Séance d’écoute musicale

Du collage dans la musique [manuel technique de survie]

By Vieux Thorax, 16 June 2007 | 52171 Visits

Perspectives

Aujourd’hui, le collage, par le biais des échantillonneurs / samplers, est devenu un outil usuel dans la production de musique, aussi bien savante et expérimentale que commerciale et grand public. Dans le rap et r’n’b actuel, on peut trouver au milieu de choses très convenues des fulgurances, des couleurs sonores inhabituelles inenvisageables il y a vingt ans mais qui obtiennent aujourd’hui un fort succès populaire (cf. l’exemple de Get ur freak on de Missy Elliott, produit par Timbaland).
« Timbaland a fabriqué, au fil des ans, un son qui a profondément transformé l’univers de la pop et du hip-hop : bruits futuristes, refrains joués à l’envers, sifflets, tablas, échantillonnage de gouttes d’eau, le tout, couché sur d’agressives lignes de basse. »
(Cyberpresse.ca - mars 2007)
http://www.cyberpresse.ca/article/20070331/CPARTS/703310742/5756/CPARTS

Dans le documentaire Universal techno (de Dominique Deluze) quelqu’un dit qu’au delà du coté fonctionnel de la danse, la techno a permis de faire assimiler à un large public tout un univers sonore auquel elle était auparavant imperméable. Il en va de même avec le hip-hop, et dans la foulée, ces évolutions ont été intégrées assez largement dans la culture rock, voir même dans la pop musique au sens le plus large (voir à ce sujet la forte capacité d’influence de la publicité).

Le collage, c’est la possibilité du mélange, et c’est aussi la création d’accidents, par une façon non lisse de mélanger des éléments, des influences différentes… dans ce sens là, on peut parler d’une éthique du collage.

Selon Bill Laswell (bassiste et compositeur important, à la croisée de nombreux styles musicaux) « le travail de montage est tout aussi fondamental [aujourd’hui (techno, hip-hop) que] dans les morceaux de musique qu’on trouvait dans les bacs des disquaires des années 70. Nous ne le savions pas à l’époque, nous pensions que c’était ainsi que les gens jouaient de la musique […] mais tout est en fait question de manipulation ».
(Modulations, p. 119)

La musique enregistrée est donc en bonne partie affaire de collages, aujourd’hui (logiciels de musique ou mix sur platines) comme hier (montages sur bandes magnétiques). On aurait pu citer aussi le travail de montage en studio de Miles Davis et de son producteur Teo Macero (cf. un court entretien passionnant dans Modulations, p.75) et bien d’autres exemples encore…

Portfolio

  • Howie B : Snatch (1999)
    Howie B : Snatch (1999)
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Forum posts

  • Bonjour j’ai beaucoup apprécié votre article : Du collage dans la musique. Je voudrais vous demander l’autorisation de le reproduire sur le forum de l’art du collage, en citant bien sur l’auteur et lien vers votre site. Avec mes remerciements pierre jean varet http://www.artducollage.com http://forum.artducollage.com

    • bonjour, désolé de répondre si tard! c’est possible, oui (à quelques petites conditions sur les sources à citer...) me contacter, ou donner un contact, merci.

  • Un dossier spécial samples est paru dans le N° 221 de KR (Keyboards Recording ; juillet-aout 2007), un mensuel consacré à la technique du “home studio” et à la musique en général (rock, techno, pop...). Sur environ 12 pages, on y trouve toute l’histoire des sampleurs et des échantillons, depuis le début des années 80. C’est bien résumé et plus fiable techniquement que ce qu’on peut trouver dans le document ci-dessus ! Contenus : Au gré des formats : Depuis 1986, où l’intrusion des sampleurs Akai a popularisé l’emploi des sons échantillonnés, les bibliothèques n’ont pas cessé de croitre... (2 p.) Et le son entra en banque : Des 1ers sampleurs de la fin des 70’s aux colossales banques de ce début de 21e siècle, l’échantillonage a révolutionné notre manière de produire un grnad nombre de styles musicaux. Tour d’horizon de 30 ans de sampling. (3 p.) Au coeur du développement : (interviews - 1 p.) Des échantillons sur mesure : Les échantillonneurs prennent de + en + d’importance dans nos home-studios. L’alternative à l’exploitation des banques de samples est la création d’échantillons, une opération abordable. (4 p.) etc... www.keyboardsrecording.fr

    View online : www.keyboardsrecording.fr

  • Merci Vieux Thorax pour cette référence au numéro de Keyboards recording que je ne connaissais pas et que je vais essayer de retrouver !

  • Hello! Bravo pour ce bel exposé. Toutefois, un aspect de la démarche n’a pas été abordé: celui des droits. En effet, la SDRM rechigne fermement a autoriser le pressage de disques faits intégralement de collages. Et pourtant, dans le domaine des arts plastiques, le fait d’associer sur le même support divers éléments découpés/déchirés/“volés” ne semblent poser aucun problème. Je pense que cette situation montre à quel point l’art du collage sonore a du mal à être reconnu. Serait-ce le début d’un combat?

  • Bonjour et merci. En effet, c’est un problème, cette position de la SDRM. En même temps, ça n’a pas empêché la sortie de nombreux disques connus (DJ Shadow, Fat Boy Slim, etc...). Espérons que tout ça évoluera dans le bon sens. Parallèlement, l y a aussi un autre phénomène : de + en + de choses ne sortent plus en disque mais seulement en téléchargement, et là, la SACEM et la SDRM semblent être “hors-circuit” (pour l’instant en tout cas)...

  • Bonjour Vieux Thorax, très bel article! Baptiste @ http://www.myspace.com/baptman

  • Heureux d’être tombé sur votre site web. C’est fou que c’est complexe le monde de la musique ! Je trouve cela vraiment enrichissant de découvrir les différences entre toutes ces techniques. Je rencontre ces termes presque au quotidien en écoutant de la musique mais franchement je ne connaissais pas distinguer entre un mashup/ sample et autre. Le terme anglais pour ’collage’, est ce que ce serait ça qu’on appelle un ’mix’ ? Ou est ce que ce serait uniquement un diminutif pour remix ? Christian Pellerin Twitter : Christian Pellerin

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