Nouvelles narrations

— La préface pour le livre du Blog Documentaire

Le #webdoc existe-t-il ?

par davduf, 22 novembre 2014

« Faites pas les cons (mais un peu, quand même) »

C’était tacite, comme une mission discrète, une quête impossible, une carte blanche où tout serait à griffonner. Avec Philippe Brault, mon complice à la caméra pour Prison Valley, nous voulions simplement chercher, explorer, nous tromper, creuser de nouvelles formes narratives, nous égarer, participer à une écriture en mouvement, en un mot : tenter. Tenter de raconter une histoire qui commencerait par un film, pour être mieux déconstruite quelques minutes plus tard avec les armes d’aujourd’hui, les armes du web, de l’hyper-vidéo comme on dit hyper-texte. Ce n’était pas un documentaire sur le web, ni pour le web, mais par le web. De lointains cousins nous guidaient : les bonimenteurs au temps du cinéma muet, chargés dans la salle de lire les intertitres à tous ceux qui ne savaient lire. Bonimenteurs qui, à force, se mirent à interpréter les films au point d’en transformer la trame.

Quelques mois auparavant, Alexandre Brachet, notre producteur, nous avait tendu la carte bancaire de sa boîte, Upian. On se connaissait à peine. Alexandre avait dit : « faites pas les cons » ; et ça voulait dire : « un peu, quand même », et c’est sans doute, je crois bien, la seule définition valable de ce que pourrait être le webdocumentaire. Faire les cons avec les traditions, briser des logiques, s’en ouvrir de nouvelles, s’y perdre, être des zozos de la Recherche et Développement du cinéma. Et si le genre webdocumentaire n’est pas nouveau – arrêtons avec ça, il a déjà ses Nanouk -, il est encore récent. Il tâtonne, se goure, cherche – et c’est ce b[r]ouillonnement qui en fait le charme. L’heure est cependant à la maturation ; au dépassement, surtout pas à la reproduction. La période « muet » du webdoc est derrière nous. Ce livre en est l’illustration. L’irruption de l’équipe du Blog documentaire est le signe d’une avancée. Le webdoc a besoin de sa critique ; comme le cinéma sa cinéphilie ; ou le Punk ses rock critics.

Au fil des mois de conception de Prison Valley, Sébastien Brothier, designer chez Upian, nous incitait à aller aussi loin que possible. Au jeu vidéo, nous allions emprunter certains des codes narratifs — il faudrait être aveugle pour ne pas saisir que, question trouvailles scénaristiques, le jeu vidéo est champion toutes catégories depuis quinze ans au moins. Avec Facebook et Twitter, nous allions jouer aux apprentis sociaux, cherchant à les détourner pour en faire des passeurs d’histoire. C’était simple : dans le sillage d’autres webdocumentaristes qui nous avaient précédés, nous comprenions que la notion même d’auteur était en train de changer. La navigation, c’est le montage. Le regard d’auteur, la base de données. Pour faire vite. Désormais, il nous fallait aller chercher de nouveaux outils de travail, quitte à les créer nous-mêmes — et quoi de plus beau pour des artisans ? A ARTE, Joël Ronez et sa bande souriaient, un brin fébriles. Ils disaient qu’on sortait d’un asile.

Voir en ligne : Le blog documentaire

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