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« This film should not exist », ou la douce histoire des Country Teasers, petite parabole de notre monde fracassé

Par David Dufresne, 16 octobre 2020 | 1144 Lectures

Ça commence par du fracas, et encore du fracas, du son, de l’incroyable son, grungy à la monsieur Jourdain (les Country Teasers, dont il est question ici, vivaient en ces années 1990 sur leur île écossaise, à Edimbourg, fort loin de Seattle, et se moquaient bien des vertes vallées de la côte pacifique US), et ça se poursuit par des images pourries, et encore du boucan, et de l’ambiance bière-riff. On se dit, un documentaire sur le rock should not be comme ça, plus maintenant, plus aujourd’hui — images éculées, boum-tchack déjà vu, essoré. Et puis, si. Heureusement qu’il existe, ce Film should not exist. Il est même la quintessence du rock ’n’ roll, bazar et mélancolie, nostalgie et tonitruances. Foutraque, une prise et coup-de-pied-au-cul go go go.

This film should not exist retrace la vie à la mort des Country Teasers, plus lumineux groupe obscur des années 1990. Un combo emmené par un type qui faisait (fait) aucun effort pour se rendre frontman, Ben Wallers (même ici, devant la caméra de Gisella Albertini, Massimo Scocca et Nicolas Drolc, Ben fait son Ben, il répond à côté, et on va comprendre que le à côté, c’est la vie même) ; un Ben Waller dont les accords destructurés sonnaient plus punk que toutes les nirvaneries, et dont la voix nasale valait bien celle du Kurt. Les Country Teasers, éminence grise de Crypt Rds (on aperçoit ici, d’ailleurs, l’âme du label, avec moins de cheveux, mais toujours dans la bataille : Tim Warren).

Qui n’a pas pleuré sur le Spiderman In The Flesh des Country Teasers n’a jamais pleuré. Qui n’a pas souri à Life Is A Rehearsal ne connait rien à la vie. Qui n’a jamais écouté Ben et ses Teasers n’a jamais rien entendu d’aussi fou. This film should not exist raconte donc ça : une merveilleuse comptine que personne ne connait, et dont le monde, tout préoccupé à son couvre-feu, se contre-fout. Et plus on avance dans This film should not exist et plus on sonde l’âme de Ben, on voit son copain, l’autre guitariste, Simon Stephens, devenu depuis dramaturge à succès, belle chemise, belle gueule et belle bibliothèque, mais qui reste habité, qui reste sous le charme, à la recherche de son passé, comme nous de nos fantômes ; on voit celui qui est mort, à droite sur la photo, et on découvre Ben aujourd’hui sur son chariot Jardiland. Ben, génie à la Billy Childish et manutentionnaire du rock. C’est d’une infinie beauté tout ça. A pleurer, littéralement.

Actuellement, This film should not exist fait le tour des festivals de cinéma. Ne le ratez pas. Il sera à Londres début décembre.

A voir, le site du film et sa page Facebook.


Nicolas Drolc, co-réalisateur du film, a aussi signé Sur les toits (2014), qui raconte les révoltes dans les prisons françaises en 1971/1972, et La mort se mérite (2017), portrait de Serge Livrozet, écrivain, perceur de coffres-forts et militant libertaire.

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