Psychotic Réaction | Michael Moore

Par David Dufresne, 18 mai 2004 | 193 Lectures

La vie est ainsi faite qu’on tourne en rond, comme quand les disques étaient des disques, que les majors s’en foutaient plein les fouilles et que le mp3 n’existait pas. C’était rond et con.

La vie, en joli rond. C’est un peu cette histoire. Il y a un an, c’était ça. Aujourd’hui, au détour d’un travail sur les 50 ans du rock (qui est mort), il faut bien puiser l’inspiration là où elle est (vivante). Entre autre, chez David Scrima, le plus grand réinventeur de la critique rock depuis Garnier (Philippe).

Alors, au détour d’une virée chez lui, à un copain journaliste, David Scrima lui remet ce dessin, en introduction à son recueil « Add Some Music ». La reproduction ci-contre est asbsolument dégueulasse et je m’en excuse auprès de l’auteur (à croire que le numérique ne sait que saisir les tortures, mais ceci est une autre histoire). La dédicace évoque les Count 5, torture musicale de 1966, sommet de la dégénérence faite boom-tchak-boom. Comment David a su que les Count 5 comptaient plus que tout à mes oreilles ? Mystère des gens inspirés. Scrima est bien l’un des plus grands carnétistes du moment. Merci à lui.

A part ça, un autre billetiste : Moore. Sur la croisette, avec son film Fahrenheit 9/11 . Un uppercut disent les journalistes ciné, qui s’y connaissent autant en boxe qu’en cinéma, c’est dire la nivo-KO. Pas sûr d’accrocher, pas sûr d’y aller, le précédent Bowling For Columbine, trop prémâché, trop fabriqué, trop clipé (on aurait dit un clip des Dead Kennedy’s 20 ans après mais c’est là le probleme : 20 ans après) ayant passablement montré ses limites. Pas sûr d’y aller d’autant que, comme un document honteux, une sorte de PlayBoy qui n’aurait pas encore jauni, on se refile le portrait du cinéaste paru il y a 15 jours dans le supplément du Monde. Implaccable. Moore est décortiqué, Moore et ses stagiaires, Moore et son argent, Moore et les syndicats, Moore et ses amis (Wesley Clark, etc), Moore et Moore, et ça fait mal. Sur le Net, les conservateurs flinguent à tout va et le pire, c’est qu’ils ont parfois raison.

http://www.mooreexposed.com
http://moorelies.com
http://moorewatch.com
http://www.michaelmoorehatesamerica.com
et le plus troublant : http://bowlingfortruth.com

I feel depressed, I feel so bad
Oh, little girl, psychotic reaction
And it feels like this !

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Messages

  • Le renversement de tendance à propos de Moore est assez plaisant à observer. Il y a eu la mode pro-Moore, il y a la mode anti-Moore maintenant. Tout ceci est d’une rare futilité. Revenons à l’art : Moore est il un bon cinéaste ? Un médiocre documentariste ?

    • Le portrait que Le Monde 2 a fait de Michael Moore est une honte. Je n’ai pas d’autres mots. On ne fait pas 10 pages de magazine sur un bonhomme sans l’avoir rencontré, à moins qu’il soit mort. Comme le journaliste du Monde le reconnait lui-même, il n’a pas pu le rencontrer, du coup il se contente de reprendre les avis des autres, ceux qui l’ont connu et ceux qui comme lui ne l’ont pas rencontré mais se doivent pour des raisons obscures d’avoir un avis sur le bonhomme.

      Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y a des individus qui se disent journalistes qui acceptent de faire ce genre de travail (un portrait sans rencontrer son sujet), et d’autres journalistes pour reprendre ou donner crédit à ce genre de travail. Au bout d’un moment, on parvient à ce genre de phénomènes complètement stériles où l’on voit des pro-moore et des anti-moore s’opposer sur des questions aussi oiseuses que de savoir combien d’étoiles porte l’hôtel dans lequel il dort.

