Ça fuit !

Le 22, à Humeur.

Par -* temto., 25 avril 2007 | 4965 Lectures

Depuis que j’ai quitté l’île de Liliput et rangé les Playmobil, j’entends ce procès fait -à la Gauche- en... « Idéologie. » Anathème récurant, sussuration superstitieuse, grimaces en cul-de-poule pincées, outrées, et réactionnaires : « Idéologie. »

À peine troussées, dans le petit bois, les premières tuniques, une fois bus les premiers bocs, le refrain était toujours le même : la faute au Goulag, (jusque) « la faute à Napoléon » (à Bérézina)... Et les coups à boire, plus fortement titrés, de trinquer loin, hors de la fédération. Et les filles plus âpres encore à érotiser politique... « Idéologie ! » « - Hein, quoi ? Dis moi plutôt Gucci-gouzi, chéri. Fuyons tout de suite-Vuitton, et ensemble Fauchon... » Le temps de fumer quelques cigarettes mal roulées, le temps, à rêver que les cloisons tombent, de poser quelques graffitis allusifs, et encore, toujours elle, toujours là, la perverse ritournelle de l’Idéologie. Ultime jet de faucille, argument-massue, poids de l’Histoire à tout coup victorieuse, désormais, le Mur tombé à l’Est. Voyez vous-même sur CNN où mène l’Idéologie ! Celle avec un fort accent, avec le couteau entre les dents, la moustachue, la rouge, la verte ou la barbue. La rengaine continue. Aujourd’hui une petite tête blonde retrouve mes jouets d’enfants. Aujourd’hui les mêmes tempes grisonnent hi-definition. Cyniques moues libérales et froncements sécuritaires : « Idéologie. » Pensez-donc... manquerait plus que les cerveaux Coca Co. se mettent à pétiller... que le bas-peuple de France se mette à avoir des Idées. En « démocratie d’opinion », « on », cet inconscient collectif, pourrait bien alors se souvenir, d’autres barbarismes. Du genre « Lutte » ou « Classe ».

Trente piges de ce traitement : centre-vent tripotant la droite tape-dur... président. Mais au fait, à droite-Droite, qu’est-ce qui fonde l’idéologie ? Quelle vieille lune à lorgner ? Quel épouvantail à agiter ? J’ai quant à moi quelques suggestions inventaires, lapidaires, à faire : Les Privilèges. Le Sang Bleu. La Restauration. Le sabre. Le goupillon. La Cagoule. La callote. La collaboration. Pétain. Barbie. Papon.

Et caetera.

« M’enfin... » (comme dit le prophète) ; voici venues les deux semaines du « choisis ton camp, camarade ! ».

Pour les moins concernés de mes vrais amis, c’est plié. Vrai. Quelques vrais amis... J’écris « vrais amis » parce que la quête est la même : naturelle, intellectuelle, libre, gratuite, artistique, dérisoire, élective. Quelques amis en quête, sinon du dieu Vérité, du moins, à l’affût de quelques uns de ses avatars, de ses anges déchus ou rendus à la forêt, ou bien de quelqu’autre chimère. Acolytes goguenards qui marquetons à la loupe (d’orme) les langues (de balsa), qui retournons du verbe, amidoné ou entaché, pendant que tourne la grande lessive automatique. Comparses cherchant des pièces, des pin’s et des perles au fond du tambour d’in(t)ox. Y mettant derechef le chef pour tester l’écho hiérarchique. La parlementaire stéréo... « Ready on the right, ready on the left » Reniflant jusqu’a l’allergie, Mercuro-chrome® contre blanc Nuclear™, les accrocs, les traces, voire les dérapages foireux. Amis quoi, et dans l’Idée, à force de glaner des échantillons lessiviers, des mots doux plus ou moins délavés, un jetton à la main, toujours entre « WASH » et « DRY ». Amis dans les idées à force de chercher sous les machines, sous les systèmes et les appareils les clichés égarés, les postures et les poses, en mode « veille », toujours entre « REC » et « PAUSE » .

Pour les plus concernés de mes vrais amis, c’est réglé. Sûr. Concernés. Cernés qu’on est par les c..., dirait-on. J’écris « concernés » parce qu’on l’est plus ou moins, suivant qu’on est banlieusard tranquille ou banlieusard difficile, suivant que vos parents -et vos amis- goûtent aux joies renforcées du tout-sécuritaire, de la précarité galopante, ou du contrôle aux frontières. Suivant qu’on est jeune ou vieux, qu’on a -ou pas- des livres, depuis toujours, à la maison. Suivant qu’on est rentier dilettant ou gantier intermittent, suivant qu’on vit d’usufruit et d’obligations sur lîle de la Jatte, ou qu’on survit de trafic et d’expédiants, sous un pont ou dans un squatt.

Ce qui est éffarant surtout, ce soir 22 avril 2007, c’est de n’être qu’un grain, de silice ou de diamant, dans le grand rouage audiovisuel. D’être un vain parasite, et, pour m’auto-mix-citer, « survivant de la plus impitoyable des guerres ». Cette fois-ci, celle des médias. Du quatrième rouleau compresseur. Du Landerneau capital : en courbe ou en quartier de camembert, au sein du conseil d’administration, en amont, c’est bien de là que semblent s’incliner les leviers, et enfin le pas-de-tir.

