Ça suffixe sec.

Trois petits brins dans le tapis rouge.

Par -* temto., 16 février 2007 | 7899 Lectures

Proxo’ du pavé chic ou proxy du terroir, ambitieux sur la toile vous vouliez vous offrir « www.tout-de-go.fr » ? Fini, foutu, cocu :

Jusque récemment, c’était encore possible, mais maintenant, ça suffixe. Les trois caractères combinés en bout de chaîne seront désormais l’exclusif privilège des services de la République, et des représentants du peuple.1 Appendice français officiel, étatique, patriotique voire nationaliste -cette exclusive aura sans doutes ses fanatiques- Querelle d’Œdipes -et de dupes- que de revendiquer la marque sur le flanc du bétail ; les dot-com d’un coté, les point-fr de l’autre, et les spongiformes seront bien gardés. A priori, et malgré cet entrefilet du net, tel un motard recordman du km lancé, on pourrait se dire : « On-s’en-fout ». Et passer à la table suivante. Sauf que...

  • Petit flash-back : 15 janvier : Subir en mangeant, comme des millions de compatriotes plus ou moins affamés, un n-ième (!) sujet de JT sur... Nicolas Sarkozy. C’est officiel, le candidat permanent, lance son site tout neuf. Et un frisson monte. J’ai une brève pensée pour les neirds sympathiques croisés à droite et suivis à gauche. Une brève pensée pour les hackers -nostalgie du Solex Crack Band... -

Mais, initié que je fus par un maître du wU- dans cet art, dans cette guerre, le frisson vite l’emporte : comme Jocaste debout avant de se crever les yeux, un « Y » tragique (et grec) se dresse devant mon esprit...

Les jeunes de l’UMP ont déjà dû convaincre leurs aînés, ces « enchanteurs de nouveaux médias » avec force posts sur leur si convivial forum, d’acheter, de déposer également l’adresse diminutive « sarko.fr ». Mais qu’en est-il de «  sarkoz.fr  » ?2 Ce même soir, je tente un clic chez mon vendeur d’adresses : pour un an, pour quelques euros, me voici « propriétaire » -fichtre !-, et 20 janvier, jour de publication : voilà le candidat de la rue d’Enghien squatté, parasité, cloné.

Co-incidence du calendrier ? (Lancement officiel, décret officiel, début de la campagne officielle.) Je découvre -autre frisson- le texte faisant loi. Mince alors : je n’ai aucun immigré hongrois -caution complice- qui puisse faire office de prête-nom à mon site grosses ficelles... Si j’en crois mes sources345, le décret est paru au Journal’ O. le 8 février 2007. Les lois n’étant pas rétro-actives, je respire.

Je sors même faire un tour dans la rue. L’air de Paname est frais, tempo de campagne, fébrilité « tranquille » d’un compte à rebours codé en java. De suaves parfums montent même du métro, n’en déplaise à Zazie. Un trottoir plus loin, autre effluve. -Hybride, hydroponique celle-là-. Ce n’est pourtant pas le printemps : encore trop de bleu marine. On rafle, on reconduit. (Ma boîte-aux-lettres est pleine de cris.) L’urticacé chef de la police toujours, pollen insidieux, aux effets puissants et immédiats. Ministre narcotique : télé, fumez, dormez. Surtout ne soyez pas en manque quand vous irez voter. Humez fort ma térébenthine plutôt qu’en faire de méchants cocktails...

Et tant-pis si mon grand éveil est votre « odieux lendemain. »6

1-* Art. R. 20-44-43. I. – Le nom de la République française, de ses institutions nationales et des services publics nationaux, seul ou associé à des mots faisant référence à ces institutions ou services, ne peut être enregistré comme nom de domaine au sein des domaines de premier niveau correspondant au territoire national que par ces institutions ou services. II. – Sauf autorisation de l’assemblée délibérante, le nom d’une collectivité territoriale ou d’un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, seul ou associé à des mots ou abréviations faisant référence aux institutions locales, peut uniquement être enregistré par cette collectivité ou cet établissement public comme nom de domaine au sein des domaines de premier niveau correspondant au territoire national. III. – Le nom d’un titulaire d’un mandat électoral, associé à des mots faisant référence à ses fonctions électives, peut uniquement être enregistré par cet élu comme nom de domaine au sein des domaines de premier niveau du système d’adressage par domaine de l’internet correspondant au territoire national. IV. – Les dispositions du présent article ne font pas obstacle au renouvellement des noms de domaine enregistrés avant l’entrée en vigueur du présent décret : – par une société ayant une dénomination sociale identique au nom enregistré et ayant déposé ce nom en tant que marque avant le 1er janvier 2004 ; – par une association de défense et de promotion de l’appellation d’origine dont le nom est enregistré.

  • Art. R. 20-44-44. Le choix d’un nom de domaine au sein des domaines de premier niveau correspondant au territoire national ne peut porter atteinte au nom, à l’image ou à la renommée de la République française, de ses institutions nationales, des services publics nationaux, d’une collectivité territoriale ou d’un groupement de collectivités territoriales, ou avoir pour objet ou pour effet d’induire une confusion dans l’esprit du public.
  • Art. R. 20-44-45. Un nom identique ou susceptible d’être confondu avec un nom sur lequel est conféré un droit de propriété intellectuelle par les règles nationales ou communautaires ou par le présent code ne peut être choisi pour nom de domaine, sauf si le demandeur a un droit ou un intérêt légitime à faire valoir sur ce nom et agit de bonne foi.
  • Art. R. 20-44-46. Un nom identique à un nom patronymique ne peut être choisi pour nom de domaine, sauf si le demandeur a un droit ou un intérêt légitime à faire valoir sur ce nom et agit de bonne foi.

2Entre autres analogies, ce jeu de mots à la John Boorman m’avait déjà fait réfléchir : « Zardoz », divinité statufiée, pouvoir supérieur fantoche, qui prend du blé et vomit des armes à une milice virile et assermentée... laquelle milice est convertie à éliminer, des brumes d’un no-man’s land jusqu’à la frontière, les indigents et/ou les indigènes...(cf. :) http://www.imdb.com/title/tt0070948/

6Charles Baudelaire -« Poème du Haschich. » in « Les paradis artificiels. »

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Messages

  • Si je lis bien : « Le nom d’un titulaire d’un mandat électoral, associé à des mots faisant référence à ses fonctions électives » signifie que sont concernés les « DeVillepinpremierministre.net », « RoyalPoitou.org », ou « MartinArdeche.info » (totalement inventé mais probablement réel) : illégaux. Les mêmes en .fr : parfait
    Tout cela laisse quand même beaucoup de latitude.

    Pondre une loi pour ça ! Le législatif est tombé bien bas....

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