Cacophonie gratuite | Musique gouvernementale

P2P DJ Devedjian

Par David Dufresne, 24 juin 2004 | 6796 Lectures

Qui a dit ?

« Les responsables du secteur (musical) considèrent depuis des années qu’il est plus profitable pour eux de fabriquer des vedettes pour vendre des disques (...) Résultat : les maisons de disques ont préféré faire la promotion d’interprètes plutôt que d’auteurs-compositeurs. A tel point que le président d’Universal, Pascal Nègre, disait il y a quelques années : « Si Jim Morrison ou Jacques Brel entraient aujourd’hui dans mon bureau... eh bien je ne signerais pas avec eux ! » Cela n’a strictement rien à voir avec Internet et la piraterie ! Voilà pourquoi je pose la question : qui fait mal son métier dans cette affaire ?

Qui persiste ?

« J’ai mené une enquête pour savoir pourquoi les jeunes piratent. La réponse est limpide : les disques sont trop chers, et certains titres ne sont plus disponibles que sur Internet. Des tarifs trop élevés, une offre de plus en plus réduite et une surface de vente de plus en plus faible ; à cela s’ajoute un produit de substitution, le DVD qui cannibalise le CD. Voilà où est le problème de fond. »

Et signe...

« L’industrie du disque est trop concentrée entre les mains de quelques multinationales. »

Précisions

Le soir même suivant son interview, P2P Devedjian, ci-devant avocat de Jacques Chirac, devait accorder un chat au site promusicfrance.com1 dont le slogan n’est pas (plus) tout à fait raccord avec le ministre : « promusicfrance.com s’adresse à tous ceux qui aiment tellement la musique qu’ils la téléchargent gratuitement sur les réseaux peer-to-peer sans se rendre compte du mal qu’ils font aux créateurs qu’ils aiment, et à tous les acteurs de la filière musicale. »

Précisions Remix

Mardi matin, le lendemain de l’interview P2Pat’ DJ Devedjian, voici l’aimable ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, sur France Inter2. Et c’est la vieille rengaine qui recommence : Haro sur les pirates ! Haro sur les tueurs de Culture ! Haro sur les tueurs économiques !

En substance : sans fric, pas de culture ; ou, sous-entendu plus clairement : : « sans rapport marchand, point d’industrie culturelle ».

Erreur. Voici Ballu. Erreur : voici des centaines de milliers de dématérialisés qui vont chercher dans les électrons ce que les ondes ne proposent plus. Erreur : la musique est actuelle ; elle est mutante, portable, transportable. Finis les bacs, oubliés les disques, carbonisés les Majors et les Minors. Elle fut hifi ; elle est devenue wifi. Sans fil, sans Fnac. Les maisons de disques veulent une baisse de la TVA ? Elles l’ont : O% de O Euro.

Lost in the Supermarket The Clash

I’m all lost in the supermarket
I can no longer shop happily
I came in her for that special offer
A guaranteed personality

1organisme qui regroupe la majorité des pros du secteur (SACEM, UNAC, CSDEM, SNEP, UPFI, SCPP, SPPF, SDSD, MMF France et PRODISS)

2lui, qui, il y a quelques jours avait déjà détaillé son plan contre le piratage des oeuvres audiovisuelles. Rafraîchissons notre mémoire : « Il faut susciter une prise de conscience sur les dangers de la piraterie, pour qu’elle ne soit plus un phénomène socialement accepté » avait-il lancé, sans rire. Sans rire, non plus, il avait annoncé la création d’un « comité national anti-piraterie » piloté à compter du 15 juillet par le même... P2Pat’ DJ Devedjian.

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