérile.
    Ce que j’aime dans les romans d’Olivier Rolin, c’est qu’ils s’inscrivent dans la littérature universelle et qu’ils concernent tous les hommes, de tous les pays.
    Votre vision a été trop limitée pour le sujet, à mon goût.
    Geneviève Dispot.

    • Je répondrai juste sur le prétendu conflit des générations. Désolé, mais ce livre ne parle, au fond, que de cela. Et c’est bien cela son problème.

    • génia tu as raison , guillaume.

    • GUILLAUME : Tu m’a reconnue : Génia ? Tu as reconnu ma prose sous l epseudo Geneviève (patronne de Paris et des Gens D’armes) Dispot = DIX PEAUX : BRAVO Guillaume mon photographe UNDERGRUND préféré ! Quelles belles photos UNDERGRUND tu as faites de nos performances artistiques dans le BERLIN RDA ! à l aBASTILLE aussi onb l’aime bien LILI DIX PEAUX de Chien ! : LILI MARLEN et LILI BRIK... A bientôt Guillaume Apollinaire "les cent muill verges" te saluent ! Geneviève Dispot.

    • J’ai donné mon corps à Faust et mon âme est à Jamais marqué
      Dans sa fontaine ma verge a baigné de bonheur et cent mille fois j’en ai rêvé
      A jamais et pour toujours je serais son disciple
      Avec Faust j’ai connu le Paradis de la luxure
      et l’enfer fut de la quitté
      Je ne l’ai pas trompé, mais je me suis trompé tout seul
      La dentelles est mieux que le jute
      et la damnation m’a frappé de tous ces bons coups passés dont je rêverais toujours
      car jamais je n’ai connu mieux ;
      A tes pieds je suis, car j’ai connu le pied grâce à toi.
      Je suis un stupide cul de jatte et je pense toujours au tien

  • Je découvre en tant que libraire,jeune j’ai 33 ans, cette critique je pense négative de tigre en papier..Une génération me sépare de mai 68.Mais je l’ai connue au travers des combats que mennait ma tante à cette époque.Triste votre réaction,triste la négligence de l’histoire.On a le droit de ne pas aimer, on a aussi le devoir d’apprendre du temps qui passe. Un jour c’est nous qui raconteront nos histoires et si on nous traite de vieux réacts, de vieux Don juan et autre connerie,alors on cachera nos larmes en se disant que décidément les jeunes ne sont que des p’tits cons qui pensent avoir tout compris à la vie.A bon entendeur salut.Une jeune fille.

    Voir en ligne : ti-tigre en papier

  • Au hasard de mes nuits incultes de né-après-68, je tombe sur ce papier qui a déjà pris la poussière, après une volée de bois vert dans les micros et en ligne.

    Oui, tu mets dans le mille, Davduf, en pêchant dans les flots de l’écriture de Rolin cette belle formule « être moderne, c’est entreprendre de saboter les lieux communs de son temps » : elle est juste, touchante, provocante, et prête autant au malentendu que le « Il faut être absolument moderne » de Rimbaud.

    Et même si je partage avec Geneviève Dispot le goût de cette littérature-là, de ce romancier-là, de livre en livre aux prises avec la langue et les lieux communs d’un temps-que-les-moins-de-vingt ans-etc., je la trouve par ailleurs plutôt bien balancée, ta « discourtoise » et honnête chronique.

    Tiens, un souvenir me revient. Octobre 2003, les Rencontres européennes du livre au Centre culturel André-Malraux de Sarajevo, le repaire d’un vrai personnage de « Tigre en papier », Francis Bueb. Olivier Rolin, dont j’admire énormément la prose, intervient dans un débat sur le multilinguisme. Fort enrhumé, il patiente au premier rang pendant que des écrivains d’Europe centrale, germanophone, balkanique... font chatoyer les mille facettes facétieuses de la parole. Puis il montre assez, au moment où c’est à son tour de parler, qu’il s’est jusqu’alors copieusement ennuyé, et finit par lâcher entre deux borborygmes que oui, les langues, c’est bien pratique pour un écrivain, parce qu’il y a des jours où « hijo de puta » ça sonne mieux que son équivalent en français...

    Pour le coup, j’en tombe presque de ma chaise, et la plupart des intervenants - sans parler du public - tente de dissimuler sa gêne en cherchant où regarder ailleurs, mais il n’y a pas de fenêtre dans cet ancien hôtel de la police reconverti en restaurant friqué où se déroulent les « débats ». Qui, après une si forte tirade, tournent court...

    A elle seule, l’anecdote ne révèle pas toute l’ambiguïté - pourtant bien réelle - des ces « rencontres » où des guest-stars germanotartines ne font que côtoyer la plèbe moins glamour des écrivains « locaux ». Il y faudrait un récit plus circonstancié, et ce n’est pas le lieu...

    Le lendemain, quand j’essaierai de dire à quelques-uns ma frustration de ce non-événement, on me répondra vertement : « Mais enfin, on s’en fout, car Rolin a croisé Jean Hatzfeld au détour des Rencontres, ils ne se parlaient plus depuis que "Tigre en papier" a failli mener la Gauche prolétarienne au Goncourt, et maintenant ils se sont rabibochés, c’est ça qui compte ! »

    Bon voilà, tout ça pour dire que si je reste fervent lecteur de Rolin, je n’ai pas eu besoin (mais je n’en tire nulle gloire) de « tuer le père » (ah le beau lieu commun, merci Nanard !) : ce jour-là, il s’est flingué lui-même, irrévocablement. Comme un vieux con, qui l’eût cru ?

    Gédéon

    PS, en forme de clin d’œil : c’est quand même pas parce que tu hibernes que tes pages arrêtent de résonner en nous ! Je lis, je goûte, je balance une réax : comme les fantômes de 68, davduf.net vit encore...

  • Super Gédéon, tu as raison !
    J’ai de nombreuses histoires de ce "mauvais" genre à raconter moi aussi de ce même "mauvais" goût de ce même "mépris" pour les indigènes les autochtones les aborigènes qui ont encore la patience de recevoir poliment les germanopratins en goguette : instituts français, ambassades sont mis à disposition.On reste entre germanopratins dans les mêmes hôtels pas sous les tentes. C’est d’un banal...
    Les langues... LALANGUE... Prétexte.