L’histoire. Les groupes. Le mouvement.

yo ! révolution rap

Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

Par David Dufresne, 16 mars 2003 | 168033 Lectures

CALIFORNIE

  • DONALD-D

Donald-D est né dans le Bronx. Il est un de ces rares pionniers encore en action. Bien que son premier Lp solo ne date que de 1989, il roule sa bosse depuis onze ans déjà. Il démarra avec Afrika Islam (futur Funk Machine et cofondateur de la Zulu Nation) et Chuck Chillout avec lequel il enregistre un single sous le simple nom de B-Boys. On le verra aussi aux côtés de DJ Red Alert dans l’émission Zulu Beat. Comme Donald-D le justifie, il doit émigrer à Los Angeles pour pouvoir tenter tardivement sa chance : « beaucoup de gens me disent que ma musique ne ressemble pas à celle des rappers californiens et je leur réponds, c’est normal, je n’en suis pas. Ice-T m’a poussé à venir à Los Angeles pour travailler avec lui et Rhyme $yndicate. Quand je suis venu, en 88, c’était juste pour faire un titre sur la compilation Rhyme $yndicate Comin’ Through. Puis je suis retourné à New York, mais deux semaines plus tard j’étais de retour pour m’installer ici » (92).
Le titre en question est Name Of The Game (avec Bronx Style Bob). Donald-D devient le protégé d’Ice-T et lui sert de MC durant deux tournées (dont l’une les amène à Paris en 89) et sur les second et troisième Lp’s d’Ice-T, respectivement Power et Freedom of Speech. Ice-T lui donne sa chance en lui proposant d’enregistrer un album sur son propre label Rhyme $yndicate : le génial mais méconnu Notorious (ce n’est pas faute d’avoir cherché un titre accrocheur...). C’est son vieil ami Afrika Islam, lui aussi New-Yorkais pure souche émigré à Los Angeles, qui produit. Le son est dépouillé, nu et néanmoins très diversifié. Son âge, plus élevé que la moyenne des rappers, l’expérience et peut-être même la frustration d’avoir attendu si longtemps donnent à Donald-D d’indéniables qualités ; F.B.I. : Free Base Institute, sur le crack aux U.S.A. ; Car Chase : « un mini film d’action » (92) ; Another Night in The Bronx  : souvenirs sur N.Y ; On Tour et ses réminiscences 60’s ; The Letter I’ll Never Send : ballade Rap somptueuse d’où une pure émotion se dégage ou Just Suck : de la pornographie vinylique. Râles et cris d’une jeune fille. Derrière une sonorité d’alarme de montre ! Un titre que l’on peut rapprocher d’Ice-T dans ses meilleurs moments - une allusion lui est d’ailleurs faite ; sont autant de petites pépites Raps. Un second Lp serait des plus désirables.

  • DEF JEF

Jeffrey Forston, alias Def Jef, a quelques similitudes avec Donald-D. Comme lui, il est né dans le Bronx et a démarré fort tôt (79/80) avec Grandmasterflash, Cold Crush, Kurtis Blow puis Trouble Funk. Au milieu des 80’s, il décide d’emménager à Los Angeles où il vient de conclure un contrat avec le débutant label Delicious Vinyl monté en 87 par deux producteurs blancs de génie, ex-tenanciers d’un club : Matt Dike et Mike Ross (Tone Loc, leur première signature, va leur offrir la fortune. Son premier single sera le meilleure vente de singles aux U.S.A. depuis We’re The World !). C’est donc sur Delicious Vinyl que Def Jef sort son premier Lp : Just A Poet With Soul, le titre qui donne son nom à l’album a été enregistré par les Dust Bros avec en duo Etta James.
En 1988, Def Jef rencontre Dzire (née à N.Y) et Almight T (née à Chicago), plus connues sous le nom de Body & Soul dont il produit le premier maxi : Highpowered/We Can Do This.
Dernièrement, on l’a vu aux côtés de la crème de la Côte Ouest pour la compilation anti gang : We’re All In The Same Gang (cf. « Rap & Actions Humanitaires ») et sur la B.O. de Return Of Superfly avec l’excellent On The Real Tip.

  • DIVINE STYLER

A l’instar des deux précédents, Divine Styler est californien d’adoption. Mais il est plus jeune qu’eux : il est né en 1972. Très vite, il apprend la guitare avant de se mettre au sax et aux claviers. Un acquis musical qui lui servira grandement une douzaine d’années plus tard. En 86, après s’être installé à L.A. (avec ses parents ?), il fait sa première apparition scénique. Dans la salle, un certain Ice-T l’observe de près. Il le pousse à continuer. L’encouragement se transformera en signature de contrat avec Rhyme $yndicate en 89.
Word Power est le brillant résultat de Divine Styler : « ces douze chansons s’inspirent de la réalité. Tout est rigoureusement exact ! Les gens pourront être surpris que je sois aussi tranché par rapport aux problèmes raciaux mais c’est parce que je crois que c’est le véritable problème de notre société. Tant que nous nous conduirons en bigots et en hypocrites, rien ne se résoudra » (133). Une fois n’est pas coutume, Ice-T ne s’est pas trompé. Divine Styler est un B-Boy surdoué plein d’imagination. Son Lp est une mosaïque colorée de différents styles (divins) musicaux. Free Styler (vif et vivifiant) ; Play it For Divine (collage d’extraits musicaux avec une fin « années folles » qui ouvre de nouveaux horizons au Rap...) ; Ain’t Sayin’ Nothin’ (Funk Rap) ; Black House (House Rap) ; In Divine Style (Reggae Rap ultra-rapide) ; Tongue of Labyrinth (un film d’horreur : on assiste à un accouchement, seulement le « it’s a boy » n’est pas réellement un garçon. On entend courir le nouveau né. Toute la clinique est en émoi. Un hélicoptère arrive et c’est la fin. Le morceau commence. Une splendeur ou une horreur) ; Divinity Stalistics (prière-rap qui rappelle le Egg Man des Beastie Boys) ou Rain (mélodie triste piquée à Ring The Alarm du Toaster Tenor Saw, mort il y a peu) témoignent de cette diversité.
C’est avec impatience qu’on espère la suite. L’attente sera longue. Pourvu que Divine Styler ne se décourage pas du peu de répercussion de son coup d’essai/coup de maître.

  • DIGITAL UNDERGROUND
  • Duwatchyoolike

Digital n’est plus si Underground que ça. Par contre, ils sont franchement cosmopolites. Ses membres viennent de N.Y, Oakland, Berkeley, Philadelphie, Floride, Syracuse. Fondé en 88 par Shock G (MC & claviers) et par Chopmaster (samplers & percus), Digital Underground s’est renforcé avec Money B, DJ Goldfinger, Kenny K, Bulldog, Sleuth, Fuse, MC Blowfish, Humpty Hump (l’homme à l’« insupportable » voix nasale), Schmoovy Schmoove, MC Dazzlin’ Doc P. Money B a une tout autre version de la création du groupe (et qui nous plonge directement dans l’univers déconnant de Digital Underground) : « nous nous sommes rencontrés pendant la Seconde Guerre mondiale. Et nous avons décidé de monter le groupe. Mais la plupart des gens que nous voulions sampler n’étaient pas encore nés. Nous étions fatigués par cette guerre et avons pris la décision de nous suicider au même moment et de nous retrouver dans une vie future. Nous sommes montés dans un avion. C’est Shock G qui pilotait. Il planait complètement » et ils sont morts (134) ! Quand il est sérieux, c’est si rare qu’il faut en profiter, Money B rappelle qu’il jouait dans Raw Fusion « avec mon pote DJ Fuze. Et on s’est liés avec des membres de Digital Underground, qui est en fait une grande famille. Je rappe depuis que j’ai 13 ans. Shock-G et Humpty Hump rappaient à New York bien avant moi (...) J’ai eu mon bac après le lycée, et j’ai quitté l’université pour faire de la musique, mais je sais que je vais y passer mes diplômes. Je veux apprendre, retourner à l’école » (135). Digital Underground est vraiment une grande famille, parfois au sens strict du terme. Pour preuve, c’est le frère de Shock G, Rackadelic, qui signe les petits dessins hilarants (Comics) qui squattent les pochettes du groupe.

Dès 1988, Digital Underground sort sur TNT Rds leur premier simple Underwater Rimes/Your Life’s A Cartoon (tiens !) avant de partir chez Tommy Boy. Outre les Beastie Boys qui sont samplés (Digital Underground semble particulièrement les affectionner puisque leur vidéo de Duwatchyoolike est une parodie de Fight For Your Right To Party des Beasties), leurs influences sont déjà présentes. Au premier rang desquelles on trouve le P-Funk de George Clinton. Quant aux paroles, Shock G explique : « cela varie de la conscience politique et sociale au bon fun en évitant de glisser dans l’extrémisme » (136). Ils glissent pourtant parfois dans l’extrémisme : celui de la déconnade.

  • Sex Packet

En 89, Tommy Boy bourre les bacs d’un nouveau single Humpty Dance. En cinq semaines, Digital Underground est disque de platine. Peu après, c’est la publication de leur debut-Lp au nom provocateur : Sex Packet. Très questionnés sur ces « sachets de sexe », Digital Underground revèle qu’ils sont tombés sur une secrète enquête gouvernementale à propos de la productivité des astronautes... Un mystérieux Dr Edward Earl Cook, du Lockhead Future Science Dev. Project, est même interviewé à ce sujet : « les Sex-Packets ont été inventés pour les voyages dans l’espace afin d’apporter détente et soulagement aux astronautes. Le nom original est »anti dote à l’excitation génétique« . Mais aujourd’hui des gens mal intentionnés essaient de les produire pour la consommation de masse. je n’ai pas inventé les sex-packets pour provoquer une épidémie nationale » (137)... La pochette intérieure montre Shock G en train de rêver. Dans une bulle (façon BD) : on voit deux filles et un type en plein ébat sexuel :« j’en ai pris un avant d’aller me coucher et j’ai fait un rêve mouillé » lance Shock G pendant Yo ! MTV Raps ! Les protestations vont bon train, comme celle du Friends of The United Catholic Clergy dont je ne peux résister à vous souligner les initiales : F.U.C.C !
Côté musique, les samples sont distillés avec soin : Clinton, Hendrix, Bootsy Coolins. La basse ronfle et gronde autant qu’elle peut. Les claviers et quelques influences Jazzy se font également sentir. Les tubes se chassent avec bonne humeur : Humpty Dance, Duwatchyoolike et Sex Packets. Et si Street Scene singe un deal enregistré live au coin de la 89è Avenue et Mc Arthur Boulevard à Oakland (« 10 dollars le paquet, mec »), Digital Underground se dépêchent de nous chanter The Danger Zone, une chanson farouchement anti drogue. Des rigolos, O.K., mais qui connaissent et assument leurs responsabilités. Je finirais par Freaks Of The Industry, jolie peinture caustique du show-bizness avec des râles samplés de Donna Summer et des rythmes piqués à Diana Ross (ses éditeurs n’ont pas vraiment apprécié...).

Digital Underground a fait rire la planète entière, du moins celle des B-Boys. Réussiront-ils à faire de même dans le futur ? Le concept est si solide et si défini qu’il leur faudra être encore plus forts. Faisons-leur confiance.

  • MC HAMMER

Stan Kirk Burrell est né il y a vingt-sept ans dans une famille nombreuse (huit frères et sœurs) à East Oakland, Californie. A 10 ans, il imite les pas de danse de James Brown sur le parking du Oakland Coliseum ! Une aptitude précoce qui fera de lui un des meilleurs danseurs de la fin des 80’s/début 90’s (il se produit sur scène entouré d’une trentaine de danseurs et a inventé le Chinese Typewriter Step que l’on voit dans sa vidéo de U Can’t Touch This). Une réputation qui a aussi son revers : les B-Boys puristes voient plus en lui un danseur qu’un rapper. Il est vrai que son Rap est aseptisé : voix très en avant, boîte claire et « délicate », basse légère (mais profonde).
Après un premier Lp sorti en 89, MC Hammer (MC Marteau...) vient de décrocher le gros lot, Please Don’t Hurt ’Em (Capitol) est à ce jour l’album Rap le mieux vendu aux U.S.A. : cinq millions d’exemplaires pour un investissement minime de dix mille dollars. Pour rester dans le business, MC Hammer a monté Bustin’ Prod avec quinze artistes dont B Angie B, Too Big MC, 2nd Emotion et un studio de danse, un autre d’enregistrement, des locaux de répétitions et une boutique de fringues ! Mais il n’hésite pas à produire et écrire pour d’autres comme les Oaktowns 357 avec Juicy Gotcha Krazy. Rolling Stone U.S.A. l’a même placé en couverture en titrant : « It’s Hammer Time ».
Les titres dansants (U Can’t Touch This, Yo ! Sweetness, Here Comes The Hammer, Dancin’ Machine, Let’s Go Deeper) se mêlent aux slows (Help The Children, Have You Seen Her). A ces morceaux, il faut inclure Black Is Black ou Crime Story qui offrent un intéressant décalage entre l’image gentillette et candide de MC Hammer et une autre plus concernée. Décrivant son Lp, MC Hammer n’écrivait-il pas« qui aura mal ? [référence au nom du Lp : »SVP, Hammer, Ne Leur Fais Pas Mal« ] Les Noirs qui continuent à renforcer le stéréotype de l’homme noir. Je contrerai votre violence par la paix. Votre ignorance par l’intelligence. Votre haine par l’amour. Vous prendrez et je donnerai. Je suis fier d’être membre d’une race qui a survécu à l’esclavage physique, intellectuel et économique. A l’institutionnalisation, à la ségrégation, à l’intégration. L’amour est l’ordonnateur de la paix. Cet album est dédié à tous les hommes qui luttent pour la vie, l’amour, la paix et l’égalité » (177). Que ceux qui voient là une quelconque recherche de crédibilité, se disent bien que MC Hammer n’en a plus besoin depuis longtemps. Le message est sincère.