      Moore est incontestablement plus « journaliste » que la plupart de ceux qui en font officiellement profession. Je suis bien d’accord pour reconnaître qu’il y a quelques facilités dans son travail, des clins d’oeil un peu putassier, etc. Mais dans l’ensemble il fait un réel travail de terrain et d’enquête, ce que peu d’entre les professionnels font vraiment. Son discours est énergique et parfois à la limite de la simplification outrancière, mais au moins sa subjectivité (ses prises de position) est clairement affichée.

      J’en arrive à une simple question : vous préférez Michael Moore mort ou vif ? Choisissez donc entre sa nécro avec photos dans Le Monde 2 et voir ses films... C’est un choix disjonctif si je puis me permettre cet extrémisme là !

      Voir en ligne : Michael Moore, mort ou vif 

    • C’est vrai, le pire est de voir d’anciens « fans » de l’homme le lacher, je suis une de ces personnes. J’ai beaucoup aimé Moore, j’étais un grand admirateur de son travail.

      Malheureusement aujourd’hui je vais de déception en déception, Bowling for Columbine a été le déclic, Moore de militant devenait manipulateur, n’hésitant pas à tordre la réalité pour qu’elle corresponde à la réalité qu’il voulait décrire et dénoncer.

      J’aurais aimé ne pas être déçu par Moore.

    • Enfin, mettons nous à détester Michael Moore, il eût été trop bête de se mettre à effectivement aimer quelqu’un, d’autant plus qu’il a du succès.

      L’underground, le vrai, ca c’est l’avenir.

      On sait jamais, avec Moore, on pourrait arriver à faire quelque chose.

      vivement que Pierre Carles soit populaire alors...

    • Ah on est bien en france pas de doute ! Un débat d’une telle hauteur intelletuelle ne pouvait être lancé que par le Monde... sa chambre d’hôtel à cannes, de 300 balles la nuit est passée à 1500 ??? Et alors ? Qu’est-ce que ça peut nous foutre ? Ce qui compte c’est ce qu’il réalise, et qu’on apprécie (ou pas). Ce qui compte, surtout, c’est l’effet sur la population américaine. Ce mec est peu à peu devenu une diva ? Tant mieux pour lui si ça lui fait plaisir. J’avais certes moins aimé bowling for columbine que roger et moi ou the big one, j’avais noté certaines séquences un peu trop accroche-spectateur, mais ça n’enlevait pas la pertinence de l’objet filmique. Non, tout le monde n’est pas beau, tout le monde il n’est pas gentil, et personne n’est parfait. Pourquoi diable ce mec devrait n’avoir aucun défaut ?

    • Bien sûr, il est cocasse de disserter sur le nombre d’étoiles des hotels dans lesquels M. Moore se rendrait. Cocasse mais futile.

      D’ailleurs, l’enquête du Monde va au-delà de ça, bien sur. Elle pose le probleme de l’adéquation entre le discours, et les actes ; le cinéma et le réel ; la fiction et la non-fiction. Il ne s’agit pas d’etre plus royaliste que le roi, de demander à M. Moore d’etre parfait ou je ne sais quoi ; mais de discerner ce qui est du show du reste...

      Disons que le plus troublant réside dans ce que l’on peut trouver sur certains sites de décryptage des films de Moore.

      Quant à produire 10 feuillets de portrait sans avoir vu l’intéressé, c’est regrettable mais pas honteux. Dans certains cas cela peut même être un choix. Le dernier film de Moore est sur G. Bush sans... avoir rencontré l’intéressé. Alors...

    • Soit, discernons ce qui relève du show et ce qui relève de l’homme, du vrai. Faisons des portraits, des vrais. Dans ce cas, Nicolas Bourcier, l’auteur du « portrait » de Michael Moore, n’a pas vraiment mené son travail au bout. En le lisant, j’en ai retiré un sentiment mitigé, pas convaincu que Michael Moore était moins sincère qu’intéressé, ou l’inverse. Je n’ai pas bien vu « l’homme » derrière le show (son image médiatique).

      Ce n’est pas un mauvais tableau mais ce n’est pas un bon portrait. Et je maintiens, on ne fait pas un portrait sans avoir rencontré l’interessé. Mais laissons à chacun son point de vue sur la question.

