Juin 1968. Les usines Wonder, à Saint Ouen. C’est l’heure de la reprise du travail. Dans la foule, deux apprentis cinéastes de l’Idhec et cette jeune femme. Qui pleure. Qui crie. Qui assure qu’elle ne rentrera pas, qui dit que non, elle ne mettra plus les pieds dans cette taule dégueulasse...

Trente ans plus tard, où est cette femme ? Qu’est devenue Jocelyne ? Où est passée la classe ouvrière qu’on dit disparue. C’est l’heure de Reprise, le film-enquête d’Hervé Le Roux.
Reprise, c’est ça. Un aller-retour passé présent. Ouvriers - retraités. Visages d’avant, Regards d’aujourd’hui. Ceux de chez Wonder s’appellent et se rappellent. Les petits chefs, les premières ouvrières, les contremaitres et les ouvrières tout court.
« dans les années 50, il y avait 40 000 ouvriers à St Ouen » lâche un (pré)historien.
Trois heures comme ça. Dans le capitalisme à la papa des années 60 finissantes. Puis dans celui, néo-libéral, à la Tapie. Où tout finit toujours pareil, où tout finit comme il se doit : en solde de tout compte.
A la fin, le chef du personnel, il dit que « les gens de chez Wonder doivent reprendre le travail », il précise : « ...calmement ». Et elle, Jocelyne, sublime|sublimée, hors-cadre, qui dit juste ça, le plus beau « c’est ça ! » jamais prononcé. « C’est ça ! », comme basta.
Interlude. Et toi, tu deviens quoi ? Molesse de tes « c’est ça ». Faiblesse de tes faiblesses. Wonder ? La vie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Fin interlude.
Reprise, c’est un son. Ou plutôt, ce fut d’abord un son. C’était sur un album des Thugs [1]. La voix disait : « Non, je ne retournerai pas là dedans ». C’était l’autre bout du film des étudiants-cinéastes, bien avant que Reprise ne sorte en film (1997) puis en DVD (2004). Il y avait aussi deux voix masculines, deux CGTistes, deux qui défendaient le-savoir-arrêter-une-grève et qui lâchaient enfin « on sait, on dénoncera ».
Et puis, la vie. Sans savoir, échouer à deux pas des usines Wonder. Passer devant comme aux abords d’un cimetière. Et puis, le choc du DVD. Ces graffitis, là, toujours debouts, toujours tenaces, mais dorénavant si proches, puisqu’on vit dans les parages.
La vie est une chienne.
La vie est une éternelle Reprise.
Just for you, it’s a love song (The Damned).
Just for you, it’s a love movie. (Reprise)
[1] Probablement le titre « Welcome to the club » ?
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Publié: samedi 24 avril 2004.
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- Rubrique: ruines du siècle passé




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