  • ICE-T
  • 6 heures du mat’

Si la scène californienne est ce qu’elle est, Ice-T a sa grande part de responsabilité dedans. Sa prépondérance est telle qu’il fait figure de guide suprême. La violence textuelle, l’imagerie gangster ou le son Hardcore sortent tout droit des plans de cet architecte du Hip Hop. « Quand j’ai eu treize ans, mes parents disparurent et je fus envoyé vivre chez ma tante à Los Angeles. Elle vivait dans un endroit charmant à cette époque. J’étais hostile à ce départ parce que je quittais tous mes amis. Je ne pensais y rester qu’un été et puis tous mes vêtements furent envoyés là-bas et c’était fait (...) Je ne connaissais pas encore les gangs parce que j’allais dans une Junior High School en bus, dans un endroit fréquenté par les blancs. Mais plus tard, à l’époque de ma High School, je vivais en plein South Central, là où sont tous les gangs. L’école entière était occupée par des gangs » (140). Ice-T (Ice = froid, glacé ; par extension, dur) : « je sais, ça a l’air bidon, mais c’est quand même comme ça que tu finis par ne plus pleurer » (141) aurait appartenu au Crenshaw High dans South Central (sous-groupe des Bloods, rivaux des Crips, avec qui ils « partagent » les zones sombres de L.A.). Il a avoué à plusieurs reprises avoir vécu de vols divers (cartes de crédit, cambriolages...) mais jure ne jamais avoir vendu de drogue ni tiré. Durant un des ces braquages il fut blessé à la jambe, puis lors d’une fusillade : « une fille a été touchée à la gorge et est morte. J’ai été touché à la poitrine, la balle est passée sous le bras et s’est bloquée dans mon dos [la balle y serait toujours logée, NDA]. Je ne pouvais même pas aller à l’hopital parce que j’étais tout le temps dans la merde. Il y avait des mandats d’arrêt contre moi, alors, je me suis assis toute la nuit en attendant de mourir » (142).
« Les gangs, c’était juste pour aller à des parties et se battre pour épater les filles. C’était un truc à la con. Pas tant que ça, en fait, puisqu’il n’y avait rien d’autre à faire. Aussi, je me suis tourné vers d’autres potes qui étaient considérés comme de sacrés arnaqueurs. On se faisait dans les cent dollars par jour. Je dépensais tout. Je n’accumulais rien, ce qui m’a permis de quitter tout ça et d’aller grossir les rangs de l’armée. J’ai alors réalisé à quel point tu es un pion dans l’armée et à quel point le gouvernement se fout de toi. Ça m’a appris à haïr l’Establishment. Quand je suis revenu, mes potes roulaient en Mercedes et en Corvette. J’ai cru que j’allais faire ça le reste de ma vie parce que nous nous faisions un paquet d’argent. Au même moment, j’ai eu cet équipement de DJ et j’ai appris à rapper en écoutant Dolonite, Rudy Ray Moore et Red Fox. Un soir, nous étions dans un club et j’étais au micro. Le film Breakdance était en train de se monter et le producteur était dans le club. Il m’a désigné et m’a dit : »je te veux comme mon rapper, voici mon DJ et voici mes danseurs« . Je me suis dit : »Je ne veux pas être dans un film, mec« . Je me faisais suffisamment de thunes, j’avais déjà une Porsche. Mes potes m’ont dit : »Yo, Ice, tente ta chance, tu seras payé comme Eddie Murphy« . Ma chance ? je pensais que je la tenais déjà ! C’est ainsi que je me suis rendu compte que ce que nous faisions pouvait ne pas durer » (140). Breakdance marque les débuts d’un long parallèle entre Ice-T et le grand écran. Il signera ou interprètera par la suite les thèmes principaux de Colors (88), Dick Tracy (90) et Return Of Superfly (90).
Mais en 1984 (époque Breakdance), Ice-T n’en est pas encore là. Il participe à une foultitude d’enregistrements locaux jusqu’en 86, date à laquelle il met en boîte Ya Don’t Quit au profit de Macola/Techno-Kut. Son mélange Heavy Metal/Rap fait des étincelles. L’agressivité des rues est toute contenue dans sa voix. Macola lui propose de poursuivre sans perdre de temps avec 6 In The Morning, témoignage sur l’infernale condition des gangsters : « 6 heures du matin, la police est à ma porte/Mes Adidas neuves crissent sur le sol de la salle de bain/Par la fenêtre de derrière, je m’échappe ».

  • Le $yndicat

Sire Rds, rattaché à Warner, s’intéresse alors de près à Ice. Deux singles, deux cartons. Ce type-là est un rapper réellement bavard. Il a des choses à dire. Des choses personnelles et qui touchent des milliers de gens. Suspicieux (par nature ou par la force des choses ?), Ice-T demande à Sire toutes les garanties de pouvoir faire ce qu’il désire et comme il l’entend. Le business, il connaît et voici le pessimiste mais réaliste tableau qu’il en dresse : « [Dans l’industrie du disque], personne n’a le temps, tout le monde s’en fout. Tout le business du disque est un grand maquereau. Et ils te font travailler jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que tu en crèves. Si je montre le business du disque à la rue, ça emmerdera les gens. La première chose que fait un mac quand il rencontre une prostituée, c’est de lui donner de l’argent : »va t’acheter un manteau en lapin et un maillot de bain. Arrange-toi, coiffe-toi« Dans le business du disque, c’est ton budget ! Ils te disent : »voilà ton budget, Ice, je t’aime bien. Maintenant, voyons un peu, tu peux t’arranger un petit peu ? O.K., maintenant, bosse« . Quand tu es sur scène, la maison de disques te dit : »vas-y bébé, vas-y, fais moi bouger ça, gagne moi cet argent« . Et quand tu ne peux plus faire de l’argent, ils cherchent une autre fille. Et les gens sont assez cons pour croire qu’une maison de disques les aime. »J’ai un contrat« . Tu as juste trouvé un maquereau pour te sponsoriser. Et plus tôt les gens se rendront compte de ça, plus tôt ils seront capables de s’en sortir dans le business » (14). La différence entre les indés et les majors selon lui est la taille du poisson (requin, maquereau, etc.). Rien de plus. Aussi, Ice-T préfère-t-il suivre l’adage Help Yourself et crée sa propre maison de production (Rhyme $yndicate) avec son ami Jorge Minosoja (producteur, manager, et défenseur du Rap sur les radios : Rhyme $yndicate s’investit souvent d’un rôle anti censure et anti drogue). « Rhyme $yndicate sont tous mes amis avec lesquels je rappais avant d’avoir un contrat. Alors, quand nous avons rencontré les maisons de disques, nous leur avons dit que nous pouvions leur donner dix groupes pour le prix d’un » (140).
La première production de Rhyme $yndicate est une compilation/carte de visite présentant Low Profile, Spinmasters, TDF, Bango With Mixmaster Quick, Toddy Dee, Nat The Cat, Donald D & Bronx Style Bob. Bientôt Divine Styler, Everlast et Hijack (des Anglais) deviendront à leur tour des $yndiqués de la Rime, sans oublier l’omniprésent Afrika Islam, l’ex-Soul Sonic Force et co-fondateur de la Zulu Nation, qui supervise le tout - ou presque - aux manettes.

  • Rhyme Pays

Le premier Lp du Thé-Glacé sort en 1987 : Rhyme Pays est son nom (astucieux détournement du « Crime ne Paye pas » en la « Rime paye »). Adoptant la même technique que B.D.P au même moment à New York, Ice-T entre dans le jeu des gangsters (fille, argent, grosse voiture, etc.) afin de les séduire pour mieux retourner contre eux leurs propres clichés. Par exemple, dans le « T » de Ice-T est dessiné un Uzi ; le logo du Rhyme $yndicate montre deux types dans un rond : l’un tient une mitraillette, l’autre un ghetto blaster. On est pas loin de la célèbre formule « cette machine tue les fascistes » que Woodie Guthrie (folk-singer des 50’s) avait apposée sur sa guitare.
La galette, qui remonte maintenant à plus de trois ans, a pris un coup de vieux. De la patine, plutôt. Car ses dix titres posent véritablement les jalons de toute une scène, celle qui éclatera à l’échelle planétaire avec N.W.A. Parmi les meilleurs passages se détachent 409 où toutes les injures/gros mots sont « censurés » par des sifflets rapides : « suck my ouiiiiinnn/Go On Homeboy And Grab Her ouiiiiinnn ». Les temps ont changé. En fait le morceau est assez délirant (mille bruitages, chœurs, boîtes diverses et variées) ; Sex (sur les prouesses sexuelles d’Ice-T) ou Squeeze The Trigger (« Actionne la détente » : le Rap moins violent que la télé).

  • Colors

C’est en 88 qu’Ice-T va frapper fort avec son second Lp , Power. Le son s’est nettement étoffé, la voix a fait des progrès (palette de phrasés élargie). La pochette - gaufrée - présente Ice-T, Afrika Islam et Darlene armée en tenue de bain (« MY girl on the cover », précise clairement Ice-T sur la pochette intérieure. Il l’a épousée en 85). Ailleurs, il exhorte les gangs à poser les armes : « Peace to all L.A. Gangs. Nous POUVONS vivre tous ensemble. La mort n’est pas une réponse. Please, Chill ! ». Via le film Colors et la première victime blanche d’un quartier riche de L.A., les gangs sont sous les feux (!) de l’actualité. L’ampleur devient dramatique. Ice-T en est conscient (cf. son chef d’œuvre, Colors, où il rappe « gangs never die, just multiply ») et sait aussi qu’il peut modestement - grâce à son statut - contrer cette violence.
Dans Drama, Ice restitue merveilleusement l’atmosphère lourde et agressive de certains quartiers de L.A. : un drame se déroule. Ice-T vous en parle. L’histoire d’un gangsta qui se fait arrêter. La virée, la dénonciation, l’arrestation, la prison, puis la mort dans cette même taule... Power est rempli de petits instantanés sur la vie des gangsters. Ice n’y tient jamais un discours moralisateur. Il décrit les gangs sans les glorifier ni les désavouer explicitement, il pousse la logique de l’escalade jusqu’à son terme. Il met son auditeur devant ses responsabilités, qui conclue par lui même ; un sens de la nuance qui va d’ailleurs lui poser de gros problèmes dans un autre domaine : il a reçu des menaces de mort de la part de suprématistes blancs comme de séparatistes noirs à cause de son absence de « discours racial radical ». D’autres titres font allusion à la Gangster Way Of Life comme l’extraordinaire Personal où deux riffs de guitares samplés s’entrecroisent tandis qu’Ice-T parle de lui en des termes très convainquants : « vous voulez entendre parler de moi ? Examinez les fichiers de la police ! » ; l’anti drogue I’m Your Pusher avec des samples de Pusher Man de Curtis Mayfield ; ou High Rollers (tout le génie d’Ice-T est résumé dans ces deux rimes : « When I say High Rollers, I mean the best/Forget the half-steppers, eject the rest »). Radio Suckers (et ses samples de Public Enemy) est la première chanson à mettre les pieds dans le plat contre les DJ’s qui évitent soigneusement de diffuser du Rap sur leurs ondes...

