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Police

Serpico (deux ou trois à mots à son propos)

Par David Dufresne, 12 janvier 2021 | 499 Lectures

En janvier, LaCinetek mène l’enquête. En imper, en uniforme ou en infiltré, au son des sirènes ou en discrète filature, avec sang-froid ou pulsions, notre sélection collecte les indices et rassemble les preuves, pour sonder un mystère criminel ou briser l’omerta d’un système.

Première étape : confier votre affaire à un inspecteur – excentrique ou classe ; droit ou ripou – pour résoudre un cas épineux, et enclencher la marche d’un destin (parfois tragique), augurant une performance d’acteur-enquêteur saisissante.

Qui engager en premier ? Al Pacino bien sûr, dans la peau de Serpico : flic hippie unique en son genre, en croisade contre la corruption dans la Big Apple de 1970. Sidney Lumet renouvelle le vestiaire du polar et sort les squelettes du placard dans un flash-back tonique, d’après une histoire vraie.

Vous préférez jeter votre dévolu sur un Bad Lieutenant ? Harvey Keitel fait corps avec le New-York de 1990, torturé et camé jusqu’à l’os, injurieux et gémissant, blindé et nu. Co-écrit par l’ange underground Zoë Lund, cet opus nerveux d’Abel Ferrara transforme un fait divers traumatique (le viol d’une nonne) en fable sur le don, la culpabilité et le pardon.

Jean-Pierre Melville, lui, recrute Alain Delon : Un flic à contre-emploi de ses fameux rôles de bandits. Ses yeux métalliques voilent les plans d’un bleu froid, dans un polar abstrait, hanté par la fatale Deneuve et habité par le Spleen. « D’où vient le mal ; D’où vient l’erreur ? » chante le générique de ce film testamentaire, le dernier du cinéaste, tourné en 1972.

Pour une valeur sûre, frappez au 36, Quai des Orfèvres, bureau de l’inspecteur Louis Jouvet, dirigé par Henri-Georges Clouzot. Alternant cynisme et tendresse, le film suit un couple tant coupable qu’ingénu formé par Suzy Delair et Bernard Blier (elle en chanteuse impétueuse, lui en mari jaloux). Un dossier de 1947, toujours aussi actuel.

Réfléchissez à deux fois si vous pensez piéger le commissaire Dave Bannion : pègre, dames en visons et veuves joyeuses déchantent devant ce justicier épris de vendetta. Sur un scénario du crime reporter Sydney Boehm, aux punch lines dignes de Hawks, Règlement de comptes de Fritz Lang (1953) brouille les codes du policier et du gangster.

Dans la PJ des années 2000, on peut se tourner vers une femme flic : Nathalie Baye remporte le César de la meilleure actrice en commandante ex-alcoolique et endeuillée qui prend sous son aile un Petit lieutenant, sous l’œil lucide et humaniste de Xavier Beauvois.

Deuxième étape : glisser du policier au thriller, et se laisser happer par le mystère. À la poursuite des serial killers, les enquêteurs (professionnels ou amateurs) risquent le piège de l’identification, de l’attraction fatale et de la perte de soi face à un autre abyssal et insoluble.

C’est le principe de Cure (1997), thriller hypnotique de Kiyoshi Kurosawa, sur la relation fascinée entre un inspecteur et un tueur amnésique. Une expérience de lâcher-prise non occidental dans un Tokyo spectral, où la raison cède face à l’irrésolu.

In the Cut (2003), thriller érotique de Jane Campion, unit la professeure de lettres Meg Ryan au détective Mark Ruffalo, dans un de ses premiers grands rôles. Le film provoque le trouble par touches de signes entr’aperçus : un tatouage, des poèmes, des souvenirs, une scène de sexe vue malgré soi, des fragments de corps violentés…

De sa fenêtre, être témoin d’un meurtre chez une voisine. Vous êtes dans…. Sœurs de Sang (1973) de Brian De Palma, variation déjantée sur le thème hitchcockien du double et du faux-semblant, sur les notes de Bernard Hermann. À ses risques et périls, l’intrigue est conduite par une jeune journaliste déterminée, face à des policiers démissionnaires.
Enfin, pour se détendre de tout ce suspens et décharger les tensions accumulées, retour sur les cops burlesques et incompétents des débuts du cinéma ! Charlot Policeman (1917) troque sa célèbre canne contre une matraque, pour un numéro de slapstick (dérivé de la commedia dell’arte qui signifie « coup de bâton ») de « haute voltige ».

Ces 10 films (de) policiers vous entraînent dans des jeux de pistes – tantôt drôles, réalistes, érotiques ou horrifiques – tout en brossant le portrait d’hommes et de femmes pris dans l’exercice délicat de leur fonction.

En savoir plus : La Cinetek

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