« Tout ça c’est de la mise en scène... »1 Mettre en aval, en couv’, sur la photo, la Very Improbable People ? La coller partout, la compagne gluante, la Seccotine ! Sur fond de primaires, média-anticipées puis officielles autant que cathodiques, qui favorisa ce leurre paritaire ? Invités à gauche sur ce thème très sexué, bien la mettre au premier rang sur la photo... bien à droite. Vendre des copies. Copies comme ersatz ou comme nombre d’exemplaires. Et une fois le coté droit occupé, les déboussolés, les velléitaires, les contrariés pachydermes forcés de gauchiser, se ridiculisant sous leur vieille peau épaisse. Les perches tendues, les lances biens traditionnelles, Travail, Famille, Drapeau, seront à revendiquer ensuite... Pour la curée finale, avec cette chèvre de conte méridional, occuper le champ, l’antenne, le temps. Elle veut voir le Loup ? Elle en a du désir ! Qu’elle rompe sa corde et s’échappe même jusqu’à la deuxième colline... À l’unisson : vendre la copie, avant d’offrir, en rebond et par le Centre, ce qui sera finalement l’original. Et puis... atterrissons.

C’est vendre la gauche, en somme. En tranches. En prestations. Celle qui a tant d’avenir. Celle qui a ses présents après, et celle qui a son petit cadeau avant. La gauche Nitouche et la gauche Pute. Pour les cabinets, pour les baveux en chambre miteuses, pour les rédac-blogg-prestidigitateurs. Et enfin pour nous tous, les morpions. Le grand média-bordel, l’hotel de passe-passe. Poussée hormonale de printemps. Tripotages. Manipulations. Vendre la Gauche, désir de félon, ou de Félicie, comme dans la chanson : « fuite ». Fuites grossières, fuite permanente. Fuite chronique.2

Pour mes amis, c’est joué. Ou presque. Et j’avoue que moi-même, je ne me sens pas très bien. Comme on tend les poignets aux pinces policières, comme on lève les mains en l’air, je solde, je me rends ? Ou bien je me vends ? Allez non, je vole encore, j’emprunte et j’imprime :

« Il faut organiser le pessimisme. »

1Richard Dreyfuss alias Roy Neary in « Rencontres du troisième type. » S. Spielberg

2«  Après l’amour, pisser sagaies.  » S. Gainsbourg in « Marilou Reggae Dub ».

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Messages

  • Davduf, organizer du pessimisme...

    Non, mais...

    Relisons nos classiques, companero :

    « A quoi sert le journalisme ? »

    « C’est la dernière saloperie de barrière qui nous empêche de sombrer dans la barbarie. Sans journalisme, sans circulation d’information, nous lèverions tous la main aux ordres de Big Brother. Le journalisme, c’est la voix des muets et l’oreille supplémentaire que Dieu donne aux sourds. C’est l’unique saloperie de métier qui vaille encore la peine dans la seconde moitié du XXe siècle. C’est l’équivalent moderne de la piraterie éthique, le souffle de rébellion des esclaves. C’est l’unique saleté de boulot amusant qui puisse encore se pratiquer. C’est ce qui empêche le retour au primitivisme des cavernes. Contradictoirement, c’est un domaine où, récemment, sont apparues des choses éternelles : la vérité, le mal, l’éthique, l’ennemi. C’est la meilleure des littératures, parce que c’est la plus immédiate. C’est la clé de la démocratie réelle, parce que les gens doivent savoir ce qui se passe pour pouvoir décider comment jouer leur vie. C’est la rencontre entre les meilleures traditions morales du christianisme primitif et celles de la gauche révolutionnaire de la fin du XIXe siècle. C’est l’âme d’un pays. Sans journalisme, nous serions tous morts et, pour la plupart, aveugles. Sans circulation d’informations véridiques, nous serions tous idiots. C’est aussi le refuge des rats, la zone la plus contaminée, après les forces policières, de notre société. Un espace qui se dignifie parce qu’on le partage avec les types les plus abjects, les plus serviles, les plus lâches, les plus corrompus. Et, par comparaison, il offre des possibilités d’héroïsme. »

    Paco Ignacio Taibo II.

    Voir en ligne : La France d’après : l’exemple d’Issy-les-Moulineaux

    • Quelle joie, marc, de te voir ici. Quelle joie, aussi, bien sûr, de lire Paco Ignacio Taibo II.

      Mais, dis moi... de quand date ce texte ?

      Les jours ci sont si loins, semble-t-il, de ce que ce génie de Mexicain nous dit (non ?).

      Bises affectueuses.

      Davduf

    • Bonjour,

      merci pour les infos concernant la gestion de l’eau à Issy les moulineaux, c’est dans cette ville que j’habite depuis 10 ans et j’étais même pas au courant (d’eau lol ) en même temps je suis pas fan de Santini ce qui est le cas « issy »

      c’est incroyable de voir l’allégeance d’une majorité des habitants à leur maire chéri :( :(

      bonne continuation pour ton travail

      Marion

mauvais esprits

Ça s’active.

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