les thugs, « strike »

Par David Dufresne, 23 mars 1996 | 5448 Lectures

Un soir de 1993, à la Roche-sur-Yon, les Thugs jouèrent comme à chaque fois. Un peu comme ces gardiens de but - angoissés, dit-on - au moment des penalties, qui n’ont d’autres alternatives que :

  • Sortir le grand jeu
  • Ou se faire siffler.

Ce soir-là, comme chaque soir, les Thugs - eux-mêmes gardiens d’un certain feu sacré, celui du punk rock - étaient en finale. Contre eux-mêmes, et leur noirceur. Pour eux-mêmes, et le besoin de chasser l’humeur (mauvaise) de leurs consciences.

Devant eux - comme à Los Angeles, Londres, ou Florence - les afficionados de la Roche-Sur-Yon s’agitaient. C’était du hourra rock ’n’ roll. Les Thugs jouaient vite, et fort. Le feu ne fut pas éteint.

Quelques minutes auparavant, dans la conversation, quelqu’un du groupe avait sorti ça, comme une confidence, une évidence : "Dès nos débuts [en 1983] nous avions des idées précises sur ce que nous voulions faire. On savait qu’on suivrait nos buts sans écouter ni les critiques, ni les louanges. Nous pourrions chercher à changer de style à chaque album, explorer d’autres musiques mais nous préfêrons ceux qui s’obstinent à développer leurs idées-forces. On ne demande pas à un peintre de changer son coup de pinceau tous les deux ans."

Deux ans plus loin, le propos brille encore de sa belle lucidité. Le sixième album des Thugs, « Strike », sonne thugs. On ne change pas une équipe qui gagne, diraient les commentateurs sportifs.

Ainsi donc : malgré plus de six cents concerts, plusieurs tournées européennes et nord-américaines, des propositions à faire tourner les têtes et les comptes en banque de beaucoup, les Thugs thugsent toujours, plus opiniatres que jamais, sans baisser les bras - ni le reste. Et sans lassitude. Comme s’il y avait, chez eux, une obligation à être. Un truc qui touche à l’essentiel, à la nécessité. A l’absolu, qui sait ? A l’image de quelques autres, reconnus après beaucoup d’ardeur et de tant labeur (Sonic Youth, Neil Young, ou Steve Albini - ici producteur, précisément - etc).

Et dans un monde où ne vaut que ce qui se zappe, n’existe que se qui est calibré, marketé, emballé c’est pesé, la régularité et la longévité des Thugs apparaissent tel un signe salvateur. Un signe qui dirait que, non, tout n’est pas perdu. Qu’on peut rester fidèles à ses amis (Les Thugs furent, sont et resteront angevins). Qu’on peut demeurer indépendants (leur nouvel album est distribué en France par Roadrunner et dans le reste du merveilleux monde par Sub-Pop). Que les petits studios (en l’occurence, celui de l’ami Ian Burgess, Black Box) valent mieux que bien des grandes salles capitonnées. Ou encore, enfin : que la lutte, hum, continue.
Il faut savoir commencer une grève.
Le nouvel album des Thugs s’intitule « Strike ».

Un camarade gréviste

Post scriptum :

Dans la conversation d’avant concert, un des Thugs ajouta : "Franchement, que nous pourrions faire de mieux [que jouer notre musique] ? Quand nous avons demarré, jouer à Nantes était notre projet ultime. On s’éclatait devant trente personnes. C’est presque plus agréable maintenant qu’à nos débuts"

L’album :

1. Allez Les Filles ! 2. Summer 3. Strike 4. Poison Head 5. Loving Son 6. Bella Canzon 7. Assez ! 8. Waiting 9. Stories 10. New Day 11. The Letter 12. So Heavy

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Messages

  • Hello everybody, Voici une petite anecdote qui montre l’ une des facettes du groupe : suivant les Thugs depuis quelques années, après avoir assisté à leur dernier concert parisien à l’ Elysée Montmartre, je me dois d’ assister à leur toute dernière prestation. Leur dernier set a lieu à La Roche Sur Yon.(Le Fuzz’yon). Beaucoup de monde devant la salle et malheureusement tout est complet. J’ aperçois le batteur du groupe discutant dehors avec des potes. (vous en connaissez beaucoup des groupes qui tapent la discut sur le trottoir avant un concert ?). Je le salue lui fait part de mon désappointement face à cette situation. Il me dit alors d’ attendre quelques minutes. Il rentre dans la salle, et revient un instant plus tard avec un type qui me fait rentrer tranquil... ROCK N ROLL !!!! (Une histoire à peu près similaire s’ était produite aux printemps de Bourges. Concert complet. Avec mon pôte, on se retrouve derrière la salle, face aux loges. On y va au culot, on demande à parler à Christophe. Il arrive qqes minutes plus tard et nous fait rentrer par les loges...). Sur ces bons souvenirs, @+