21 avril, un an après

quand les cadres frontistes découvrent le FN

Par , 23 avril 2003 | 4803 Lectures

La belle histoire se déroule le week-end pascal 2003, à Nice. Ils sont là, tous là, venus fêter les un an de l’impossible victoire du 21 avril 2002. C’est un congrès du F.N. Avec ses oriflammes, ses femmes sans âge, ses jeunes sans Histoire, il y a là machin et machin, et truc, aussi. C’est fête, bientôt défaite.

Car dans le Palais des Congrès, déjà, des consignes de vote circulent. Des pétitions tournent. Colère de Le Pen père. Son droit du sang est contesté. Sa préférence familiale déniée1 Le Pen fille, sa Marine, est black listée.

Dès le dimanche 20, à 18h45, l’AFP2 révèle que , la veille, lors d’un bureau politique extraordinaire (le saint des saints dans le parti), à huis clos, le Chef a pratiquement réclamé un « vote de confiance » aux quarante caciques. Le secrétaire général Carl Lang reconnaît la chose, et dévoile que Le Pen Jean-Marie aurait même rappelé « que les membres du BP qui souhaitent rester » doivent être « en accord avec sa vision des choses ».

Le lendemain, Libération3 raconte la scène dans ses moindres détails. Un membre du bureau politique évoque ce Le Pen « tirant sa gueule des mauvais jours ». « Les mines [qui] s’allongent autour de la table ». Et ça, Le Pen dans le texte rapporté par quelque félon mal intentionné (une spécialité maison, on dirait) : « C’est comme ça. Si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez partir » ou, s’adressant à Gollnisch : « Si tu n’as pas compris ce que j’ai dit, je vais donc te le répéter ». Puis Marine Le Pen qui dénonce le « tapis de bombes » s’abattant sur elle. Un de ses proches qui parle comme l’on parle à la guerre : «  Ils veulent sa peau ». Etc.

Ensuite, il n’y aura qu’à lire les journaux, les fils d’agences de presse4, il n’y aura qu’à écouter radios et télés.Week-end pascal, week-end d’une résurrection ratée :

« Le président est au-dessus des petits remous quelque fois pitoyables qui peuvent agiter les assemblées congressiales » Le Pen Jean Marie Nice, 21 avril 2003 « Chacun, ayant été faire ses Pâques préalablement, a sorti sa dague, c’est beau non ? » Le Pen Jean Marie Nice, 21 avril 2003
« On ne peut pas se permettre le luxe de beaucoup de divergences » Le Pen Jean Marie Nice, 21 avril 2003
« J’affirme qu’il n’y a pas eu de consigne de vote, c’était un scrutin loyal, parfaitement régulier » Gollnisch Bruno Nice, 20 avril 2003
« On me dit qu’il y a un combat de boxe, mais ils ne se battent pas [...] ces journalistes ne parlent que de nos disputes » Le Pen Jean Marie Nice, 20 avril 2003
« De manière tout à fait inadéquate, cette émergence de Marine Le Pen a été présentée, je crois faussement, comme dirigée contre moi, contre d’autres personnalités du mouvement et c’est ce qui a expliqué peut-être la frilosité de certains militants » Gollnisch Bruno Nice, 20 avril 2003
« Ce n’est pas très grave, c’est une crispation des apparatchiks face à quelque chose qui s’impose » Le Pen Marine Nice, 20 avril 2003
« Vous voulez m’enterrer, mais je ne suis pas mort » Le Pen Jean Marie Nice, 21 avril 2003
« Je suis un démocrate surtout en matière de démocratie interne » Bompart Jacques Nice, 22 avril 2003
« Le Pen se contrefiche de son mouvement ! Et de l’action politique elle-même d’ailleurs (...) Pour lui, le Front est une officine familiale qui fonctionne pour lui permettre d’en tirer des avantages » Mégret Bruno Paris, 22 avril 2003

Ce week-end là, les cadres du FN pouvaient enfin comprendre, dans les actes, ce que FN veut dire. Et, nous, d’en rire (jaune, comme toujours).

1rappelons le slogan frontiste : « Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines et mes cousines à mes voisines. »

3Libération, Le FN renoue avec la lutte des places, lundi 21 avril 2003

4cf. Dossier F.N. sur Yahoo

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