  • The Iceberg/Freedom Of Speech

    Disque après disque, Ice-T paufine son style sans perdre une goutte de sa verve. Son troisième Lp a un double titre : The Iceberg/Freedom Of Speech. Iceberg pour Iceberg Slim (un écrivain maquereau remercié sur la pochette) et « Liberté d’Expression » parce qu’Ice-T en est un des défenseurs les plus fervents (cf. « Rap & Censure » et ses prises de position en faveur de Public Enemy et 2 Live Crew). Une dimension anti-censure que la presse a malheureusement le défaut de mettre trop en retrait. Le disque en fait pourtant souvent l’évocation comme dans Black & Decker, Freedom Of Speech, This One For Me. Ice-T fait même preuve d’un grand esprit d’ouverture sur ce sujet avec Shut Up, Be Happy : « j’étais en Australie et j’ai entendu le disque de Jello Biafra No More Cocoons ; et je me suis dit que la loi Marshall me concernait grandement : »Yo man, c’est comme ça que deviendra le monde si les gens ne s’unissent pas, ils permettent que des choses dingues se passent« . Alors nous avons appellé Jello Biafra et c’était tellement intéressant de voir quelqu’un des Dead Kennedys dire des choses si pertinentes par rapport à ce que je fais et je fais du rap ! Le morceau de Black Sabbath vient de leur premier disque, c’est un groupe incompris : »Ah oui, ce sont des adorateurs du diable« . J’ai écouté leur musique toute ma vie et je n’ai jamais eu envie d’écorcher un poulet. J’ai trouvé ça important parce que, à voir les gens, on pourrait penser que nous ne sommes pas tous dans le même bateau et pourtant si : un censeur me tombera dessus un beau jour, et sur toi aussi » (14).
    Avec l’adjonction d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur sur certains titres, voici comment Ice-T aborde la conception du Lp : « les gens m’écrivaient et je leur répondais par le Rap. Power s’est mieux vendu que Rhyme Pays [750000 copies contre 400000, NDA], alors je me suis dit qu’au lieu de devenir plus Pop, je pouvais même être plus hardcore et parler davantage des sujets qui me tiennent à cœur » (14). Il a raison : The Iceberg surclasse ses prédécesseurs et les ventes continuent à grimper (un million de copies). Traoté à tort et à travers de phallocrate (cf. « Rap & Sexisme »), Ice-T donne à ses détracteurs les moyens de mieux le dénoncer avec This Girl Tried To Kill Me (provoc, provoc...). Se voyant obligé de répondre à certains de ses ex-fans qui le jugent dépassé par la nouvelle scène Gangster Hip Hop, Ice-T avertit en intro « This is album three/We’re still in effect ». Et puis, bien sûr, il y a les éternelles anecdotes sur les gangsters comme dans Peel Their Caps Back (« Epluchez-leur la tête ») : « c’est ce qu’ils disent en prison. Une façon vicieuse de dire : »je vais te tuer« , en te frappant au front et en te déchirant le cuir chevelu en arrière. Ils peuvent faire ça avec une balle. C’est hyper violent » (14) ; Lethal Weapon : « peu importent la violence de mes propos ou les revolvers de la pochette, l’arme mortelle, c’est l’esprit (...) La chose la plus dangereuse ce n’est pas ce que tu vois mais bien ce que tu penses : un revolver n’a pas la moitié de la puissance d’une personne à l’attitude dangereuse. Hitler n’a jamais tiré un coup de feu mais c’était l’une des personnes les plus dangereuses dans le monde (...) Ce que je dis aux kids, c’est : »vous vous croyez durs, mais si vous voulez avoir une arme vraiment puissante, allez à l’école et gagnez en intelligence« (14) ; The Haunted Child  :  »je me prends pour un kid qui sort et qui tire. Je mets donc les jeunes dans ma situation et je dis : « Yo ! Qu’est-ce que tu ferais maintenant ? ». Ça peut sembler marrant de sortir et de traîner avec des mecs, mais une fois que tu as fait ça, il n’y a plus d’amis autour de toi, tu te retrouves seul et tu es salement dans la merde«  (14) ou You Played Yourself :  »c’est une chanson sur les gens qui se foutent eux-mêmes dans la merde et qui finissent toujours par se plaindre. Les premiers sont les rappers qui crient à tout le monde qu’ils sont vraiment très forts, ils ont lâché l’école et ils sont remplis de merde, incapables de tenir une conversation. (...) Ensuite, je parle des mecs qui sortent avec des femmes et qui dépensent tout leur fric, et quand les filles les plaquent, ils disent que ce sont des salopes. Mais personne ne les a obligés à dépenser leur argent pour la fille. Et le type qui dépense tout son fric pour le crack laisse tomber ses amis et il finit sur le chemin de la mort. C’est lui qui s’est mis dans cette situation«  (14). Mais Ice-T n’oublie pas que le Rap est aussi une musique de danse (Hit The Deck), de parties avec What Ya Wanna Do ? :  »c’est un morceau de fête, une façon pour moi d’avoir tous ces disques d’or. J’ai dit : « O.K., enculés » et on a juste pris un titre cool de MC & The Sunshine Band et on a fait ce qu’on avait envie dessus. C’est un titre fun, et c’est l’occasion d’entendre le reste du Rhyme $yndicate rapper«  (14) et de déconnade : Iceberg avec  »quand tu commences à rapper dans la rue, c’est le genre de Rap que tu fais parce que tu ne peux pas rester au coin de la rue et chanter des trucs très politisés aux homeboys ; ils ne veulent pas en entendre parler, ils veulent écouter des trucs dégueulasses. Ce n’est qu’un disque de fun, mais c’est vraiment pour te montrer l’origine, comment j’ai commencé à rapper ; c’est par ces Raps là que je suis devenu connu. Je tiens ces paroles de Dolomite, et de mon enfance quand j’écoutais Ray Moore et leurs histoires de cinglés" (14).

En 1990, Ice-T s’est concentré - on l’a vu - sur le cinéma. D’abord, il a interprèté le thème de Dick Tracy (curieux et heureux mélange de Rap léger - on n’est pas loin du chant - et de musique Jazzy des années 30 modernisée. Un second mix, Dick Tracy 90’s Mix, est aussi disponible). Peu après, Ice-T réalise un de ses rêves : partager le micro avec Curtis Mayfield pour la B.O. de Return Of Superfly. Toujours dans le cinéma, Ice-T redevient acteur dans New Jack City de Mario Van Peebles (avec une apparition de Flavor Flav) dont la musique est signée par Wally Baradou, Georges Jackson et Quincy Jones (qu’Ice-T connait bien puisqu’il a participé à son Back On The Block)...

  • 7A3

Bretty B et ses deux acolytes (7A3 signifie 7 comme les étoiles ; A pour Allah et 3 parce qu’ils sont trois) sont responsables d’un fantastique Lp en 88 : Coolin’ In Cali (sur Geffen, le même label que, au hasard, Gun & Roses...). La splendeur de ce disque est très vraisemblablement due à l’imposante brochette de producteurs (Joe « The Butcher » Nicolo, Hank & Keith Shocklee & Eric Sadler et deux titres par Daddy-O), d’invités (Cash Money, Jazzy Jay et Scholly D) et de musiciens (basse, guitare, batteur, orgue, saxo, timbales). Les grands titres sont Coolin’ In Cali (bruyant, dissonant et franchement violent), A Man’s Gotta Do What A Man’s Gotta Do (superbe saxophone qui se promène tout du long), Freestyle 88 (qui aurait pu s’appeler Bass-style tellement il y en a), Hit ’Em Again et 1/2 Bouldin’ (parce que c’est Daddy-O qui en signe la production), Drums Of Steel (Reggae-isant). Bien que les ventes de Coolin’ In Cali aient atteint des sommets et que 7A3 aient enregistré Mad Mad World pour le film Colors la même année, on est depuis sans nouvelles d’eux (hormis le single Let The Bells Ring à l’hiver 90). Coolin’ In Cali, sans doute.

  • TONE LOC

Antony Terrel Smith vient de L.A. Né dans une famille aisée, il a viré - selon ses dires - petit délinquant quand il était teenager. « J’ai commencé à rapper il y a neuf ans quand un de mes amis est revenu du New Jersey. Il rappait et je n’avais jamais entendu ça auparavant. J’ai trouvé ça excitant (...) Mon cousin connaissait Michael Ross. Il m’a appelé en 87 pour m’annoncer qu’il lançait un label. A l’époque, ça s’appellait Fast Break Rds et j’ai changé le nom en Delicious Vinyl. Et on a enregistré I Got It Goin’ On sur un quatre-pistes » (144). Entre temps, il a aussi transformé son nom en Tone Löc (Löc étant la contraction de loco, « fou » en espagnol).

Son premier single sort en 87, suivi du méga tube On Fire. Les deux simples font la fortune et de Tone Loc et de Delicious Vinyl. Voix suave, arrangements parfaits, boîte directe, guitare. Dès ses premiers disques, Tone Löc forge son style. Dans Cheeba, Cheeba, le disque suivant, Tone souffle, murmure, susurre son rapping. Mi-frimeur, mi-ridicule, il prolonge le Rap Crooner inventé quelques temps plus tôt par le New-Yorkais LL Cool J. Tant que vous y croyez, vous craquez. Et il va jusqu’au bout si l’on en juge les comptes-rendus écrits du Club MTV Tour 89 avec Paula Abdul, Was Not Was, Milli Vanilli. Etant le seul rapper, il se démarque devant un public très teenager blanc féminin en exhibant son machin... Il devient un sex-symbol !

  • Je l’ai conduite à l’hôtel

Mais c’est en 88 que Young MC, autre poulain de l’écurie Delicious Vinyl, lui apporte sur un plateau le fantastique Wild Thing qui fait le tour du monde, dépassant partout les ventes Rap. L’électrique guitare, les lourdes respirations, les roulement de batterie, la voix lascive de Tone Löc, tout cela accentue l’« érotisme » des paroles (machistes) : « Je l’ai conduite à l’hôtel/Elle a dit : »tu es le roi« /Alors, sois ma reine/Si tu vois ce que je veux dire/Et faisons le wild thing ». Rien n’est explicitement formulé. Aussi les radios et télés peuvent-elles matraquer la torride chanson (et non moins brûlante vidéo) qui, deux ans après, continue à se balader de compilation en compilation.
Avec Loc’ed After Dark (88), Tone va encore plus loin dans l’intimité. Sa voix se fait de plus en plus rocailleuse, de plus en plus proche. Il vous chuchote littéralement à l’oreille. En 1989, Delicious Vinyl rassemble tous ces singles en y ajoutant de nouvelles compos pour l’album Loc’ed After Dark (les Dust Bros sont venus tourner les potentiomètres) comme Funky Cold Medina (écrit par Young MC, Wild Thing Bis eût été plus juste), Next Episode (samples Soul), Löc On The Shaw (instrumental) ou The Homies (un des titres les plus drôles du Lp, enregistré live in studio). A noter à côté des remerciements habituels, les noms de Tracy Lords (star majeure - quoique mineure - du porno U.S.) et de Guns & Roses, groupe Rock aux propos ouvertement racistes, cf. cette interview du chanteur Axl Rose donnée à Rolling Stones : « hey, vous autres, sales flics et négros - ouais, vous ! - soyez pas sur mon chemin. J’ai pas besoin d’acheter une de vos chaînes en or aujourd’hui... les immigrés et les pédés, à quoi est-ce qu’ils sont bons ? Juste à venir dans notre pays, en s’imaginant qu’ils vont pouvoir faire comme ça leur plaît, fonder un mini-Iran ou répandre des putains de maladie » (188). Contrairement à « l’affaire Prof Griff », par exemple, personne n’exige son renvoi...
Aujourd’hui, Tone Löc se délecte de tout ce qui lui est arrivé dans sa somptueuse demeure de Bel-Air (quartier huppé de Los Angeles) tout en se rendant une fois par semaine dans les écoles pour mettre en garde ses fans contre les gangs (d’où sa présence dans We’re All In The Same Gang). On le verra aussi à l’écran dans Ford Fairlane...

  • YOUNG MC

Marving Young. Avec un pareil nom, on est prédestiné à la musique. D’ailleurs, les poses de Young MC (son nom de scène) rappellent nettement celles de Marvin Gaye. Né à Londres, élevé dans le Queens, Young MC a étudié à l’University Of Southern California où il obtint une licence d’économie (option informatique). Grandmasterflash, Melle Mel, les Treacherous 3 et Fearless 4 vont être la révélation pour lui au début des 80’s. Entre deux cours, il attrape le micro et s’improvise rapper. « Mike Ross de Delicious Vinyl m’a téléphoné en décembre 87 et j’ai rappé quelques mesures devant le combiné : cela s’est arrêté là ! Ross m’a tout de suite proposé le contrat » (145). Il le signe et enregistre début 88 l’alerte I Let’Em Know (mise en son par Dike & Ross) qui connait un bon succès sur la Côte Ouest. Il met alors ses talents d’auteur au service de l’artiste phare de Delicious Vinyl : Tone Löc (Wild Thing, Funky Cold Medina). Tubes mondiaux, confiance renforcée. Young MC sait désormais de quoi il est capable.

