l’ère du plagiat systématique et généralisé

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Par arnaud viviant, 19 mars 2004 | 11053 Lectures

L'homme des promesses
L’homme des promesses
Au centre : Jack lang. A gauche, l’ami Nickman. A droite, Snuff.

Quand j’étais gosse, je passais des heures à enregistrer les disques de mes copains sur des cassettes audio. Je fabriquais moi-même des jaquettes à la main, je découpais des photos dans les journaux, que je collais ensuite plus ou moins artistiquement pour avoir de jolies cassettes. A l’époque, les disques vinyle coûtaient déjà cher, et la baisse de leur TVA relevait déjà, comme le droit de vote des immigrés, d’une promesse mitterrandienne jamais tenue. Combien de fois, durant les années 80, ai-je entendu Jack Lang en parler comme d’une chose acquise, et combien de fois l’ai-je « entendu » ne plus en parler ?

En ces temps lointains et mirifiques, on ne parlait pas de « piratage ». Dans mon souvenir, le problème du manque à gagner des artistes par la reproduction à « usage privé » de leurs œuvres sur cassette audio (puis, bientôt, pour le cinéma, sur VHS) avait été vite réglé financièrement par la mise en place d’une taxe sur chaque cassette vierge vendue. Nous pouvions donc enregistrer des œuvres sans nous sentir coupables ou voleurs, sans être dénoncé à la police. Après quelques épisodes tragi-comiques, l’idée d’une redevance sur les magnétoscopes fut même abandonnée. Et bien que nous fussions, jusqu’aux plus pauvres d’entre nous, tous équipés désormais de magnétophones et de magnétoscopes, les industries du disque et du cinéma continuaient d’être florissantes. Comme quoi...

communisme de génie

Aujourd’hui, magnétophones et magnétoscopes sont bons pour la casse. Grâce à l’ordinateur domestique (que toutes les politiques gouvernementales de droite ou de gauche nous invitent à acheter) et à sa mise en réseau, musique et cinéma se dématérialisent : le support est mort. Grâce à une bande de fabuleux hippies californiens, nous sommes ainsi entrés dans ce qu’un commentateur de Lautréamont, Maurice Saillet, pouvait déjà appeler en 1953 « l’ère du plagiat systématique et généralisé, ce communisme de génie, qui marquera l’abolition de la propriété dans les lettres et dans les arts ». (Nous soulignons.) Des jeunes forment ainsi, en dehors de la consommation, des communautés d’internautes partageant leurs trésors musicaux, leur passion pour tel ou tel artiste. Préférerait-on qu’ils brûlent des voitures par ennui ? Là n’est pas le problème, objecteront les clercs. Le problème, c’est la soi-disant défense du droit d’auteur, autrement dit de la matière grise définie comme capital, et protégée en tant que telle comme une propriété privée. En somme, le problème c’est la défense du capitalisme. La musique doit rester payante, y compris lorsqu’elle est l’accompagnatrice servile de nos courses au supermarché, la peinture murale de nos dîners en ville, l’oxygène crachotée par des hauts parleurs lors de la kermesse du village breton. Car le droit d’auteur que l’on défend mordicus ne va tout de même pas jusqu’à permettre à l’auteur de protéger la valeur d’usage de son œuvre.

Gramop3hone
Gramop3hone

Le pauvre auteur a naturellement bon dos dans cette histoire. Du reste, on l’entend peu, moins en tout cas que ses producteurs et diffuseurs (qui, eux aussi, par une perversion bien entendue du système, touchent aussi des droits au nom de la liberté de création qu’ils protègeraient). En réalité, sous couvert de défense de l’auteur et de ses revenus, c’est bel et bien à la gratuité qu’on s’attaque. Pareillement, on a vu, il y a trois ou quatre ans, des éditeurs français bien intentionnés s’attaquer au prêt gratuit en bibliothèque - autrement dit, à l’idée même d’accès le plus large possible à la culture ayant autrefois présidé à la fondation de ces bibliothèques - au nom du droit d’auteur. Qu’est-ce que l’intelligence ? Qu’est-ce que le talent ? Qu’est-ce que le génie ? Une marchandise plus ou moins chère, répond le système qui ne s’est jamais inquiété, lui, de vendre des copies de copies (la Star Ac’ reprenant mal de bons morceaux, par exemple). En bref, il est temps de défendre, au nom du communisme, ces adolescents pirates qui, sur MP3, court-circuitent un monde qui n’a jamais voulu que les avaliser.

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Messages

  • adolescents ?

    adolescents ?

    adolescent ?

    moi ?

  • En bref, il est temps de défendre, au nom du communisme, ces adolescents pirates qui, sur MP3, court-circuitent un monde qui n’a jamais voulu que les avaliser.

    Tu veux dire “aviliser” bien sûr ?

    Outre le fait qu’adolescent est effectivement un brin réducteur, je ne sais pas quoi répondre. En apparence tu as raison, mais ton argumentation tient plus de l’emporte-pièce que de la nuance — comme l’argumentation des majors, d’ailleurs. Je suis souvent partisan d’une moyenne mesure, avec chaque fois le risque de la mollesse.

    Comme quoi rien n’est simple, hein ?