      Je t’accorde que cela peut être un choix, et c’est sans doute le cas pour le dernier film de Michael Moore vis-à-vis de Bush. Mais il faut être honnête, ce n’était qu’un choix par défaut pour Le Monde, Michael Moore n’est pas encore le président des Etats-Unis. Il suffisait de prendre le temps, de s’y prendre à temps, de ne pas caler sa politique éditoriale de façon obsessionnelle sur l’actualité médiatique, de ne pas être un canard suiveur de plus.

      Pour finir, je pense profondément que l’on a le droit de juger les films de Michael Moore, mais qu’on ne peut pas juger l’homme pour déclasser ses films. Va-t-on ne plus apprécier les films de Truffaut (tiens, je suis dans l’actu - 20eme anniversaire de sa mort à la rentrée) parce qu’il se comportait de façon épouvantablement égoïste avec les femmes ?

      Heidegger me débecte totalement en tant qu’individu, mais je dois reconnaître que son travail a une réelle consistance philosophique (tiens je ne suis plus dans l’actu). Chirac est un pauvre type, et... et..., ah oui, je me souviens, il a quand même bien fait de ne pas engager la France aux côtés des Américains en Irak.

      Enfin, bref, ce genre d’amalgame qui peut donner un débat consistant dans le cas d’une personnalité publique ou politique (un recteur d’université pendant le IIIe Reich ou un ancien premier ministre français) nous ramène au niveau des tabloïds dans les autres cas.

    • Michael Moore laché par Miramax ? Une aubaine, une sorte de certificat d’authenticité de sa contestation ? Moore ne pouvait espérer mieux sur un plan marketing. Aurait-il obtenu la palme sans cette épisode ? Tout ce cinéma n’en est peut-être pas...

    • Michael Moore est un artiste, plus qu’un journaliste : là est certainement la source d’une certaine incompréhension. Repproche t-on à Renaud chantant le malheur populaire de vivre dans le 8ème et de se gaver copieusement de droits divers et variés ? Bien sûr que non : c’est un artiste.

      Si Renaud avait été homme politique, la critique pourrait à la rigueur être fondée, mais là, nous parlons d’un cinéaste. Certes d’un réalisateur de documentaires, mais d’un cineaste.

      N’en demandons pas trop à l’art, il en fait déjà bien assez.

      Voir en ligne : Whatz da diffrence

    • Proposition d’une troisième voie pour dépasser l’alternative anti / pro : il (ne) s’agit (que) de divertissement.

      Les films de Michael Moore sont des divertissements. Comme des romans, des tableaux ou des concerts.

      La question ne devrait donc qu’être : avez-vous pris du plaisir oui ou non pendant la séance de cinéma (et même après en vous remémorant telle ou telle scène) ?

      Ce qu’il y a de bien/mal, vrai/faux, juste/déplacé etc dans tout ça, importe-t-il vraiment ? Le démontage en règle exécuté par bowlingfortruth.com est-il vraiment pertinent ? « A l’imposture ! Michael Moore a menti à Charlton Heston en lui disant qu’il était favorable aux armes à feu. Du coup, ça a mis Charlton en confiance qui s’est mis à dire n’importe quoi... » Ben oui il a menti. Et merci bowlingfortruth qui fournit même des preuves où il est écrit que Michael Moore est, en fait, contre les armes à feu. Au cas où.

      Ben oui il a menti. Et c’en a été beaucoup plus drôle ainsi.

      Sinon. Sinon...

      Le ballu quand même, what a sound ! Côté barbarie.org, on ne demande qu’à en reprendre, de l’élan ! Bientôt...

    • « D’ailleurs, l’enquête du Monde va au-delà de ça, bien sur. Elle pose le probleme de l’adéquation entre le discours, et les actes ; le cinéma et le réel ; la fiction et la non-fiction » ...

      J’aimerais bien lire une enquête sur l’adéquation entre le discours et les actes concernant Le Monde ;-) ..Publiée dans Le Monde 2 tiens !!

      C’est vraiment ne pas voir le danger immense que représente Bush et les ultra-religieux qui le soutiennent, que d’aller chercher les petites faiblesses de Moore ou les petits ratages de son film.

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