  • West Faster Rapper

Bust A Move est le troisième chef-d’œuvre qui jaillit de sa tête. Cette fois-ci, il le conserve et l’interprète lui-même. Bingo pour la troisième fois. Il détrône Madonna pour la pub Pepsi et se précipite pour enregistrer son premier Lp : Stone Cold Rhymin’. On y retrouve ses premiers titres (Pick Up The Pace utilise la même ligne de basse que Bust A Move) et un paquet de petites perles joliment taillées. Les Dust Bros et Quincy Jones Jr produisent chacun un titre, le duo Dike/Ross se chargeant du reste. La voix féminine de Crystal Black illumine par-ci par-là le disque. Know Know (reprise de la B.O. Shaft) ou, mieux, Fastest Rhyme (un exploit de 53 secondes rimées ultra rapidement, sans musique, avec seulement huit respirations ! A croire que c’est la Sécurité sociale qui le lui a demandé dans le cadre de sa politique anti-tabac !) démontrent par A+B que Young MC n’usurpe personne quand il se proclame le « plus rapide Rapper de l’Ouest » (Ha ! Ha ! Ça veut dire ça « West Faster Rapper »...). Mais il sait aussi émouvoir (Non Stop, superbe harmonica pleureur) ou faire rire (Principal’s Office, les mésaventures d’un élève).

Malheureusement, les dernières nouvelles qu’on a eues de lui n’ont pas grand chose à voir avec la musique. Voici ce que Young MC déclarait à propos de son Lp : « les producteurs ne voulaient rien de trop dur sur l’album. Des paroles ont été modifiées et des pistes supprimées car ils voulaient être sûrs que le disque puisse atteindre un large public. Mon prochain Lp ne sera pas comme ça. Soit je le contrôle entièrement, soit je prends un autre chemin et je deviens l’avocat dont ma mère a toujours rêvé » (146). Quelques semaines plus tard, on apprendra que Young MC a gagné en appel son procès qu’il avait intenté à Delicious Vinyl : Dike et Ross avaient « oublié » de lui verser l’intégralité de ses royalties sur Wild Thing et Funky Cold Medina...

Pourtant, Young MC ne s’est pas fait prier pour continuer à travailler avec d’autres musiciens en écrivant Under Arrest et Living A Lie (qu’il interprète) en vue du Lp Silent Assassin de Sly & Robbie : le Reggae est un peu sa seconde musique de prédéliction. Young a répété être influencé par Yellowman, Peter Maestro, Sister Carroll. Et il s’en est donné à cœur joie pour écrire des paroles plus engagées socialement. D’ailleurs, sans en faire son credo, Young MC est farouchement opposé à la drogue et sur sa pochette figure le logo de Stop The Violence (fait assez rare sur la Côte Ouest). Espérons que les démêlés avec Delicious Vinyl s’apaiseront dès que possible car Young MC a apporté tellement de légèreté et d’exaltation au Rap (sans tomber totalement dans la soupe commerciale) qu’il mérite aisément sa place dans le Hip Hop Hall Of Fame.

  • NIGGERS WITH ATTITUDE (N.W.A.)
  • L.A. Is The Place

Contrairement à Tone Löc et à Young MC, N.W.A. ont mis plus de temps à palper le succès. Leur passé est, semble-t-il, moins glorieux que les deux précités. MC Ren (Lorenzo Patterson) aurait été touché à la jambe à l’époque où les Crips étaient sa seule famille. Eazy-E (Eric Wright) se vante d’avoir braqué des voitures, dévalisé des maisons, dealé, etc., jusqu’à ce que son cousin se fasse assassiner. Il ira jusqu’à prétendre que son label fut monté avec l’argent du crack, ce qu’il démentira quand le F.B.I. annoncera que toute entreprise créée avec l’argent de la drogue serait saisie... Dr DRE (Andre Young) donnera même des leçons de braquage : « il faut simplement surveiller ses arrières. Ils ont ce truc qui s’appelle le »jacking« , tu vois. Tu t’arrêtes à un feu rouge, quelqu’un te colle un flingue sur la tempe et te dit de sortir de ta bagnole. C’est arrivé à ma Mercedes. Je n’étais pas à l’intérieur, c’est Michel’le qui la conduisait et quelques mecs lui ont collé un pétard sur la tempe et lui ont demandé de s’éjecter » (148). Ice Cube, comme tous les autres, prétend venir de South Central : « un Viêt-Nam concret, c’est comme ça qu’on définit Los Angeles. Une fois, quelqu’un a tiré sur ma maison. Les balles ont brisé une fenêtre, pénétré à l’intérieur et on a tiré au moins douze fois. Ouais, j’étais à l’intérieur, avec mon père. Une merde pareille, c’est de la folie » (147) mais a avoué, après avoir quitté N.W.A., n’avoir jamais fait partie d’un gang (brillantes études supérieures de commerce et d’architecture). En juillet 90, excédé par toutes les questions sur leur passé, Dr DRE lâche : « nous n’avons jamais été impliqués dans les gangs » (149).

En fait, la création même du groupe reste un mystère. Elle diffère suivant que l’on écoute Eazy-E ou Ice Cube. Pour Eazy-E, c’est lui qui est à la base du groupe. Il sort en avril 86 son premier maxi Boyz-N-The Hood avec, déjà, Dr DRE de l’autre côté de la vitre. Ensuite, Eazy-E enregistrera pas mal avec Ron-De-Vu (L.A. Is The Place, Fat Girl, disponibles sur la compilation N.W.A. & The Posse qui rassemble la plupart des premiers titres de N.W.A.). En septembre 87, N.W.A. sont officiellement nés, selon lui, avec la sortie du maxi Dope Man.
Pour Ice Cube, la formation du groupe remonte à 86 et est décidée par lui et Dr DRE. Ice pense tout de suite qu’il faut un titre fort. Ce sera Fuck The Police. Il connaît Dr DRE via le cousin de celui-ci. Il commence à écrire pour le groupe de Dr DRE, World Class Wreckin’ Cru (Cabbage Patch, 87) et de son côté couche sur bande My Posse et Ill-Legal (cf. compilations Prime Kuts) aux textes crus et à la musique violente (Dr DRE rappe sur le second). Voulant se sortir d’un mauvais pas, Eazy-E intervient ensuite. Dr DRE lui propose de faire un disque mais Eazy-E lui répond qu’il préférerait être manager (il l’était déjà). Ice Cube avait alors déjà écrit Boyz-N-The-Hood et la propose à Eazy-E. Le groupe dont ce dernier s’occupait voulait la jouer mais Dr DRE insiste pour que ce soit Eazy-E qui la rappe (bien qu’il n’ait jamais fait ça auparavant). Le résultat est des plus satisfaisants. Attiré par le business, Eazy-E monte son label. Dr DRE ne se faisant pas payer par son groupe - pas plus qu’Ice Cube avec le sien - les trois décident donc de se réunir sous le nom de N.W.A. DJ Yella (Antoine Carraby) et MC Ren complètent l’ensemble. Niggers With Attitude sont constitués et les premières répètes se déroulent...

  • Dope Man

Qui a raison ? Peu importe, Dr DRE, Eazy-E, Ice Cube, DJ Yella et MC Ren sortent ensemble pour la première fois un disque sous le provocateur nom de N.W.A. Certains journalistes, tel Laurent Chalumeau, sont allés jusqu’à démontrer que jamais le groupe ne pourra faire plus fort que son nom : c’est dire l’impact des dix-neuf caractères... Bien que Niggers With Attitude n’ait jamais été écrit en toutes lettres sur les pochettes du groupe... Leur patronyme vient d’être détourné par Hoe’s With Attitude : Pute Avec Attitude. Le disque en question est : Dope Man. Il parle d’une salope (je ne fais que traduire bitch), amie d’un dealer : « si tu veux grimper, il va falloir te salir les genoux ». Ice Cube développe : « avec Boyz-N-The-Hood, on voulait essayer de lancer un nouveau style : parler de la réalité. Beaucoup de gens faisaient semblant, nous on voulait simplement arriver avec quelque chose de réel. Avec Dope Man, c’était le genre de truc que personne n’avait jamais entendu sur un disque » (150). Le son est assez éloigné de celui que le groupe possèdera quelques temps plus tard (pour s’en convaincre, il suffit d’écouter la version maxi et celle - remixée - du Lp). 8 Ball (samples de Public Enemy et de Run DMC) et Panic Zone (qui, avec ses voix robotisées, a mal vieilli) figurent également sur ce maxi.
En 1988, Gangsta Gangsta devient l’hymne des gangsters de L.A. (et d’ailleurs, et des non-gangsters !). N.W.A. connaissent un succès croissant. Tandis que leur musique s’affine (jolie complémentarité vocale entre l’étrangement aigu Eazy-E et le mystérieusement grave Ice Cube), les textes canardent de plus en plus. Mais ils ne veulent être comparés ni à Ice-T qu’ils jugent « totalement out » ni à Public Enemy : « quand nous avons commencé, Public Enemy n’existait pas encore. Nous ne nous sommes donc pas inspirés d’eux » (150).

  • Straight Outta Compton

En février 89, la bombe est lâchée : Straight Outta Compton (Compton étant LE quartier chaud de L.A.). Sur le recto de la pochette, N.W.A. se tiennent debout dans la rue. Le photographe les prend en contre-plongée et c’est vous-même qui êtes menacé par le revolver que tient l’un d’eux. Finie la rigolade. Le disque propose donc Dope Man (samples provenant de Dance To The Drummer Beat de Herman Kelly & Life, comme l’avait fait Run DMC dans I’m Not Goin’ Out Like That) et Gangsta Gangsta. Tout l’album tourne autour des gangsters (pas si autour que ça d’ailleurs...) comme dans les chefs-d’œuvre Straight Outta Compton ou Fuck Tha Police  : « c’est le Wild West ici. La police est là pour nous protéger, mais qui nous protège contre elle ? » demande Ice Cube (150). D’après Steven Wells du New Musical Express, l’album comprend plus de deux cents fuck et motherfuck... Le son a pris une sacrée ampleur, avec l’adjonction de bruitages (klaxons, sirènes, coups de feu, etc) et d’un feeling Soul (If It Ain’t Ruff, Express Yourself, I Ain’t Tha 1, Parental Discretion Iz Advised).
Malgré la censure de MTV (non diffusion du clip Straight Outta Compton) et le peu de programmation radio, l’album devient disque d’or en six semaines et dépassera au total les deux millions de ventes aux U.S.A. dans les mêmes conditions. Des pétitions ont été envoyées à des boutiques pour qu’elles retirent l’album de leurs bacs. Priority Rds en édite des versions « allégées » des jurons et de Fuck Tha Police. Idem pour l’album solo de Eazy-E (cf. plus loin) avec 200 000 copies « corrigées » vendues. Le groupe ne pourra se produire en concert dans certains Etats qu’à la condition expresse qu’ils n’exécutent pas Fuck Tha Police. Malgré leurs réticences envers tous ces compromis, N.W.A. ont quand même succombé aux pressions en évitant de jouer Fuck Tha Police (et parfois même Gangsta Gangsta...). Ce qui incita la vague suivante de rappers - directement inspirée par eux - à stipuler que « N.W.A. ne sont pas si durs que ça... ». L’escalade, l’escalade...