    (sur ces bonnes paroles il se leva péniblement et alla marcher d’un pas mou vers un bureau de vote, histoire de se donner bonne conscience)

    Voir en ligne : (mon repaire de mollesse)

  • super article, merci. Y a qu’un truc qui m’intrigue, c’est « ...défendre, au nom du communisme ». Ce site est peut-être destiné uniquement à des sympatisants, mais moi je suis passé par là par hasard. Ca vous dérange pas qu’on soit d’accord même si on n’est pas communiste ?

  • c’est rigolo ces bourgeois qui apelle au communisme que pour des bien tout à fait immatériels.

    quand est-ce que nous construirons ensemle la parti en détruisant pan a pan les institutions qui nous traversent, camarade viviant ? quand est-ce que le communisme sera quelque chose que tu éprouve ?

    quand est-ce que tu opérera une réelle rupture avec ce monde, quand est-ce que tu cesseras de le faire vivre comme l’image de lui-même et comme, avant tout, un ensemble de structures économiques dans lesquelles tu te complet ?

    le communisme est en marche. partout.

    Voir en ligne : des textes

    • Dites donc, ami, quelques petits rappels :

      • ici, on discute sans se mépriser, sinon, autant aller se foutre sur la gueule dans une rue sombre, ou sur un plateau télé (ça revient au même).
      • de nombreux communistes sont issus de la classe bourgeoise. Et de nombreux communistes semblent l’oublier, ce qui est bien dommage. Pour ma aprt, je suis ni l’un ni l’autre mais ça ne m’empeche pas d’y réfléchir.
      • merci à Arnaud V. d’écrire toujours ce qu’il pense, et sous son nom.
      • et toi, peter pan, merci pour ton lien - quel site ! Bravo.
    • ici, on discute sans se mépriser, sinon, autant aller se foutre sur la gueule dans une rue sombre, ou sur un plateau télé (ça revient au même).

      je méprise viviant, oui, car le peu du monde qu’il me rend visible, c’est à dire son oeuvre journalisticolittéraire, construit l’exact opposé de ce que je considère comme la pratique communiste, ou indépendemment des mots, Ce qu’il y a à faire c’est à dire, au pif :

      • organiser notre rupture collective d’avec les intititions et entreprise qui nous traversent encore
      • créer les conditions d’une disponibilité collective à la joie
      • penser et satisfaire nos besoin sans participer à de s dispositifs de domination.

      même si la question serait plus comment faire, que que faire. le question politique est la question de notre rapport au monde, du sensible, des modes de partage.

      au passage, je ne promet pas de ne pas essayer de ridiculer ou frapper viviant si j’en avait l’occasion. on ne parle pas de communisme inpunnément. les soi-disant communistes de tous poil devront le savoir un jour où l’autre. ou ne se moque pas de monde comme ça.

      le communisme est historiquement le mouvement réelle de destruction de la société de classe. et c’est pas jsute des histoires. il d’agit de nos vies.

      de nombreux communistes sont issus de la classe bourgeoise. Et de nombreux communistes semblent l’oublier, ce qui est bien dommage. Pour ma aprt, je suis ni l’un ni l’autre mais ça ne m’empeche pas d’y réfléchir.

      la question n’est pas d’où l’on viens, mais comment on va ensemble. être de la petite bourgeoisie planétaire, c’est faire avec l’ensemble du monde. participer au désastre. plus ou moins joyeusement. plus ou moins rebellement. mais sans jamais habiter d’autres plans. continuer à se conformer à la matrice impériale des identitées.

      merci à Arnaud V. d’écrire toujours ce qu’il pense, et sous son nom.

      je pratique l’anonymat.
      merci aux millions d’anonyme qui en jouant d’identités multiple cessent de s’attacher à une forme qui finalement s’autonomisent pour les mouvoir, ainsi, je peux aussi me laisser danser.

      et toi, peter pan, merci pour ton lien - quel site ! Bravo.

      merci. mon intention en écrivant dans ce forom est bien, d’abbords, d’en faire la publicité :-)

      et que vive la failite de soi dans la joie commmuniste.

      Voir en ligne : http://infokiosques.net

  • Manque à Gagner ? C’ est faux !! Les maisons de disques crient sur les toits "halte !! a l’ assasin !!, on perd de l’ argent a cause du net ect... c’ est archi faux Personnellement, si j’ aime un artiste, un groupe et que je veux son album je vais l’ acheter, mais par contre il y a plein de musique que je telecharge (gratuitement), (et que j’ ecoute bien sur). Est ce ici que les maisons de disque perdent de l’ argent ? non, bien evidemant car ces musiques que je telecharge, et bien je ne serais jamais allé a la fnac pour les acheter. En gros je veux dire que quelqu’ un qui a 3000 mp3 chez lui, ne serait jamais allé acheter les 300 albums à la fnac (à raison de 10 chansons par album). Donc voilou qu’ ils arretent de nous faire chier avec leur manque a gagner. Le pire c’ est que ce sont les maisons de disque qui ce plaignent... (ça devrait etre les artistes). Hô thune...

    • Bonjour,

      Pour info, je vous conseille la lecture de l’interview de Janis Ian reproduite dans Linux Magazine qui a un point de vue semblable à celui-ci.

netManiaks

brève histoire d’informatique (personnelle)...

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