Cash from chaos

Par David Dufresne, 17 août 2004 | 114 Lectures

Dans un texte sur, Vincent Cespedes, « penseur jeune génération », croit utile de défoncer une porte ouverte : « Plus globalement, c’est toute l’authenticité des cultures contestataires qui fut récupérée en moins de dix ans par la société de consommation. Le pouvoir corrupteur de l’argent fit de la protestation une marchandise, et de la prose incendiaire un hymne vantant le capitalisme, le défaitisme et la résignation. »

L’audacieux, dont le texte circule un peu partout ces temps-ci, s’en prend en l’occurence aux NTM. Mais ses lignes auraient tout autant pu être écrites dans le passé et s’adresser à Presley en 62, à McCartney en 72, aux Sex Pistols en 77 (« Cash from chaos ! » disait McLaren), c’est dire leur pertinence.

Cespedes commet cependant une seconde et belle erreur, et pour un « philosophe » c’est ennuyeux, l’erreur est grammaticale, les NTM n’ont jamais vanté « le défaitisme et la résignation », seulement ont-ils pointé le désarroi (le « désarroi-déjà roi » rappaient-ils en 91, déjà). Et à tout prendre, leur désarroi ok-corral me sied mieux que la pensée tiède et so-correct d’un philosophe qui ne voit pas le monde muter.

Pendant ce temps, l’album rap de ces deux dernières années est signé Madvillain (MF Doom & Madlib). Il s’intitule « Madvillainy ». Justement. C’est la clé : les soi-disant méchants vs les prétendus justes, tout est là.

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Messages

  • j’ai lu l’article de Cespedes que vous pointez. Il faut reconnaitre que l’auteur mélange les choses, et va trés vite d’une idée à l’autre. Néanmoins, son combat n’est il pas aussi le notre ? lutter contre le cynisme ambiant ? A bon entendeur...

    • Et les NTM ne s’adressent pas à n’importe qui. Ils s’appellent « le Suprême NTM » ! Un peu d’honnêteté intellectuelle ne fait pas de mal. Peut-être un peu trop ésotérique pour un philosophe...

    • Cynique provient du grec ancien ???? [kuôn] qui signifie « chien », en référence à l’attitude d’Antisthène, le fondateur du cynisme, puis de celle de Diogène de Sinope.

      Platon définissait Diogène comme un Socrate furieux dont le but est de subvertir tout conformisme, tout modèle moral. Sa philosophie se traduit par des actes volontaires et provocateurs.

      Il transgresse tout les fondements mêmes de la culture, il vit avec une prostituée, il urine et aboie comme un chien (d’où le nom de l’école, qui est également liée au fait qu’Antisthène enseignait près du Cynosarge, un gymnase), fait l’amour et se masturbe en public, il n’hésite pas à mendier, ne respecte aucune opinion et provoque même les puissants. L’éthique cynique est une sorte de régression en deçà de l’humain. La finalité de l’éthique cynique est l’atuphia, absente de vanité.

      L’école cynique a été vivace durant toute l’Antiquité, de la Grèce jusqu’à Rome. Les principaux cyniques sont :

      Diogène

      Ménippe

      Stilpon

      Timon

      D’une certaine manière, Jean-Louis Costes en est un successeur actuel.

      Voir en ligne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cynisme

    • Y avait pas NTM 93, aussi ?

  • Je ne suis pas du tout d’accord avec votre critique de l’Article de Vincent Cespedes. Ce philosophe représente à mes yeux un véritable espoir pour une reviviscence de la pensée critique et de la création intellectuelle, en ces temps de consensus mou ! Ces derniers ouvrages sont d’ailleurs excellents : * « Contre-Dico philosophique » (Milan, 2006), à lire comme un essai, en suivant le parcours fléché. Un livre très accessible, pour tout public, et vraiment vraiment captivant ! * « Mélangeons-nous. Enquête sur l’alchimie humaine » (Maren Sell, 2006) : extraordinaire traversée qui refait le monde à partir d’un concept, le « mélange » ! Mais, surtout, Cespedes est l’auteur d’un roman de 630 p., « Maraboutés » (Fayard, 2004), que NTM approuverait sans doute, et qui mêle la beauté éblouissante de la langue (avec toutes sortes de subversions, y compris orthographiques !) et la haute teneur du propos. J’appelle tous les français des cités à lire cette épopée urbaine et africaine, c’est un chef-d’ouvre absolu ! Vivement un deuxième roman !

  • Je trouve, pour ma part, l’article de Vincent Cespedes vraiment excellent. Il est sans conteste l’intellectuel le plus prometteur de sa génération ; j’aime son indépendance, son humour, sa créativité, son style de haute voltige ! Je vous recommande ses 3 derniers ouvrages : * Mélangeons-nous. Enquête sur l’alchimie humaine (Maren Sell, 2006) : une extraordinaire traversée philosophique, existentielle, spirituelle et politique ! * Contre-Dico philosophique (Milan 2006) : à lire surtout comme un essai, en suivant les corrélats !! Pour tous âges et tout public, passionnant et très accessible ! * Maraboutés (roman, Fayard, 2004) : 630 pages hallucinantes ! Que NTM approuverait à tous les coups ! Une prose hors du commun et des thèmes actuels !

  • Deux postes quasi identiques, sous deux différents noms... c’est suspect ,-)

    • Je suis assez d’accord avec votre analyse. Cespédés est sans doute un gentil garçon, mais il présente ce paradoxe que Baudrillard avait bien vu : il produit une critique « intégrée au système ». Il paraphrase la doxa ambiante, en prétendant la pulvériser : c’est un « opportunisme critique ». Il faudrait maintenant décoder le symptôme qu’il représente. Une pensée toute faite, sous une rhétorique raccoleuse. Ainsi fait-il crédo de bons sentiments et d’une pseudo-érotique (son livre « Je t’aime »...), prétendant réinvestir le discours philosophique. Sous ce vernis de « bien pensance oppositionnelle », se cache sans doute une « morale réactive », comme on l’a vu avec les « Nouveaux philosophes » (et Comte-Sponville plus récemment) : des épiphénomènes de la pensée, distillant une « bonne conscience de circonstance ». Ces « disques-jockeys » (pour reprendre Deleuze) ne seraient qu’un « signe », mais vide.... Le bon côté serait que leur complaisance à jouer les marionnettes, en parfait mimétisme avec le système qu’il font semblant de dénoncer, donne au moins à penser...

  • Quant à l’(auto ?)éloge que (se ?)fait « Sam »,avec ses messages publicitaires, la « créativité » de Cespédés n’est pour le moment qu’une réactivité :« l’amazone apprend à l’homme qui tremble à se montrer brave, couillu et valeureux » (Je t’aime, p.271). Un vrai roman de chevalerie ! Quand à Maraboutés, Cespédés confond litterature et « roman à thèse » : des tartines de bonne conscience sous pretexte d’invention - manipulation superficielle de la langue, pseudo- transgressions..Voilà une idée bien aseptisée de la littérature : croire que le bricolage concerté de l’orthographe puisse « faire littérature »...

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