  • Fuck Tha Police

Les choses vont se corser quand le F.B.I. voudra faire pression sur N.W.A. à cause des paroles de leur fulgurant cri de guerre : Fuck Tha Police. Quand Jerry Heller, manager du groupe (et qui n’en est plus à son coup d’essai : il fut le tourneur durant les 70’s d’Elton John, Pink Floyd, etc.) rend publique en octobre 89 la lettre du F.B.I. accusant N.W.A. d’inciter à la violence anti police, c’est le tollé général. Le Village Voice titre peu après : « Le F.B.I. hait ce groupe » en lettre rouge surimprimées sur la photo du groupe. L’article cite l’American Civil Liberties Union et des membres du Congrès dénonçant les pratiques du F.B.I., contraires au Premier Amendement de la Constitution américaine. Du coup, c’est un formidable atout publicitaire pour N.W.A. « Ça n’a pas été un problème, confesse Dr DRE, ça nous a fait vendre plus de disques, voilà tout » (189).« Ma première pensée, se souvient Ice Cube,c’était de faire un remix de Fuck The Police » (151). Eazy-E préfère défier le F.B.I. : « s’ils veulent écrire un Rap qui s’intitulerait Fuck N.W.A., je le sortirai » (152). Ce à quoi le F.B.I. répond niet et suggère à Eazy-E de reverser une partie des bénéfices du groupe au profit de la lutte anti drogue. Un dialogue de sourds en somme. Mais comme le soulignent bien des journalistes, cette censure a un insupportable relent raciste :« quand Bruce Springsteen fait »ploinc, ploinc/Si j’aurais su, j’aurais pas venu/C’est pas d’la tarte d’être au chomedu/ouin-ouin-ouin« , que je sache, tout le monde comprend qu’il prête sa voix à un personnage. Mais quand c’est cinq nègres qui disent »fuck la police« , tout ce qu’ils chantent est retenu contre eux » (153). Ice Cube ne fait pas un autre constat quand il déplore : « tout ce que nous écrivons, les critiques le jugent politique. On peut parler d’une voiture, ils diront que c’est politique » (147). Chuck D, fidèle à lui-même, est lucide quand il ironise : « la pire chose que puisse imaginer un père de famille blanc un peu beauf, c’est que son fils rentre avec la casquette de travers en disant : »je veux être comme Easy-E«  » (154).
Néanmoins, certains rappers trouvent de sales aspects à N.W.A., notamment au niveau de l’emploi intempestif des jurons. Overlord X convient qu’il est le premier à s’en servir dans la vie courante mais qu’il ne trouve pas là une raison suffisante pour en glisser trois par rimes. Il va même jusqu’à traiter Dr DRE d’hypocrite quand il produit N.W.A. avec des bitches à tout bout de champ, alors que dans le même temps, il s’occupe de Michell’e qui préfère employer girl (il a dû être servi avec le maxi suivant : A Bitch Is A Bitch. Bon, une fille est une fille, une salope : une salope, un salaud : un salaud, pourrait-on rétorquer à Overlord X. D’un autre côté, N.W.A. donnent parfois l’impression de croire qu’une fille est une salope par définition. Ce qui est franchement douteux). KRS One les prend à revers : « j’arrive à voir quelque chose de positif dans ce qu’ils font car après eux, je peux exposer mon opinion et minimiser N.W.A. » (155). D’autres leur reprochent de renforcer les clichés du Noir américain abruti. Pourtant Ice Cube persiste : « nous ne nous durcirons que si les rues se durcissent » (156) avant d’avouer : « je suis là pour gagner de l’argent, pour promouvoir mes disques. Je n’incite personne à merder. Je ne veux pas être un modèle et finir comme une marionnette » (150).
Les N.W.A. cultivent - avec succès - le sens de la contradiction, du paradoxe et de la provocation (facile pour certains, généralement ceux qui n’en font jamais et n’ont donc pas à en assumer les retombées...). N.W.A. poussent même le vice jusqu’à un nihilisme tout Sex Pistolien quand ils rétorquent ainsi à la presse «  »Qu’est-il arrivé à Ice Cube ?« [il a alors quitté le groupe, NDA]  »Qu’il aille se faire foutre !« , »Que pensez-vous de la situation en Afrique Du Sud ?«  »Quelle aille se faire foutre !«  » (157). N.W.A. sont-ils sérieux ? Se prennent-ils au sérieux ? Tout est-il calculé ou sont-ils aussi idiots qu’on les décrit ? Une chose est certaine : ils s’amusent et encaissent de gros chèques. Leur musique étant par ailleurs tout à fait honorable (et parfois même grandiose), le concept est fortiche. Et avec eux, je dis aux journalistes qui tentent de les comprendre pour mieux les désavouer, qu’ils peuvent rester à chroniquer les Rolling Stones ou Cure. Ceux-là sont gentils, vieux, inoffensifs (N.W.A. seraient sans doute plus durs...). Car on peut tout déceler chez MC Ren et ses potes et en tout premier lieu : l’irrespect et la désinvolture. Deux qualités que tous les Top 50 du monde détestent. N’oublions jamais le « With Attitude » de ces « Niggers ».

  • We Want Eazy

Parallèlement au groupe, Eazy-E poursuit sa carrière solo en sortant l’album Eazy-Duz-It (novembre 88) dont est tiré le maxi We Want Eazy (« On veut Eazy »). Sur la pochette, malgré ses doigts gantés et serrés, Eazy-E ne parvient pas à nous faire aussi peur qu’il le souhaiterait. Dès l’intro du Lp, les mots fuck et bitch sont prononcés. Eazy ne se calmera-t-il donc jamais ? En fait, si. Le disque a des allures d’exercice mégalomaniaque (We Want Eazy : D.O.C pour les paroles, la musique est un classique de George Clinton. Applaudissements, une fille dit : « nous voulons Eazy ». Un type exhorte la foule à frapper des mains. Des chœurs font « Eazy »...). L’album est assez moyen, exception faite de Still Talkin’ (plutôt Soul), 2 Hard Mutha’s (avec MC Ren, une batterie derrière et une guitare. Excellent pour apprendre l’argot américain) ou Eazy-Duz-It (les chœurs au départ du titre sont exemplaires. Le reste, sons distordus, une wah-wah pedal et ce genre d’arrangements typiquement Dr DRE : la voix qui s’arrête, un coup de flingue, des sax qui s’élancent, et la voix qui revient. Magique. Eazy-duz-it, Eazy est un Gangster Hip Hop. C’est tout et ça suffit à faire un bon morceau). L’alchimie de N.W.A. n’est guère reproduite ici bien que l’on puisse considérer qu’il s’agit des mêmes, dans un autre ordre : producteurs, auteurs/compositeurs, musiciens identiques. Peut-être Eazy-E arrivera-t-il à faire mieux avec son second Lp Temporary Insanity ? La Bande originale de Return Of Superfly en propose un excellent avant-goût : Eazy Street (carrément !).

  • Eazy Chapter 8 Verse 10

En attendant, Eazy-E gère tranquillement son label qu’il a fondé en 1987 avec Jerry Heller et Dr DRE : Ruthless Rds. Leur premier tube est signé JJ Fad (Supersonic) qu’ils éditent en association avec Dream Beat. « Heller raconte comment à la réception d’un chèque à six chiffres d’Atlantic -qui avait la licence de la chanson-, il a emmené Eazy-E à la banque et lui a appris à ouvrir un compte » (158). Suite à un accord passé avec Bryan Turner de Priority Rds, tous les disques d’Eazy-E (dont ceux de N.W.A.) sortiront sur Ruthless/Priority. Trois ans après, la liste des groupes est longue et quasiment sans erreur : JJ Fad (dont DJ Yella vient d’apporter les touches finales au second Lp), Bobby Jimmy & The Critters, Big Lady K (une jeune fille de 16 ans qui vient de Riverside (Californie) à qui LL Cool J a servi de producteur pour une romance), Hardcore (Amityville, NY), D.O.C (Dallas, Texas. Lp No One Can Do It Better produit par Dr DRE), Above The Law (cf. plus bas), Tairrie B (elle est d’origine italienne - peau blanche & look de vamp - et se définit elle-même comme la ruthless bitch you love to hate. Lp Power Of A Woman en 90 sur Ruthless, en gentille compagnie d’Eazy-E, Scholly D et Boo-Ya), etc. Rien ne peut mieux définir la politique de Ruthless que cette pub qu’ils publièrent dans le Billboard spécial Rap du 16 décembre 89. Celle-ci montrait une mère de famille, des flics blancs et noirs en civil comme en tenue, un prêtre, un élu avec le texte : « certains nous détestent... Mais des millions nous ont aimés en 89 ! »...

  • Gangsta Gangsta

Michael Conception réunit en 90 la crème des crèmes de la Côte Ouest sous le nom des West Coast Rap All-Stars autour de son projet pacifiste : We’re All In The Same Gang. N.W.A. y est bien sûr convié bien qu’ils aient multiplié les déclarations envers son équivalent et prédécesseur new-yorkais : Stop The Violence Movement. Un véritable dilemme se présentait aux complices d’Eazy-E : participer à cet hymne, c’était se décrédibiliser et détruire l’image de Gangsters Hip Hop qu’ils s’étaient façonnée. Ne pas y prendre part, c’était passer pour des irresponsables terminaux tant auprès de la presse que du business (cf. « Rap & Actions Humanitaires »). MC Ren explique leur stratégie : « notre partie du disque parlait des gangs, et notre première parole, c’est : »nous ne sommes pas ici pour prêcher car nous ne sommes pas prêtres«  » (159). Et c’est Dr DRE qui produit cette superbe enfilade de stars.

  • Le départ

« Refuser de faire le spectacle de Jesse Jackson sous prétexte qu’il n’y avait pas d’argent en jeu. Jackson voulait interviewer N.W.A. pour sa nouvelle émission Voices Of America. Le sujet de l’émission était la musique controversée qu’écoutent les jeunes. Il n’y avait aucune raison pour que N.W.A. ne soit pas présent à cette émission (...) Quand tu refuses un truc comme ça, tu te dis que le mec ne pense pas au groupe. Il n’est là qu’à court terme pour pouvoir gagner le plus possible d’argent et le plus vite possible » (160). Vous l’avez compris, Ice Cube, reproche à Eazy-E sa vénalité. En effet, il a quitté N.W.A. fin 89. Les causes du départ ? Mésentente raciale entre Jerry Heller (manager blanc) et Ice Cube (noir) et problèmes de billets verts si l’on en croit l’avocat du Cube de Glace : « nous nous sommes penchés sur le passé pour essayer de trouver un accord financier qui soit acceptable des deux côtés. J’ai été surpris de constater leur indifférence quant au règlement de ce conflit. Jerry Heller se foutait de savoir si Ice Cube, qui a sans aucun doute énormément contribué au groupe, partait ou restait. Ice Cube serait toujours avec N.W.A. si nos exigences financières, qui étaient raisonnables, avaient été acceptées. Ils nous ont donné un papier disant qu’on avait avancé 32 000 dollars à Ice Cube. On lui doit au moins 120 000 dollars de plus et il faut rajouter ses droits d’auteur dont il n’a pas reçu un centime à ce jour. Ice Cube voulait continuer avec N.W.A. mais ils ne le payaient pas » (161). Et les inévitables luttes d’ego : n’a-t-on pas dit que Pat Charbonet (publiciste de N.W.A.) aurait poussé Ice Cube à partir en lui affirmant qu’il serait plus grand en solo ? (Ice Cube dévoile que Charbonet lui aurait simplement conseillé de prendre un avocat). Eazy-E déclare qu’Ice Cube est jaloux, ce dernier rétorque : « Eazy-E est une invention à moi et à Dr DRE. Nous avons inventé son nom. Dr DRE a mis au point la musique, j’ai écrit les premiers raps qui ont tout fait démarrer. Alors, comment pourrais-je être jaloux de lui ? (...) Je ne regrette rien de ce que j’ai dit. Je n’ai pas ma langue dans la poche, pour personne » (162). MC Ren non plus : « si tu connais notre musique, tu sais qui a écrit quoi. Tu vois, Ice Cube était crédité en premier sur beaucoup de morceaux. Mais quand tu écouteras le nouveau N.W.A., tu entendras que nous n’avons pas besoin de cet enculé » (159).
Au final, Ice Cube et N.W.A. vont se livrer à une concurrence musicale de haute teneur. Quand Ice Cube sortira son Lp, N.W.A. mettront en vente presque simultanément un nouveau maxi. Les uns connaissant la date de sortie de l’autre puisque Ice Cube est - curieusement - resté sur Priority Rds...

  • 100 Miles & Running

Est le nom du fameux maxi de N.W.A. Un 5-titres jusqu’au boutiste (à tel point que des distributeurs anglais refusent de le vendre, et c’est franchement mauvais signe : l’Europe était jusqu’ici épargnée par cette forme de censure). Sur le sexe, N.W.A. balancent Don’t Bite It (« Ne la mords pas », qu’ils sous-titrent : The Art Of Sucking Dick. Exemples, bruitages et leçon de fellation pratique à l’appui !). Sur le F.B.I., ils font SA Prize (Part II), une sorte de Fuck Tha Police revisité, avec quelques interventions en espagnol, le succès du rap hispanique aidant... et ainsi de suite. Ayant beaucoup travaillé ces deux dernières années, Dr DRE fait figure ici de Grand Expert Sonore (de plus un guitariste/bassiste et un joueur de tambourin sont crédités). Le second Lp de N.W.A. devrait être dans cette lignée si l’on en croit leurs déclarations : « tu vois, ces shows Télé (Arsenio Hall, Grammies) ne nous correspondent pas. Nous voulons garder un profil bas. Je dis que l’année prochaine, nous ferons un autre album, là je pense qu’on ne fera pas d’interviews. Seulement pendant les deux premiers mois. Juste laisser tout le monde se gratter la tête. Parce que notre prochain truc, mec, ça va être la bombe. Ils ne sauront pas quoi en faire » (147). « Cette fois-ci, nous prenons plus de temps, le premier a été bâclé. Nous faisons un vrai retour à la terre, à la merde de la rue, cette fois-ci nous ne prenons pas de raccourcis » (152). Ce n’est pourtant pas dans la belle maison où Eazy-E a emménagé au début 90 située dans un endroit chic de L.A. qu’il fera son retour aux sources : « [Il y a une pelouse et des canards en plâtre devant] pour montrer que j’ai réussi. Quelqu’un a écrasé les canards en voiture » (163). Mais l’imagination (ou/et les souvenirs ?) le feront...

