ruines

voyage dans la classe ouvrière (qui ne voyage pas)

reprise [un film d’hervé le roux]

par davduf, 24 avril 2004

Juin 1968. Les usines Wonder, à Saint Ouen. C’est l’heure de la reprise du travail. Dans la foule, deux apprentis cinéastes de l’Idhec et cette jeune femme. Qui pleure. Qui crie. Qui assure qu’elle ne rentrera pas, qui dit que non, elle ne mettra plus les pieds dans cette taule dégueulasse...

Trente ans plus tard, où est cette femme ? Qu’est devenue Jocelyne ? Où est passée la classe ouvrière qu’on dit disparue. C’est l’heure de Reprise, le film-enquête d’Hervé Le Roux.

Reprise, c’est ça. Un aller-retour passé présent. Ouvriers - retraités. Visages d’avant, Regards d’aujourd’hui. Ceux de chez Wonder s’appellent et se rappellent. Les petits chefs, les premières ouvrières, les contremaitres et les ouvrières tout court.

« dans les années 50, il y avait 40 000 ouvriers à St Ouen » lâche un (pré)historien.

Trois heures comme ça. Dans le capitalisme à la papa des années 60 finissantes. Puis dans celui, néo-libéral, à la Tapie. Où tout finit toujours pareil, où tout finit comme il se doit : en solde de tout compte.

A la fin, le chef du personnel, il dit que « les gens de chez Wonder doivent reprendre le travail », il précise : « ...calmement ». Et elle, Jocelyne, sublime|sublimée, hors-cadre, qui dit juste ça, le plus beau « c’est ça ! » jamais prononcé. « C’est ça ! », comme basta.

Interlude. Et toi, tu deviens quoi ? Molesse de tes « c’est ça ». Faiblesse de tes faiblesses. Wonder ? La vie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Fin interlude.

Reprise, c’est un son. Ou plutôt, ce fut d’abord un son. C’était sur un album des Thugs [1]. La voix disait : « Non, je ne retournerai pas là dedans ». C’était l’autre bout du film des étudiants-cinéastes, bien avant que Reprise ne sorte en film (1997) puis en DVD (2004). Il y avait aussi deux voix masculines, deux CGTistes, deux qui défendaient le-savoir-arrêter-une-grève et qui lâchaient enfin « on sait, on dénoncera ».

Et puis, la vie. Sans savoir, échouer à deux pas des usines Wonder. Passer devant comme aux abords d’un cimetière. Et puis, le choc du DVD. Ces graffitis, là, toujours debouts, toujours tenaces, mais dorénavant si proches, puisqu’on vit dans les parages.

La vie est une chienne.
La vie est une éternelle Reprise.

Just for you, it’s a love song (The Damned).
Just for you, it’s a love movie. (Reprise)


[1Probablement le titre « Welcome to the club » ?

Messages

  • On se demandait d’où ça sortait ces dialogues sur l’album des Thugs, c’est bien après qu’on a compris. Ca tombe bien j’ai vu un concert la semaine dernière qui m’a étrangement rappelé leur état d’esprit ; d’abord ce sont aussi des angevins (ce que je ne savais pas sur le moment) et puis leurs textes recoupent les mêmes thèmes. Bon okay Zenzile c’est du dub mais on sent quand même que les types viennent du rock et puis le clavier ressemblent carrément au chanteur des Thugs.
    Grand concert, grand groupe. Ils ont de la rage à revendre et en ces temps frileux, c’est nécessaire. Et la chanteuse est craquante avec son chapeau chicagoan. Merci les wonder women.

  • Bonjour,
    Grand fan des THUGS depuis quelques années déjà et ayant assister à plusieurs prestations live de ce groupe angevin, (qui a d’ ailleurs été signé chez SUB POP-label de Nirvana-)j’ ai été ravi d’ en apprendre un peu plus sur ce groupe très impliqué dans le mouvement "alternatif" français et dont beaucoup de groupes feraient bien de s’ inspirer...
    Sur ce, merci pour l’ info...
    A tchao.

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