Le choc, ce bulldozer. Juste au coin de la Place Pigalle, tout en haut de la rue Pigalle, là où l’on fut si bas. Un Bulldozer en prince de la déconstruction, au sommet d’un tas de gravats. Ta vie détruite. Lui, à l’arrêt. Toi, dans le bus qui roule vers la mort.

- L’entrée du New Moon
- Un 10 avril 2004
C’était ce soir. Après le boulot. By bye Turbin, v’là les années punk qui déboulent. C’était au 66 rue Pigalle. Quand le 66 était un avant-goût du diable, 666 - le New Moon, boite rock, que ça s’appelait. Un ancien cabaret à tout faire, du vide-gousset au vide-couilles [1]. Un truc qu’avait réouvert des anciens de Métal Urbain, si mes souvenirs sont exacts. C’était quoi et quand ? En 1986 ? Tu débarquais à peine, dans la capitale, le grand saut, faut pas capituler, pas capitaliser, juste tenir le cap. Le New Moon, c’était ça : les bières des potes qu’on finissait. Les amplis qu’on portait pour pas payer l’entrée - c’était la gruge avant le grunge pas encore né. Ah, la porte en fer forgé, avec au dessus, comme un fronton fier, cette drôle de coquille qui laissait entendre que le New Moon ne s’était pas toujours appelé le New Moon. Dans l’entrée, un escalier raide comme tous les justiciables qui trainaient dans les parages. En coude, l’escalier, qu’il était. Lever le coude, à défaut des jolies punk-rockettes, c’était bien ce qu’on venait y faire au New Moon, Nouvelle Lune, Nouvelle Vie, la plus belle impasse nocturne que la ville savait offrir. Au plafond, une jolie frise avec, en rappel, la coquille de l’entrée. Et puis, le bar - minus. Les toilettes - sans façon. Au dessus, des combles - visitées une fois comme l’enfer de ce qu’avaient pu être les maisons closes des années 20.

- Stiv Bator & Johnny Thunders
- New Moon, un soir de 1987
Sur scène, ça déroulait. Fallait tenir. Le rock était bien mort à cette époque. Le Punk avait tout bien bazardé (c’était chouette). Seattle ronronait (ça allait le devenir). Alors, en attendant, pas question d’attendre, fallait tenir. Les nostalgiques allaient au Gibus, à Répu. Pour les autres, des ploucs dans mon genre, plein d’idéaux, des croyants d’une Renaissance Rock futile et subtile, c’était direction Gal-Pi, et son New Moon, Lointaine Planète Rock. Fleshtones, écurie Crypt Rds, punk-parigots de groupes débutants, la Puta’s Fever du Pigalle Tour de la Mano. Au 66 rue Pigalle, ci-git ta jeunesse, mon (bientot) vieux, tes 18-22 ans, tes premières cuites et premières cuisses dans l’arrière fond du couloir étroit comme il faut. Au 66 rue Pigalle, ci-git, enfin, ce qui doit être le plus grand concert de rock jamais donné au monde devant 150 personnes : Johnny Thunders et Stiv Bator [2]
Le « New Moon », salle rock à Paris détruite en 2004
envoyé par davduf Un film des productions davduf.net. Prise de vue : 10 avril 2004, 11h02, Place Pigalle.

- Démolition Totale
- Un film des productions davduf.net. Prise de vue : 10 avril 2004, 11h02, Place Pigalle.

- Vue de la Place Pigalle
- Un 10 avril 2004
Et puis, un temps, juste un petit temps, l’entrée du New Moon donnait droit à un accès interdit : un autre escalier. Un escalier dérobé vers les robes des jolies ( ?) filles du Narcisse, le club d’en dessous, le club à strip tease. Il y avait jamais personne là-dedans, tout juste des VRP égarés, un portier hagard, et des filles grassouillettes. Et du poppers, ou assimilé, dans l’air. Un excitant qu’on se disait, genre gaz-moutarde. Attrape-nigaud. Bitte-shen, Parfait pour les deutsh-touristes.
Si l’on en croit Google, en 1992, le gérant apparut dans le film « Pigalle au Rayon X ». A l’époque, on était déjà ailleurs. Page tournée, vie en piqué. Pas même un passage, pas même un regard, le New Moon s’était mis en berne depuis 2000 ou 2001 et je l’ignorais. Des bureaux, ça allait devenir. Comme pour moi, comme dans la vie. Pourquoi donc le destin finit toujours assis derrière un bureau ?

- Sur un panneau...
Alors, revenir une dernière fois. Photo, film, ultimes regards. Sentir la transpiration d’alors, apercevoir un bout de plancher, penser aux pogos, à la buée, à Bjorn C., ami d’enfance et de dérives de toujours, suicidé à deux pas de là, en poussières et en cendres comme le New Moon. Un panneau indique un « immeuble de deux niveaux avec un rez de chaussée pour commerce et un sous-sol pour stationnement ». On y est. Folie’s Pigalle Terminus.
Ailleurs, dans la ville, probablement, certainement, d’autres Apaches ont trouvé leur nouvelle lune.
Demi tour.

- Scène du New Moon, quelque part dans les années 80/90 à Paris Pigalle.
- Ici, Patrick Scarzello
Et maintenant, quelques précisions emailesques parvenues après la rédaction de cet article :

- 66 rue Pigalle
- Un 10 avril 2004
« Pigalle, juin 89, Pierrot Soler (musicien), Roland Piqueras (barman), propose à Jerry gérant des deux salles (Narcisse, New moon), de mettre sur pied un projet de salle de concert.Véritable pèriode du new moon.
En 86, première tentative faite par Eric et Stéphane, qui c’est soldé par un échec, au bout de quelques mois, leurs soirées pèriclitèrent et le New Moon retourna dans l’oubli.
5 juin 1989 ouverture du plus petit des grands du rock, avec plus de 300 concerts par an.
La vocation du New Moon, découvrir une multitude de groupes francais et étrangers, devenir le repère des musicos et noctambules.
Son esprit, forcément rock, populaire aussi, en harmonie totale avec Pigalle.
Cest ainsi qu’on voulait le New Moon, c’est comme ça qu’il a existé. »
Claire-Ange (soeur de Pierrot du New Moon)

- Vue de la rue Pigalle
- Un 10 avril 2004

- L’entrée du New Moon
- Un 10 avril 2004

- Search & Destroy
- Un 10 avril 2004
Une amie, trés jeune, m’apprend qu’un groupe de rock français aurait déclaré sur France Inter : « ils nous font chier ces trentenaires, avec leur punk et leur Sex Pistols ». Ah, la guerre - enfin.
A voir : le New Moon par ceux qui l’ont fait.
[1] toute précision historique bienvenue, toutes photos aussi...
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Publié: dimanche 11 avril 2004.
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