  • ICE CUBE
  • Le plus recherché d’Amérique

Ice Cube a un charisme indéniable. Le bad boy incarné. Une voix merveilleuse. Des textes vengeurs. L’attitude (forcée ?) méchante. Et un ENORME talent. Après sa séparation avec N.W.A., il joue l’autruche, pensant que les rumeurs injurieuses lancées à son égard par ses ex-partenaires peuvent lui être bénéfiques. Mais surtout, il prend le temps d’écrire, de s’entourer du Lench Mob (Sir Jinx, T-Bone, Yo-Yo, Chill, J. Dee, Del & KD) et de demander au Bomb Squad de le produire. Le choix est des plus judicieux (imaginez un instant : l’équipe de Public Enemy s’acoquinant avec l’artiste californien le plus controversé...) et la remise en cause mérite d’être soulignée. Ice Cube contribue même à l’enregistrement de Fear Of A Black Planet de Public Enemy ainsi qu’à Ain’t Nothing But A Word To Me des californiens Too Short sur leur second Lp, Short Dog’s In The House (où Ice Cube tente de décortiquer son sexisme. En gros : ne sont salopes que celles qui se sentent offensées par ses paroles... Il s’est même attiré les foudres du Revolutionary Communist Party : « si vous ne respectez pas les sœurs, vous ne luttez pas contre le système ». Il se défend d’être sexiste en parlant de toutes les femmes qui l’entourent : sa mère avec qui il vit, sa manageuse ou Yo Yo - Hardcore girl qu’il a produite et invitée sur son Lp). Par ailleurs, on l’entendra aux côtés du pionnier californien King Tee sur le Lp At Your Own Risk. Un rapprochement avec New York autant qu’avec la Californie qui lui fait dire qu’il n’est ni de la Côte Ouest ni de la Côte Est, mais qu’il navigue entre les deux métropoles New York/Los Angeles.

  • Le nègre que tu aimes haïr

Plutôt que de sombrer dans un égocentrisme exacerbé à la Eazy-E, Ice Cube radicalise ses paroles. « J’aime bien faire réfléchir les gens. Certains disent que je suis négatif mais je crois que si j’enseigne quelque chose à quelques-uns, c’est la chose la plus positive que je puisse faire » (151). Ailleurs, il nous interpelle :« combien de fois êtes-vous entrés dans une banque et vous êtes-vous dit : »merde, si je dévalise cette banque, j’aurai tous cet argent«  ? C’est une pensée qui traverse votre esprit mais qui ne se réalisera pas. Mais si je mets ça sur mon disque, ça pose un problème » (162). Ice n’a pas perdu le goût de la provocation (et du bon sens ?) mais cela prend vite l’allure d’électrochocs comme dans Better Off Dead (le couloir de la mort, en intro de l’album, une simulation d’exécution par chaise électrique, saisissante de vérisme), The Drive By (deux types qui montent dans leur bagnole, allument la radio, arment leurs flingues et mitraillent des Noirs...), The Nigga Ya Love To Hate ou Amerikkka’s Most Wanted (prenez deux secondes et relisez ces deux titres... Incroyable, non ?!). Ces chansons, qui figurent tous sur son Lp solo Amerikkka’s Most Wanted (1990), atteignent un tel réalisme qu’on voit Ice Cube, non pas en journaliste comme il aime se définir, mais bien en metteur en scène. Non que son disque soit du cinoche (au contraire) mais il est direct et efficace comme seul un grand écran peut (pouvait) le faire. Le Bomb Squad et Chuck D, Flavor Flav, Yo-Yo en chorus, les violentes compositions et l’hargneuse voix d’Ice Cube contribuent à faire de l’ensemble un must du Rap jusqu’à l’inquiétante pochette : Ice Cube, front plissé, regard appuyé, se frotte les mains. Hum. Derrière lui, une FOULE, attentive, de B-Boys. Hum Hum.
Outre les thèmes développés plus haut, Ice Cube nous entretient des adolescents qui sont sur la liste des « espèces menacées » (Endangered Species), des radios qu’il vaut mieux éteindre (Turn Off The Radio) ou encore de son vieux tic : les salopes avec Get Off My Dick & Tell Yo Bitch To Come Here et You Can Fade où Ice Cube atteint des sommets dans la cruauté, pire, dans l’horrible (accusé par son voisinage d’être le père de l’enfant d’une fille enceinte, le personnage pense à « ce que ça allait me coûter/Et ce qu’il fallait que je fasse, c’était lui foutre un coup dans le ventre ». Mais ses empreintes génétiques ne correspondent pas. C’est la fille qui a menti. Facile). Heureusement, comme le remarque le critique Mark Blackwell, dans It’s A Man’s World, Ice tempère son jugement sur la gente féminine : « la rappeuse Yo-Yo lâche des réflexions salées aux vantardises macho d’Ice Cube (quand il se vante de »ramener le bifteck à la maison« , elle lui suggère de se »trouver une autre poulette pour le faire cuire« ) et à la fin de la chanson, il admet avec regret qu’elle »assure« (flow) et qu’elle est »assez géniale« (kinda dope) bien qu’elle ne soit pas capable de l’ »éclipser« (can’t »fade« him) » (164). Un million de ventes aux U.S.A., voilà de quoi effrayer les parents. Pas tant que ça, en fait. Voici un extrait d’un article « rassurant » signé Ice Cube paru à l’hiver 90 dans le Los Angeles Times où il nous donne sa vision du Rap : « un art qui permet aux gosses blancs d’avoir une meilleure compréhension et un nouveau respect pour la culture noire. Le Rap n’a rien fait d’autre que de rassembler les gens ».

  • ABOVE THE LAW

« N.W.A. sont des petits-bourgeois bidon et sans espoir » déclarèrent Above The Law à leurs débuts. Ils durent se retracter quand Eazy-E vint leur proposer contrat et chèque. Monsieur Ruthless Rds admettra d’ailleurs que Above The Law sont de vrais « gangsters » et N.W.A. juste des « hustlers » (arnaqueurs, embrouilleurs). Voilà pour l’anecdote. L’histoire du groupe, elle, est plus banale. Above The Law se forment à la fin des 80’s à Los Angeles autour des deux DJ’s Go-Mark (Arthur Goodman) et Total K-OSS (Anthony Stewart). Très vite, Cold 187um (Gregory Hutchinson) et KM.G The Illustrator (Kevin Dulley) tous deux MC’s les rejoignent. La belle complémentarité de leurs deux voix (aigue pour Cold 187um, plus sérieuse et plus grave pour KM.G) et leur image de gangsters Hip Hop (leur mot d’ordre : « nous ne nous bandons pas les yeux. La pire des choses est de ne pas savoir ce qui se passe véritablement. Nous sommes là pour le crier haut et fort » (168)) séduisent les leaders de cette même scène gangsta : Eazy-E et Dr DRE qui leur soumettent illico l’idée d’enregistrer pour eux. Above The Law acceptent et fidèle aux habitudes de Ruthless, c’est Dr DRE qui produit, signant là un des cinq meilleurs Lp’s de la Côte Ouest pour 1990.
Joliment agrémenté de guitare, de basse et de claviers, l’album s’ouvre sur le sans-appel Murder Rap (sirène incessante, voix calmes sur un sujet grave). Untouchable (qui pique au feuilleton Les Incorruptibles sa mélodie et aux Doors leur progression d’accords de Light My Fire) arrive juste derrière. Là encore, c’est l’étrange détachement des voix qui surprend. Le son est une pure merveille. Livin’ Like Hustlers démarre sur une sonnerie de réveil, le type ne veut pas se lever. Quincy Jones et Bill Cosby sont crédités comme auteurs (musique). Quant aux paroles, elles reviennent à 100% à Above The Law (apologie déguisée de l’Arnaque/Hustler). Sur les dix titres de l’album, rien n’est à jeter. La musique est la plupart du temps signée par de grands noms (Quincy Jones, Isaac Hayes, Larry Blackmon, James Brown), les paroles sont typiquement gangsters comme dans Another Execution : l’indifférence qui peut mener à la mort ; Cold 187um : « la violence naît dans une société où les gens vivent mal/Où ils ne savent pas où aller/La Paix ? Je pense que tout le monde la veut/Mais elle est trop dure à affronter et si loin à atteindre » ; Menace To Society : le quart-monde et la police ; Freedom : remise en cause du mot « liberté » ou The Last Song : la liberté d’expression aux U.S.A. avec la participation au chant des N.W.A. Dr DRE, Eazy-E, MC Ren.
La pochette étale une série de photos des très élégants Above The Law devant un palais de justice (à moins qu’il ne s’agisse d’un commissariat) surveillés par deux flics en arrière-fond et entourés de journalistes au premier plan...
Quand le maxi Murder Rap sort en avril 90, il déloge tous les autres et s’installe tout en haut des charts durant plusieurs jours. Dans le clip apparaissent Dr DRE, Eazy-E, MC Ren et D.O.C. Ce rapprochement avec N.W.A. et son crew va si loin que lors du New Musical Seminar, les membres d’Above The Law se sont battus (à coups de chaise et de tables) avec les amis d’Ice Cube : The Lench Mob. Question d’image ? Peut-être. L’ambiguïté a parfois du bon, surtout quand elle est aussi bien gérée...

  • BOO-YA TRIBE
  • Six Mauvais Frangins

« J’ai 27 ans et j’ai déjà vu tellement de meurtres, alors quand on rappe, on ne le dit pas avec des fleurs » (169). Ted Devoux donne le ton. Etonnamment, Boo Ya Tribe est l’un des groupes gangsta les plus crédibles. On croit à leurs salades. Parce qu’ils n’en parlent pas avec le sourire. La violence de L.A. ne les fait pas marrer. Ted semble désespéré de toute cette haine, de tous ces coups bas, de tous ces meurtres. Il ne joue pas au gangster, il n’en singe pas les attitudes. Il en est un.
Godfather Rock TE (Tex Devoux, leader rapper de 27 ans) et ses frères Fill Metal Jacket (dit aussi King Roscoe, garde du clan), Don L (ou King Of Drag, chorégraphe & choriste), E.K.A « The Attitude » (compositeur, batteur, guitariste), O Mobsta Bass (bassiste) et Lyrical Criminal (dit Gangsta R ?DD, rapper, le plus jeune de toute la famille qui compte deux autres frangins) sont originaires de l’île Samoa dans l’océan Pacifique au large des ïles Fidji. Leurs parents s’installent à Los Angeles dans les 50’s. Leur père était prêtre (après avoir été Marine, viré pour conduite violente, puis Hell’s Angel) et leur interdisait les sorties, la boisson, le tabac et même la radio ! Parallèlement, il leur apprit à se défendre. Ted, l’aîné, devint le chef de famille quand il moura : « il fallait que je sorte et que je vole des vêtements ou à bouffer pour mes frères. Je faisais n’importe quoi. Je les ai élevés et ce qu’ils sont aujourd’hui est le résultat de l’éducation que je leur ai donné » (170). Un résultat qui passe par les maisons de redressement (Gangsta R ?DD) ou la prison (Roscoe, membre des Crips, y passe cinq mois à l’âge de 15 ans après son inculpation pour meurtre) jusqu’au tragique : Robert fut tué lors d’un combat de gangs. La famille, qui se cachait alors à San Francisco, déménage avec cinquante dollars en poche au Japon où Don-L avait trouvé un emploi. Les six bad brothas commencent alors à se produire sur scène : Rap & danse. Ils reçoivent les compliments de Madonna et de Michael Jackson. Ted et ses frères retournent à Carson (L.A.) où ils fondent leur propre label et ensemble Boo Ya Tribe enregistrent Comin’ Hard To America (1988).
Le groupe/gang contrôle Carson et fonctionne comme la mafia. Ted, dans le rôle du parrain, explique :« on se lève tous les matins à six heures pour s’entraîner au Kung Fu. On est tous les jours en condition d’alerte rouge. Notre oncle est Grandmaster de Kung Fu, on l’appelle »Quickdeath« (mort-rapide, NDLT) » (169). Deux gardes-du-corps, le Hit Squad, protège la maison familiale parce que « nous avons fait du mal à tant de gens, nous devons payer. Même moi, d’aller à la télé, ça me fait vraiment drôle parce qu’un gangster que j’ai mouché ou à qui j’ai cassé la mâchoire en 78 va dire : »c’est lui, je le reconnais« . Puis ils vont découvrir qui je suis, ce que je fais, et la prochaine fois qu’on fait un concert, ils seront là. Ça fait peur (...) C’est une cicatrice qui nous suivra le restant de notre vie » (170).

New Funky Nation

En 1990, Boo Ya Tribe (ils s’appellent ainsi parce que boo-ya est le son que produit une balle tirée d’un fusil à canon scié, tribe signifiant tribu) conquièrent la planète avec leur debut-Lp : New Funky Nation. Disque qui surprend tout le monde par son incroyable fraîcheur et sa réussite totale : il fait la parfaite liaison entre Funk (pour la musique, mis à part Pickin’ Up Metal dans la grande tradition Run DMC/Beastie Boys premier Lp) et Rap (pour l’esprit et le chant). Douze musiciens différents, plus les Boo Ya Tribe eux-mêmes jouent sur le disque (basses, guitares, cuivres, claviers, congas, percus, etc.). Des instruments dont ils n’oublient pas de faire un usage frénétique sur scène, annonçant - pour certains - l’avenir du Rap. Quant aux paroles, Boo Ya Tribe y déclinent à toutes les sauces leurs mésaventures gangsters (Six Bad Brothers, Once Upon A Drive-By, Walk The Line, R.A.I.D, Riot Pump), sans en faire la moindre apologie et sans complaisance (« vendre de la drogue est une question de survie/En fumer, une façon de mourir » dans New Funky Nation) mais non sans en retirer une certaine gloire (ils ont servi récemment de super héros dans un comics !). Second Lp prévu pour 91 avec le Bomb Squad à la production. Boo-yaaaaaaaa...

  • L.A. GANGSTERS HIP HOP, EN VRAC

Bien d’autres groupes se sont engouffrés depuis deux,trois ans dans la branche gangsters Hip Hop, malheureusement sans y apporter beaucoup de personnalité ou d’invention. Dans la plupart des cas, c’est souvent très bien huilé mais l’effet est trop proche du moule (thèmes répétés à l’infini, sonorités et bruitages similaires, arrangements proches les uns des autres, etc.). Parmi les groupes les plus marquants, on note CPO. Du haut de ses 1,90m - 178 kilos, Lil’ Nation en impose quand il raconte sa vie. Né à Compton, il s’enrôle dans un gang à 12 ans, arrête six ans plus tard. « Mes chansons prennent la forme d’un calibre 12. Mes paroles sont dures mais la peine capitale l’est aussi » (171). CPO sont les initiales de Capital Punishment Organization (« Organisation pour la peine capitale »). Aussi, son premier Lp est-il imprégné de cet enfer urbain. Ballad Of A Menace en est bien une, mais elle n’a rien d’une promenade de santé (musique extorquée à Isaac Hayes). Idem pour Gangsta Melody. Homicide est vertigineux comme un cauchemar.

Les Uzi Bros (Will « Rock » Griffin, Bob « Dog » Robertson & Kenny Strong) ont atteint le top 20 avec Nothing But A Gangster avant de multiplier les déclarations anti violence et anti gang. Ils vont aller jusqu’à proposer une vision insolite de la vie des gangsters dans There’s A Riot Jumpin’ Off (extrait de la B.O. Le Retour de Superfly) : derrière les barreaux. « La chanson est une dramatisation de la vengeance et une demande pressante auprès des jeunes pour éviter ce mode de vie et la prison » (172).

Au milieu des années 80, King Tee, après avoir été DJ (perfectionnement sur KTSU et KYOK à Houston, Texas) débarque à L.A. où il travaille avec Ice-T (King Tee est toujours sous Rhyme $yndicate Management). A partir de 87, il enregistre pour Techno-Hop quelques singles aux paroles très explicites : « Je ne sors pas dans la rue/Sans mon flingue/Ça non » dans Better Bring A Gun ou Payback A Mutha avec Keith Cooley. En 1988, son Lp Act A Fool passe injustement inaperçu. King Tee change alors de DJ (exit Cooley, bonjour Pooh) et s’attele à son second album : At Your Own Risk (Capitol, 1990). Les prestigieux Ice Cube et Breeze du L.A. Posse y sont conviés. Un disque de climats, nourri de différents styles musicaux (Rap, Soul, R&B, Funk, R&R) et surtout avec une voix aux tonalités multiples, celle de King Tee (voir à ce propos les différentes techniques de prises de son de la voix dudit monsieur). A suivre de près.

La compilation We’re All In The Same Gang (WEA, 1990) a eu le mérite de donner leur chance à une flopée de groupes prometteurs comme New World Mafia, duo mixte, et son tonitruant I Got Style ou le South Central Posse avec Livin’ In South Central L.A. qui alterne de (fausses) interventions de Dan Rather (le Patrick Poivre D’Arvor U.S. puissance 10) - qui ne comprend pas ce qui se passe - et la chanson, une dramatique peinture de la vie dans le centre-sud de Los Angeles.

  • L.A. LATIN HIP HOP
  • MELLOW MAN ACE

Mellow Man Ace est arrivé au monde à La Havane le 12 avril 67. « Quand je suis né, ma famille a été choisie pour quitter Cuba, ce qu’elle attendait depuis quatre ans. Nous avons d’abord été à Miami puis dans le New Jersey pendant deux ans et enfin à Southgate, une banlieue de Los Angeles » (173). Un visa pour les Etats-Unis s’obtenait alors par la naissance d’un fils. Ses parents lui apprennent la Salsa et quelques autres musiques latino-sud américaines (sa mère devrait chanter sur son prochain Lp...) tandis que sa soeur aînée lui fit découvrir la musique U.S.. Le premier groupe de Rap qu’il connait s’appelle Run DMC mais ce sont les English Men Machine et leur Disco Dream (85) qui l’incitent à rapper. Leur single est le premier à mélanger Rap et langue Espagnole (suivirent peu après Charlie Chase, Ruby Bee et Prince Whiple Whip). Mellow Man Ace (Mellow = calme, Man = homme, Ace = terme de base-ball, vestige de l’époque où il en jouait) a trouvé son style : rapper autant en espagnol qu’en anglais. « Le Rap espagnol élargit le champ du Rap. Quand je fais des jams hispaniques, je peux utiliser de vieux breaks de Hip Hop, Santana ou un disque de danse cubaine des années 50. Même des gens comme BDP ou Queen Latifah ont samplé des rythmes latins et des congas » (175). Malheureusement, le succès va être lent à venir (les rappers anglophones ne le prennent pas au sérieux, les maisons de disques encore moins : pourtant l’espagnol est en passe d’être officialisé en Californie, notamment avec les chicanos et autres refugiés mexicains). De plus, Mellow Man Ace refuse d’endosser l’image gangsta que la plupart des rappers californiens cultivent : « Compton n’est rien. C’est la plus grosse merde que je connaisse. Les types ont des armes, O.K., mais pas plus qu’ailleurs. Je pense que cette réputation est néfaste pour le Rap comme pour les Noirs. Nous n’avons pas besoin de cette attitude gangsta dans le rap » (174).

En 87, Delicious Vinyl lui fait confiance et sort Màs Pingon. Le flop oblige Mellow Man Ace à se promouvoir lui-même auprès des swap meets (vendeurs ambulants de disques). La traversée du désert durera deux ans jusqu’à ce qu’il signe avec Capitol. Mentirosa est le maxi qui résulte de l’accord. Joe « The Butcher » Nicolo est aux manettes. Evil Ways de Santana est samplé. L’ensemble est calme, charmeur. Disque d’or. Les compagnies de disques se précipitent alors sur tout ce qui rappe en espagnol. Mellow Man Ace devient le leader de la scène hispanique californienne et son Lp Escape From Havana (on ne s’expatrie pas sans séquelle) se vend à des centaines de milliers d’exemplaires. Les omniprésents producteurs californiens (Matt Dike & Michael Ross, Joe « The Butcher » Nicolo, Dust Bros) apportent chacun leur touche. Tony Gonzales (ex-DJ de Young MC et actuel DJ sur KDAY-AM à L.A.) cosigne la majorité des chansons. Les samples (War, James Brown, Sierra Cruz, Santana) sont sécrétés avec soin. L’album renferme douze titres dont cinq au moins sont des chefs d’œuvre : Rap Guanco (rythmes latins, descente de bruitages, voix abrupte...), Hip Hop Creature, Màs Pingon (cru et agressif comme l’espagnol peut s’y prêter), Rhyme Fighter et River Cubano. Le reste oscille entre la ballade sentimentale et le slow.
En attendant son second Lp, Mellow Man Ace complète sa collection de chapeaux (dont il parait aussi fier que de ses disques...) et tourne en Amérique du Sud avec un succès de plus en plus énorme.

  • KID FROST

Kid Frost est le second hispanique, d’origine mexicaine, lui, à avoir percé au grand jour après dix ans de rapping forcené, sur Virgin U.S.A. (pourtant peu enclin à produire du Rap). Les infos sur lui sont aussi rares (Artura Molina Jr vient de San Jose et vit à East L.A.) que sa musique est savoureuse. Bien qu’élevé au son de Stevie Wonder, des Temptations et du R&B, Kid clame : « le Rap n’est pas une expression artistique noire. Le Rap est une expression urbaine. Il vient de la rue. Quand le Rap s’est developpé à New York, les Porto-Ricains y ont autant contribué que les Noirs » (208).
Proche d’Ice-T (c’est lui qui le baptise Kid Frost) et de N.W.A. (les deux sont remerciés sur la pochette de son premier Lp), Kid Frost travaille depuis longtemps avec Tony G (celui de Mellow Man Ace) qui cosigne là aussi une grande partie des titres du Lp Hispanic Causing Panic (!). Tony G partage d’ailleurs la mise en son du Lp avec Will Roc, les Baker Boyz et Kid Frost lui-même. Les samples sont des plus classiques (James Brown, Public Enemy, etc.) mais servent à la perfection les compos du Gamin Frost : Ya Estuvo (ultra-rythmé, harmonica, agressif rapping bilingue : « I bet you, I bet you, you can say it in English »), Hold Your Own (et ses « refuse to loose » exclamatoires), Smoke (et ses réminiscences psychédéliques), Homicide (l’appellation du morceau parle d’elle-même), In The City (l’enfer bruyant de L.A.) et, bien sûr, l’immortelle ballade joliment bien ficelée La Raza (la Race). Pour un peu, Kid Frost demanderait avec honneur la paternité chicano des gangs : « les stéréotypes ont vite fait de nous juger, de nous mettre dans des catégories : les Noirs, les Mexicains... Il faut se rendre compte qu’avant le film Colors, avant les Bloods, avant les Crips, les chicanos vivaient ici en harmonie (!) avec le phénomène des gangs depuis 1940/1950 (...) Les médias nous ont volés. C’est pourquoi j’ai écrit La Raza, pour que les gens sachent d’où je viens... » (208).

Fier d’appartenir à la communauté hispanique, Kid Frost met aujourd’hui sur pied le projet Latin Alliance (compilation à sortir sur Virgin) avec des rappers venus de Bolivie, d’Espagne, de Porto Rico, du Mexique et des U.S.A. (comme Mellow Man Ace, MC Art, les Latin Kings repérés avec Tumba La Casa sur la compilation We’re All In The Same Gang).

ABONNEZ VOUS AU BULLETIN ALÉATOIRE SOUS PLI DISCRET

Messages

  • Les Editions La Brèche Clandestine Orléans présentent : Rap et révolution / Défi de la jeunesse noire américaine Brochure au format PDF 1,1 Mo en bas de cette page !

    Pour la petite histoire, je suis un disciple de Georges Lapassade ! Je prépare un travail sur les ateliers de poésie urbaine en France.

    Salutations les plus amicales.

    *** Karim ***

    Voir en ligne : LCR Orléans / sommaire... photo Public Enemy pour tout l’été !

    • Bonjour, Je souhaiterai juste entrer en contact avec Karim voir l’auteur de ce livre.G kiffer le petit article,la petite histoire comme il le dit si bien ki reste pour moi la culture hip hop une grosse histoire ss fin.Kan a moi je travail ds une asso ki a pour but de promouvoir les Kultures urbaines. Nous fezons de la promotion d’artiste,street marketing,évènementiel et je mokupe paralèlement d’1 artiste rap Fredy K menbre actif du groupe ATK je vous laisse mes coordonées en l’attente de votre réponse.Tisso 06/64/50/62/67 Mon mail urbankulture@hotmail.com trés bonne continuation . PS:Je souhaiterais de tou keur propozer kelkes idées et pkoi pa partager ou discuter d’1 projet ki me trote ds la tête depuis un bout de temps voir si la personne serait interesser pour son proch1 livre merci. Mes sincères salutations.

    • Salut Tisso j’ai lu ton message pour le livre j’ai vu qe tu t’occupe de freddy k je conai par rapport à l’album d’atk. Je chante en français et en américain un peu à la jaheim dc si ça interresse ton artiste je te laisse mon mail : street.poet@caramail.com

      Elijah

  • Bonjour Davdfuf

    Mon prénom c’est Mel, je suis étudiante en histoire contemporaine à la Sorbonne. Et pour ma maîtrise j’ai choisi d’étudier « le mouvement Zoulous dans les représentations et la société de la région parisienne ». Même si mon mémoire portera plus sur les déviances « à la française » ( et sur leur médiatisation tendancieuse), la Zulu Nation c’est forcément une histoire de hiphop. Or tes connaissances en la matière n’ont plus à être pouvées vu le succès de ton livre, donc si jamais tu avais quelques instants à m’accorder, j’aimerais que tu me parles des années 90.

    Bonne route à toi. elverra@hotmail.com

    • Bonjour, je suis Queen Candy, une des fondatrices de la Nation Zulu Française te si tu veux, tu peux me contacter afin de ne pas écrire n’importe quoi sur les Zulus. Peace

    • Salut, cec est un message personnel à Queen Candy avec qui j’essaye de rentrer en contact depuis quelques temps deja. On se connait depuis l’origine de Spray Can Mag, époque ou nous correspondions ensemble pour le mag, mais depuis j’ai perdu toute trace de notre Queen. Les années ont passés et j’ai meme essayé d’écrire à SCM (cité Picasso) mais la lettre m’est evidemment revenu. Voila si aujourd’hui on peut rentrer en contact à nouveau ça me ferait plaisir. Merci de transmettre ou de me donner ses coordonnées. Mon nom d’époque était KEN et j’habitais à Montrabe (pour me resituer). olivier.armengaud@laposte.net

    • bonjour, on m’apelle vii, je cherche à entrer en contact avec des ’vrais’ zulus pour le projet de création d’un site web qui devrait servir de tremplin aux gens qui ont, comme moi-meme, le désir et la foi de faire revivre la lumière et la réelle lutte, qui se souviennent que le hip hop c’est pas uniquement la benz et trois meufs en string....merci de me contacter au princez@wanadoo.fr PEACE-VII

    • Chere Queen Candy !!

      Travaillant a NY j ai pu voir a quel point la culture hip hop est puissante comme l impacte de la zulu nation contre le « bling-bling » J ai pas mal de questions a te poser sur la zulu nation france ? Comment pourrais-je te contacter ? Vive the true hip hop peace Jay E

    • Queen Candy !!!!

      J ai pleins de questions au sujet de la zulu nation france. Comment puis je te contacter ? Vive the true hip hop ! peace Jay E

    • message pour Queen Candy bonjour j’ai fait qques photos a un concours de graf que tu avais organisé a la courneuve j’aimerais avoir la date : 88 / 89 ?

      si y’a moyen

      merci

      pascal boissiere

      pascal.boissiee@yahoo.fr

    • Bonjour Pascal, c’est Candy. Faut l’faire : ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai découvert ton message sur le site de Daveduf ! S kil n’y aurait pas une erreur d’orthographe à ton adresse e.mail ? boissiee ou boissiere ? Manque pas le R ? Quoiqu’il en soit, tu peux m’écrire sur : queencandy@neuf.fr

      À bientôt !

    • Ce message s’adresse à miss Queen CANDY (fondatrice de TZL, Spray can mag... Reine ZULU de Paris !

      je graf depuis 87 et taff sur le projet d’un livre sur le graffiti mais aussi sur une émission de télé sur le net sur la culture HIP HOP (classiqhall) prévu en juin 2008

      je cherche à rentré en contact avec CANDY, mais le mail que j’ai trouvé ne marche pas...

      jetant une bouteille à la mer...

      Merci de me contacter si nouvelle :

      artcoreshow@gmail.com

      Cordialement COMER

    • Salut, C’était en 89 et le thème du concours portait sur la liberté. Y’avait même un graff dédié à mandela qui devait sortir de taule.

    • par hasard je tombe sur cette page en cherchant le nom des sapes trés colorés, style ,le groupe TLC et j’ai lue vos com et suis tombés sur ce message de Queen Candy....et quand j’ai vue le sujet du concours de graff de 89,ça m’a rappelé un souvenir de ouf....j’avais connaissance d’un graff« LIBERTE » de la zulunation....en 89 qui était passé dans une revue de presse nationale et j’avais refait le meme graff dans ma ville.....alors je repense a Candy a Zulu Letter...etc ...a ce jour mon surnom est « lecompasman » et sur you tube vous trouverez des vidéos « lecompasman » ou « le traceur de cercle »ou « cercle sur le sol »si ça vous dit,ayant pratiqué plusieurs discipline de la culture hiphop depuis le millieu des 80 ....respect a Candy et l’époque ou le mov« était »culture hiphop« .....meme si tout n’était pas clean......comme james dean.....on avait »la fureur de vivre" un truc vrai de rue,inventif,créatif.....dommage pour ce que c’est devenue....je m’y recconnais plus depuis plus de 15ans...

  • Salut à tous !

    Je tenais à vous dire que j’ai adoré votre livre (A quand une réédition ?). Nous avons décidément de bons auteurs sur le hip-hop et le rap en France (Georges Lapassade et Philippe Rousselot pour leur magnifique essai « Le rap ou la fureur de dire », SBG et Desse pour leur « Freestyle », Olivier Cachin…) J’officie moi-même sur un site internet consacré au hip-hop avec un pote, webmaster : www.scarla-webzine.com . Mon pseudo, c’est Zili Spike. On se démène comme on peut, entre cours, soirées et repas de familles (sic) pour régulièrement mettre à jour notre p’tit bijou. Donc voilà, je venais ici pour faire un peu de pub et élargir notre cher (et rare) public, qui, je l’espère, appréciera notre boulot. Je serais également heureux d’avoir l’avis du maître sur mes articles. J’ai fait des news et des dossiers en rapport avec l’actualité hip-hop à mes débuts, plus ou moins pompé sur des papiers de Groove ou Radikal, mais on a maintenant trouvé notre véritable identité, et on se concentre plus sur des sujets qui n’ont pas encore été mis en exergue (les relations entre rap et rock, rubrique « articles & dossiers »), des idées qu’on pense originales ou des artistes peu médiatisés, qu’ils soient américains ou français (Dead Prez).

    Je lance pour finir un appel à des rédacteurs, traducteurs, chroniqueurs, et pourquoi pas dessinateurs, caricaturistes qui, comme nous, ont envie de bosser sérieusement (et sans rendement bien sûr, mais aussi sans salaire…) pour le simple plaisir, ou parce qu’ils rêvent de voir un jour leur nom en bas d’un article de la presse spé hip-hop. Avis aux intéressé(e)s ! Contactez-nous à l’adresse suivante : support@scarla-webzine.com.

  • Re-Salut !

    C’est encore Zili Spike. Je viens annoncer à mon cher (et un peu moins rare)public que le site change d’hébergeur (mais ça, vous vous en foutez) et de nom : De scarla-webzine.com, on passe à www.scarla.net @ bientôt les homies !

  • Bonjour je m’appelle nath je fais des études pour être musicien intervenant en milieux scolaire et je fais un mémoire sur le beat box je récupère toute les info possible sur ce sujet:expérience personel,méthode pédagogique avec les enfants les ados,expérience farfelue,fusion avec différent style...Merci d’avance. nath_bianconi@hotmail.com

  • Ce livre est disponible au rayon « musique » de la médiathéque d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).

    Voir en ligne : http://perso.wanadoo.fr/lepierretor...

  • peace akhi

    Je rebondis juste sur les saluts à l’encontre de Queen Candy (ça me rapelle désirée aussi) et autres amis de la zulu nation, aux anciens de ticaret, Lionel-D, D-Nasty et consors et juste pour demander une faveur, je recherche désespéremment la video du clip « ndodemnyama » chanté par le crew « hip-hop artists against apartheid » juste avant la libératoin de Mandela de 1990, dans lequel deux rappeurs français venaient se joindres aux grands noms de l’époque, j’ai retrouvé la musique originale mais sans les deux couplets français :(

    Si quelqu’un a un quelconque moyen de me retrouver ça, je lui serait grandement reconnaissant.

    merci à toutes et tous

  • Salut tout le monde ! Je suis étudiant en anthropologie et je dois rédiger pour septembre un mémoire sur le mouvement hip hop sénégalais. Si quelqu’un possède des infos sur ce sujet, peut-il me les envoyer ? Merci à tous.

    Mon mail : julienlandreau@hotmail.com

  • bonjour ! je suis un éducateur spécialisé, j’ai des ateliers de danse hip hop j’intervien dans le milieu scolaire (milieu instutionnel). En décembre je dois faire une conférence sur le mouvement hip hop dans un lycéé j’aurais besoin de plus de renseignement sur la ZULU Nation on peut me contacter sur Paul.filippi@neuf.fr et Merci

  • Bonjour a tous ! Moi, c’est Younes du 90, je suis tombé presque par hasard sur le site...bref, moi je suis étudiant en physique chimie, je sais que ça n’a rien a voir avec le rap mais j’ai vu des aritcle qui m’interesse tout de même non par leur structure moléculaire mais par l’intérêt que je peut leur porté : pourquoi ? très bonne question tout simplement parsque je suis chanteur de rap à côté ! et oui !!! donc si quelqu’un peut ou veut me donner un coup de pouce tout simplement en écoutant mes morceau dans un premier temps pour ensuit envisager la suite....merci nessyou21@yahoo.fr 0609987323

  • Bonjour, je suis un élève de première L et réalise mon TPE sur le thème : Le rap, un moyen d’expression. Merci pour les infos de votre livre. Si le travail fini vous interresse, je pourrai vous le passer. Si vous le voulez, laissez un commentaire ici et je vous expliquerai comment vous l’envoyer. Merci encore pour les infos ! Valentin

    • bonjour a tous, je m’interresse depuis quelque temps ou rap et a un peu tous ce qui tourne autour, j’aimerai bien avoir le maximum de document parlant du rap, donc si vous avez quelque truc (pdf, site internet,...ou autre) merci de me le dire, voila mon adresse mail : ultradelasud1992@hotmail.fr

      merci d’avance ;)

  • salut, pour vous dire que la culture hip-hop a évolué, quelle se réduit de plus en plus à un bizness qu’elle perd son essence et ses valeurs, bref le rap nique tout avec une bande de branleurs qui ne visent que la guez la villa et les bitchs<...FUCK IT ! les résistants ne passent pas dans les médias mais heureusement ils sont là (surtout en provinve), une culture plus qu’un faux moyen de vivre, les vrais ne mesurent que leur art (le reste on verra...) Donc nique tout le « pseudo mouvement » caillera qui vise les dollars en jouant les « victimes », va au bled mec, et tu verras s’il tient ton putain de fond commerce à la calimero, boy bas toi et ne te plains pas de ce que tu fera aux autres si ça marche pour toi un jour....T’aura une marque de sape, tu feras travailler des minos du tiers monde en disant « j’ai pas l’choix ! » FUCK IT... Le hip-hop vrai devient rare et peut-être que c’est pas plus mal (dieu reconnaitra les siens...) bon bah boujou les gars (positif-impakt@hotmail.fr) et big up à la Nuance Subtile (hip-hop 2 Hot-Normandie)...

  • Pour des raisons pratiques, je me suis permis de convertir les pages en fichier global PDF (sans signets). Si autorisation davduf.net, il est dispo en téléchargement sur demande ==> fandilule@tiscali.fr

    • hey hey...

      Bonne initiative ! Peux tu m’envoyer une copie pdf que je vois ce que ca donne ? Merci !

      D.

    • Hé bien, voilà, le fichier est pret. Yo Revolution Ra en PDF

      Un garnd merci à Fandidulé pour tout le mal qu’il s’est donné !

    • Oh le lien pour le fichier pdf ne marche plus !!!

      J’ai pas eu le temps de le conserver dans mon ordi... est-ce que quelqu’un pourrait me l’envoyer par mail please ???

      merci à tous...

      et souvenez-vous : Peace, Unity,....etc

      Bises,

      Marion

      mail : mayleen71@yahoo.fr

  • la médiocrité des mélodies pop africaines de johnny clegg ?? passe ton bac d’abord, cultives toi, ensuite tu parleras sur la médiocrité, pauvre (h)urluberlu ! Ensuite tu feras du sport et t’essaieras de lever ta jambe au dessus de ton bras de fauteuil.

  • bonsoir je souhaite connaitre le titre de l album de la rappeuse DA BOSS année 1992/1993 merci

  • bonjour je voudrai savoir a partir de quel age vous prenez les perssones qui font de la musique car moi je tien un groupe de rap et j’aimerai me faire entendre alors reponder moi sil-vous play. aurevoir et repondez nous vite merci..

  • OK Franck. J’ai pourtant bien supprimé ton nom depuis un bail. Je ne vois pas où il apparaitrait...

    Pour information, il s’agit d’un livre qui date de... 1991.

  • Bonjour David. Je suis curieux de votre lecture de cet article sur l’électro hip hop.

  • Bonsoir,

    J’avais rencontré au siècle dernier Candy gràce à mon ami musicien Fred Montabord alias Docteur Fred. Avec un ami Olivier Brial (rip) nous avions produit Africa Bambata en concert au Place et à SOS Racisme avec un big band dont Sydney à la basse , Dcteur Fred et Edddy Emilien aux claviers, Yves Njok guitare, Brice Wouassy battereie... Ma question que devient Candy ? Texaco et Mariam me connaissent du temps où je manageais pour Africa Fête en France le goupe de hip hop ragga sénégalais Positive Black Soul de 93 à2000 (PBS que nous avions aidé à la signature en maison de disque : Mango/Island UK et chez Polygram musique pour les éditions ) Merci d’avance pour votre réponse

    Salam-Shalom

sous-culture

yo ! révolution rap

En route !